mercredi 10 septembre 2008

Re-Vancouver + On the road dans le far ouest + Yellowstone + Du parc à Salt Lake City

Merci de me laisser un commentaire si vous arrivez à lire ce message!

Oui, je sais, ce message est particulièrement long. Mais ne le zappez pas, il en vaut la peine! Je l'ai divisé en quatre parties distinctes, vous pouvez ainsi le lire en quatre fois au lieu d'une, c'est plus facile! Courage, vous allez y arriver! Et n'hésitez pas à cliquer sur les photos pour les agrandir, ainsi qu'à me laisser des commentaires, histoire que je n'aie pas l'impression d'écrire dans le vide... :-)

A Vancouver, j'ai passé la journée de mardi à faire des allers et retours entre l'appartement de Destinee, rempli de backpackers, et le centre-ville, où j'ai retrouvé Mariano et Lorena, qui logeaient à l'auberge, ainsi que Rodrigo, que j'avais rencontré à NY début août. Pour mémoire, celui-ci est Genevois, - c'est le frère de ma copine Constansa - mais il habite en ce moment à NY pour quelques mois. Il a réussi à extorquer trois semaines de vacances à sa boîte et se fait un trip parcs américains, et le hasard a fait que nos itinéraires coïncident en partie: il partait pour Yellowstone le lendemain et m'a proposé de m'y emmener. J'avais prévu de rester une nuit de plus à Vancouver pour profiter de l'ambiance de l'appart, puis de prendre le Greyhound jusqu'à la petite ville de West Yellowstone, 34 heures de route. Enorme et cher, mais j'ai fait pire entre Montréal et Banff. Mais une fois tous les calculs effectués, Rodrigo s'était rendu compte que faire la route en voiture de location prenait moitié moins de temps et revenait moins cher que le bus; j'ai donc accepté d'embarquer avec lui, d'autant qu'il est toujours plus sympa de voyager à deux.

Nous avons vu Mariano (sans Lorena, qui était malade), puis je suis rentrée chez Destinee. Celle-ci avait envie de pizza et d'un gâteau, nous sommes donc parties acheter tout ça chez le Chinois du coin et nous sommes partagé les frais. Leur choix de tourtes glacées est impressionnant! La composition ne diffère pas tellement d'un gâteau à l'autre (goût pas terrible), mais le motif de décoration varie à l'infini. Nous avons choisi celui-ci, ci-dessous, que Destinee a décrété être mon gâteau d'anni, même sans bougies, et même quatre jours plus tard.

A peine arrivée, il me fallait redescendre en ville, j'avais rendez-vous avec Rodrigo, Lorena et Mariano. J'aurais voulu me dédoubler, pour pouvoir à la fois y aller et rester passer la soirée avec ceux de l'appartement... Trop de gens à voir d'un coup. C'est bête, il faudrait pouvoir thésauriser les amis pour en avoir toujours un sous la main quand on est seul. Ca ne se passe malheureusement pas comme ça: parfois j'en ai presque trop, parfois je suis toute seule. J'ai donc passé la soirée avec les trois hispanophones, et ai eu le plaisir d'entendre parler castillan avec trois différents accents: mexicain, espagnol, chilien. Lequel préféré-je? Mmmh...pour l'instant difficile à dire. Je me reposerai la question dans dix mois! Nous avons passé pas mal de temps à évoquer les différences de vocabulaire selon les pays, et c'est extrêmement intéressant pour moi qui ai appris un espagnol standasdisé. Ainsi, « voiture » se dit différemment dans les trois pays: « coche » en Espagne, « carro » au Mexique, « auto » au Chili.

J'ai finalement dit au revoir à regret au petit couple, ai donné rendez-vous à Rodrigo pour le lendemain matin, et suis rentrée passer ma dernière nuit sur le sol de l'appartement de Destinee.


ON THE ROAD DANS LE FAR OUEST:

Pour des raisons de prix, Rodrigo avait loué une voiture à Seattle; c'est donc pour cette destination que nous avons pris le Greyhound. Le passage à la douane s'est fait tout en douceur: au lieu des emmerdements que je prévoyais, le douanier ne m'a presque pas posé de questions et m'a laissée passer avec un « have fun » bien sympathique. Quelques heures plus tard, Rodrigo et moi récupérions la voiture au Hilton et partions nous perdre à pied dans le centre de Seattle. Dans mon imaginaire, Seattle c'était la pluie; ben non, il faisait grand beau. Par contre, le downtown ressemble à tous les downtowns américains, rien de particulier si ce n'est que ces cons ne sont pas foutus d'afficher clairement le nom des rues. Nous voulions visiter un peu avant de mettre le cap au sud-est, mais nous avons perdu un temps fou à chercher 1) un magasin d'alimentation et 2) une boutique de fringues bon marché pour m'acheter un pull. Ils ont de grands centres commerciauxs remplis de toutes sortes de magasins, mais impossible de dégoter de la nourriture qui ne soit pas de la junk food toute prête! Aux USA, il ne semble pas y avoir d'équivalent à nos migros et coop, c'est assez l'enfer.

Deux photos des rues de Seattle:



Nous avons donc fichu le camp de Seattle, direction West Yellowstone...à l'ouest du parc national de Yellowstone. 1400 km de road trip à l'américaine! Nous avons d'abord traversé l' « Evergreen state », c'est-à-dire l'état de Washington. Eh bien oui, au sud de Seattle il est très vert, nous avons traversé une belle région montagneuse pleine de cônifères. Nous sommes passés par le Rainier National Park, où nous avons pu admirer le beau volcan Rainier, qui culmine à 14000 pieds (4000 et quelques mètres) et est recouvert de neiges éternelles, puis nous avons abrubtement débouché dans une vallée plus verte du tout. Incroyable, le contraste avec la montagne! Le paysage est devenu d'un coup semi-désertique. Justement quand Rodrigo me disait que tout lui rappelait le Mexique, nous nous sommes aperçu que les seules stations de radios que nous captions correctement étaient mexicaines. Les petites villes que nous traversions portaient également des noms hispaniques, les employés des stations services avaient des têtes de Mexicains, les fast foods vendaient des tacos et des burritos... Nous nous sommes arrêtés dans l'un de ces endroits pour grignoter, et nous sommes naturellement adressés à la fille du comptoir en espagnol. Celle-ci a paru intriguée par nos accents respectifs et par le fait que nous parlions français entre nous, et nous a demandé d'où nous venions. Ouah, l'Europe! Elle était complètement fascinée. Elel a voulu savoir combien de langues je parlais et a ouvert de grands yeux quand je lui ai répondu que je me demmerdais en anglais et en espagnol, et qu'en plus je comprenais un peu d'allemand. Elle était partie dans ses rêves: « Ca doit être tellement bien de voyager... ». Je lui ai assuré qu'elle pouvait le faire, qu'elle n'avait pas forcément besoin d'argent pour ça, mais elle m'a répondu qu'elle n'était jamais sortie d' « ici ». Ici? La petite ville paumée au milieu du désert?? Je ne sais pas, mais en tout cas elle semblait penser que le voyage est réservé à une élite prestigieuse. J'aurais voulu lui expliquer que chacun peut voyager, même à quelques km, selon ses moyens, mais bon, nos tacoc refroidissaient et nous avions encore une longue route à faire.

Nous avons encore roulé quelques centaines de kilomètres dans cette région étrange, et durant quelques minutes j'ai réellement oublié que je n'étais pas au Mexique. Entre le paysage, la musique « ranchera » (je déteste) et les discussions que j'avais avec Rodrigo sur l'Amérique latine, on s'y serait cru.

Nous nous sommes finalement arrêtés pour passer la nuit dans un motel de Prosser, petit bled perdu au milieu de nulle part, et avons pu constater que l'unique policier du coin était fort aimable: il nous a d'abord arrfêtés parce que Rodrigo louvoyait au milieu de la route, puis nous a indiqué où choper du wifi quand il a eu compris que nous étions des touristes. Ambiance far west, en tout cas.

Le lendemain, nous sommes entrés en Oregon. Ici aussi, tout était semi-désertique, mais la radio diffusait enfin dec la musique américaine, histoire de nous aider à réaliser que nous étions en train de parcourir le grand ouest sauvage. Le petit resto au milieu de nulle part où nous nous sommes arrêtés pour manger faisait typiquemetn far ouest, un peu genre « Bagdad café ». L'accent était aussi un peu plus marqué ici, mais je dois dire que ça reste compréhensible.

Plus tard, nous sommes passés en Idaho, toujours dans un paysage de canyons et de collines sèches.

Nous avons commencé à monter, monter, la température a fraîchi, le paysage a changé, et après 12 heures de conduite, nous sommes enfin arrivés, de nuit, en vue de West Yellowstone, principale porte d'entrée du parc. Sur la route obscure, Rodrigo a dû arracher les pneus sur 50 mètres en plantant les freins pour éviter une biche arrêtée au milieu de la chaussée, éblouie par les phares. Bienvenue à Yellowstone, là où les voitures ne sont pas prioritaires!


YELLOWSTONE

Dans le village, nous avons dégoté un motel pas cher du tout tenu par une petite vieille à moitié aveugle et croupissant au milieu de l'odeur de pisse de ses sept chats. Le lendemain, nous nous sommes levés tôt pour constater que la voiture était couverte de givre: dans la région, à 2200 mètres d'altitude en moyenne, c'est déjà l'automne. Nous avions l'intention de passer les nuits suivantes dans l'un des campings du parc, où il faut arriver très tôt pour obtenir un emplacement, mais il est rapidement devenu évident que nous aurions vraiment, vraiment très froid. Nous avons donc décidé que nous ressortirions pour dormir à nouveau en ville, même si ça fait moins « nature sauvage ». Et nous avons eu raison: il a fait -3 degrés la nuit...

Nous avons passé deux jours à visiter le parc, en voiture; c'est court, mais nous avons pu voir toutes les attractions principales et même marcher un petit peu. Pour ceux qui ne le savent pas, Yellowstone concentre, sur une superficie de la taille de la Corse, le plus exhaustif et impressionnant ensemble de manifestations volcaniques et géothermiques. Geysers, sources chaudes, marmites de boue bouillonnantes... Je connaissais déjà l'Islande, je savais donc à quoi m'attendre; mais Yellowstone, c'est l'Islande puissance 10. Par contre, ici pas de coulées de lave pétrifiée, mais beaucoup de forêt de cônifères, brûlées à 30 % par un gigantesque incendie en 88, des sommets rocheux, une rivière, de belles chutes d'eau et un grand canyon jaunâtre, et tout plein d'animaux: écureuils et petits tamias par milliers (souvent écrasés sur la route), des pélicans, des canards, des cygnes, de grands troupeaux de bisons, des élans, des cerfs, des ours, des coyotes et des loups. Nous avons beaucoup roulé, avons exploré tous les emplacements où se manifestent les forces gigantesques de la terre (ouais, je sais, ça fait mystique, mais c'est exactement ça!), et force est de constater que ce parc est très bein foutu: la route passe toujours près des sites d'importance, et il y a des passerelles en bois pour circuler au milieu des zones géothermales. Il y a également de nombreux panneaux d'explication, décrivant chaque phénomène. Nous avons ainsi appris que le parc est en fait un immense volcan, ayant explosé il y a 630 000 ans; le centre en est la caldera, et sa croute est si fine à cet endroit que le magma affleure et permet le chauffage de l'eau de pluie qui s'infiltre.

Voici les photos, des geysers d'abord:


A Yellowstone sont concentrés les deux-tiers des geysers de la planète, soit environ 400. Certains explosent régulièrement, tel l'Old Faithful, nommé ainsi parce qu'on peut prévoir très précisément ses éruptions, toutes les heures, tandis que d'autres ne jaillissent qu'une à deux fois par jour, quand ce n'est pas une fois par semaine. Certains sont carrément inprédictibles, il faut être chanceux pour assister à une de leurs éruptions. Certains geysers jaillissent régulièrement, pendant une à 45 minutes, tandis que d'autres crachent un jet intermittent; enfin, ce jet peut être plus ou moins haut, et avoir une forme plus ou moins évasée selon le type de geysers. Nous n'avons pas vu beaucoup d'éruptions, sinon au loin, un jet de vapeur tout à coup plus grand, alors que nous roulions.

Voici l'Old Faithful, le geyser le plus connu au monde...un peu décevant. Mais évidemment, voir cette eau qui jaillit sous pression est toujours très impressionnant, et les photos de geysers ne traduisent pas la puissance du phénomènre...



Celui-ci, ci-dessous, s'appelle "Great Fountain Geyser", et c'est de loin notre préféré. Nous l'avons vu deux fois en éruption, la première fois au coucher du soleil, puis encore une fois le lendemain.

L'eau qui jaillit contient des minéraux qu'elle a dissous et qu'elle redépose en surface en se refroidissant. Ces minéraux forment ainsi des concrétions, donnant au geyser sa forme. Les silicates se déposent extrêmement lentement, environ un pouce par centaine d'années, tandis que les calcites ont un rythme beaucoup plus soutenu; on peut ainsi estimer l'âge des geysers selon leur taille, et certains sont vieux de dizaines de milliers d'années.

A certains endroits du parc, les minéraux se sont déposés en concrétions qui forment des sortes de terrasses, et c'est absolument splendide:





Ci-dessous, deux "marmites de boue" bouillonnantes.



Une source déssechée.

Je ne me souviens plus du processus chimique exact (Greg, tes lumières, stp), mais cette eau bouillante chargée en soufre et en minéraux héberge un très riche substrat bactérien. Chaque espèce de bactérie vit à une température différente, et possède une couleur différente, selon la façon dont elles utilisent l'énergie solaire et l'oxygène; les alentours des sources varient ainsi du bleu profond là où l'eau est la plus chaude, au jaune brunâtre aux endroits où l'eau s'est refroidie, en passant par divers degrés de vert et d'orange.












L'incendie de 88 a ravagé une bonne partie du parc, mais de jeunes arbres repoussent partout. Les rangers n'ont rien touché, ils n'ont ni enlevé les arbres morts, ni replanté de nouvelles pousses. L'incendie est un processus naturel qui contribue à la santé à long terme de tout l'écosystème, en permettant à de nouvelles espèces de se faire une place au soleil, et en enrichissant le sol.

Par contre, je ne retrouve pas les photos que je voulais mettre ici...

On voit aussi des arbres morts dans les zones thermales, mais ceux-ci ont péri à cause de la chaleur du sol. En augmentant brusquement lors d'un épisode géothermique, celle-ci a littéralement cuit leurs racines dans la terre. On observe également des arbres tués par l'eau bouillante projetée par certaines grosses explosions de geysers.



Cet arbre est un séquoia ayant vécu il y a des millions d'années, à l'époque ou la région, bien plus chaude que maintenant, hébergeait une forêt de ces arbres. Une inondation d'eau chargée en calcium l'a submergé et lui a constitué un squelette minéral, le pétrifiant à tout jamais.


Nous avons vu de nombreux troupeaux de bisons, comme celui-ci. Il est formellement interdit de s'approcher trop près des animaux, qui peuvent charger sans prévenir alors même qu'ils semblaient paisibles, et chaque année des visiteurs sont blessés et des voitures abîmées; mais bon, il faut bien admettre qu'il était très tentant de prendre ces photos...


Juste quand nous regardions ces mâles se battres, un geyser a jailli derrière nous. Magnifique.



Nous avons également pu voir plusieurs élans et cerfs, posés tranquillement au milieu des villages.


Egalement un ours aperçu de loin, et des carcasses d'on ne sait quoi à moitié mangées par on ne sait qui. J'ai pris des photos (bon app), mais je ne les retrouve plus...

Voici quelques paysages:






Enfin, nous nous sommes amusés à prendre en photo les plaques des voitures venant de différents états (et nous sommes fait mettre en garde par un mec qui prétendait qu'on pourrait avoir des emmerdes...). En voici quelques unes que je trouve assez jolies:


DU PARC A SALT LAKE CITY

Après une denière éruption du Fountain geyser, nous avons pris la route du sud dimanche matin, en passant par le parc Grand Teton: c'est le nom que des explorateurs français ont donné à des montagnes au XIXe s. Plutôt joli, des montagnes et de la forêt.


Nous avons passé la journée à traverser le Wyoming, surnommé le « Cowboys state »; pas de cowboys à l'horizon, mais de grands troupeaux, des ranches et des chevaux.

Ici, ils tripent sur les arches constituées de bois de cerfs:


Au milieu de nulle part, nous sommes tombés sur ce panneau:


Des immigrants français sont apparemment passés par là!

Et tout près, nous sommes tombés sur...devinez! Mais oui, un micro bled, plutôt un hameau, nommé Geneva!


Nous nous sommes arrêtés au cimetière et avons examinlé les tombes à la recherche d'éventuels ancêtres et parentés, mais n'avons trouvé quasiment que des noms germanophones: beaucoup de Widmer...et je ne me souviens plus des autres. Une dame était là, qui montrait la tombe de son ancêtre à sa famille. Nous étions du vrai Genèce, ouah! Elle était impressionnée. Son arrière-arrière-grand-père, un Teuscher, était arrivé de Berne à la fin du XIXe siècle. Elle nous a expliqué que tous ces gens étaient Allemands ou Suisses et qu'ils étaient venus fonder une communauté mormone dans la région, et qu'il y avait également une ville nommée Bern dans les environs. Bon, mais si aucune de ces familles n'était genevoise, pourquoi avoir appelé ce lieu Geneva? Sans doute en référence à Calvin, comme c'est le cas pour les 12 autres Geneva des USA. Après tout, les mormons dérivent du protestantisme, non? Quoi qu'il en soit, c'était assez surréaliste et agréable de retrouver notre ville d'origine au milieu du désert...


Nous avons encore roulé un bon moment dans ce pays sec et chaud, et avons finalement débarqué en Utah et à Salt Lake City, royaume des Mormons, alors que le soleil se couchait sur la ville dans un ciel sans aucun nuage. Ici, c'est le désert, et la température, même le soir, était étouffante. Un sacré changement après les montagnes de Yellowstone! Je n'avais pas prévu de passer par là, mais c'est sur le chemin de Rodrigo, qui continue directment sur le Grand Canyon; moi j'ai bifurqué sur San Francisco. Ma foi, je n'y ai passé qu'une nuit, mais c'est une ville très intéressante. Ici, tout, absolument tou est bâti et organisé autour du Temple, sorte d'énorme château au milieu de la ville. Temple Square est le quartier de l'Eglise, et ça en jette: tous les bâtiments sont immenses et magnifiques. La ville en elle-même est très propre et vraiment agréable: c'est que l'Eglise mormone est richissime.

Le Routard donne des explications très précises dur les Mormons; en résumé (Elise me reprendra si je me goure):

Un illuminé de l'Illinois, Joseph Smith, a parlé à Dieu à plusieurs reprises aux environs de 1840 (je ne me souviens plus de la date exacte), et Celui-ci lui a révélé l'existance de dix tables d'or (ça sent le Moîse à plein nez...). Machin les a trouvées, et a réussi à les déchiffrer grâce à des pierres divines ou je ne sais quoi. Il a écrit le Livre de Mormon, sous la dictée de Dieu (euh...suis plus bien sûre de ça, mais on s'en tape), largement inspiré de la Bible, et a fondé sa secte, the Church of Jesus Christ of the latter-days Saints. Ils ont eu des emmerdes, notamment parce qu'ils prônaient la polygamie, et un des disciples de Smith a finalement emmené tout le monde dans un périple de plus d'un an à travers les plaines de l'ouest, jusqu'au moment o!u le type eut une illumination et sut qu'il devait fonder sa ville près d'un grand lac salé: Salt Lake était née. De nos jours, la polygamie a été interdite, mais certains dissidents continuent à avoir plusieurs femmes. La raison en est simple: il faut faire le plus d'enfants possible, telle est la mission du bon Mormon. Pourquoi? Parce qui'l faut bien fournir des corps aux innombrables âmes qui attendent leur réincarnation, là-haut au Paradis...


Le lendemain matin, nous avons juste eu le temps d'aller visiter une petite partie de la Library, vaste bibliothèque (sans blague) où sont entreposés les archives des Mormons. Ceux-ci possèdent une énorme banque de données généalogique, et n'importe qui peut y rechercher des informations sur ses ancêtres. Ils ont un site internet plutôt bien foutu, et ils mettent à disposition des dizaines d'ordinateurs à la bibliothèque. Nous sommes entrés pour jeter un coup d'oeil, et deux jeunes filles portant bas sombre et chemisette blanche sont venues nous aider. Rodrigo papotait avec une Argentine, tandis que la mienne s'appelait Choi et venait de Hong Kong. J'ai tenté de trouver des gens de ma famille, mais ça n'a pas donné grand chose, et je n'ai pas poussé plus loin, bien qu'il existe plusieurs bases de données et plusieurs moyens de recherche. Rodrigo a facilement retrouvé ses ancêtres, jusqu'en 1886 date à laquelle son arrière-arrière-grand-père (c'est juste?) a émigré de Croatie au Chili. De nombreuses infos sont disponibles, des dates de mariage et de morts, des actes de naissance sur microfilm...très intéressant. Si les Mormons font autant de recherches généalogiques, c'est qu'ils cherchent à baptiser les mots. Saugrenu, certes, mais c'est qu'ils pensent que seul le baptême complet à leur manière permet aux humains de ne pas encourir la damnation éternelle. Ainsi, des milliards de personnes ont eu le malheur de mourir sans avoir été baptisées c'est un drame! Ils organisent donc régulièrement des baptêmes lors desquels une personne vivante endosse l'identité d'un mort le temps d'une immersion dans les fonts baptismaux. Théoriquement, ils doivent avoir le consentement des descendants des morts pour baptiser ceux-ci, mais il paraît que c'est beaucoup plus souple dans la pratique. Du coup j'ai peut-être un ancêtre mormon, qui sait! J'ai discuté un moment avec Choi, et elle m'a raconté que sa mère s'était convertie au mormonisme après sa rencontre avec un missionnaire quand elle-même avait deux ans, mais que son père n'était pas Mormon. Choi a économisé pendant deux ans pour pouvoir partir en mission, à ses frais. Les jeunes filles partent 18 mois, les garçons deux ans, dans un lieu qui est tiré au sort. Quand Choi a reçu le courrier de l'Eglise, elle a sauté de joie en apprenant qu'elle serait affectée à Salt Lake, le Mecque des Mormons. Du coup maintenant elle parle un anglais à peu près compréhensible et trouve fantastique de pouvoir communiquer avec les gens dans ce lieu si fabuleux où elle rencontre des gens venant de partout dans le monde. Je lui ai dit que je trouvais Temple Square très beau et impressionnant, mais que je ne croyais pas en Dieu, et elle m'a répondu que nous étions nombreux dans ce cas à venir visiter le quartier, mais que les touristes ne la dérangeaient pas, au contraire. Ils sont missionnaires, m'a-t-elle dit, mais ils respectent les croyances des autres et sont ouverts d'esprit. Elle s'extasiait sur tout ce que je disais: « You have a sister, ooooh, that's great, she must be beautiful!! », sans même parler de mon voyage, qui lui est apparu comme une entreprise proprement fantastique. Lorsque nous sommes partis, Rodrigo et moi sommes tombés d'accord pour dire que tous ces gens nageaient dans la béatitude. Impressionnant! Du coup nous sommes restés et nous sommes convertis...nan, je déconne. On a quand même gardé une once d'esprit critique!

J'en garderai le souvenir d'une ville très belle et détendue, mais trop parfaite pour y vivre. Les Mormons passent même des films de propagande mettant en scène des familles heureuses, on croit rêver...

J'ai passé 15 heures dans le bus pour San Francisco, et là aussi j'ai cru rêver: impossible, bien sûr, de trouver quoi que ce soit d'un peu healthy dans les endroits où nous nous arrêtions, mais par contre chaque petit magasin possédait sa zone de machines à sous, parfois assez énorme! Nous avons d'ailleurs fait une rapide escale à Reno ("...I shot a man in Reno just to watch him die", Folsom brison blues, Johnny Cash, j'ai évidemment écouté la chanson à ce moment-là), et ma foi j'ai vu les casinos et les enseignes lumineuses, je n'ai pas besoin d'aller faire un saut à Vegas.

Aucun touriste dans le bus, que des Américains...je me suis un peu demandé ce que je foutais là, au milieu de la nuit. Je suis arrivée exténuée à SF à deux heures du matin, dans la nuit de lundi à mardi, et...la suite bientôt!


mardi 2 septembre 2008

Vancouver Island, suite et fin

Ce message date du 2 septembre, mais apparemment il y avait des problèmes à l'affichage. Ca devrait marcher maintenant, merci de laisser un commentaire pour me confirmer que vous arrivez à le lire...


Le soir de mon arrivée, j'ai rencontré Mike et Ryan, deux potes Canadiens originaires de l'Ontario mais vivant quelque part en Alberta. Ils m'ont dit qu'ils avaient prévu une sortie aux baleines avec baignade dans une hot spring le lendemain, et j'ai tout de suite décidé de me joindre à eux, histoire d'avoir quelque chose à faire. 120 dollars...cher, mais bon ça en valait la peine. Le départ avait lieu de Tofino, la petite ville la plus touristique de l'île, un peu plus au nord qu'Ucluelet. Ryan et Mike m'y ont emmenée en voiture, et nous avons embarqué avec quelques autres personnes sur un petit bateau. Nous avons commencé par une heure et demi de bateau, dans le Cayoquot sound (que veut dire sound dans ce contexte? Détroit...?), au milieu de magnifiques petites îles presque inhabitées. Les vagues étaient assez grosses par moment pour nous faire bien rebondir, et nous hurlions comme des gosses sur le pont arrière du bateau. Nous nous sommes arrêtés pour observer cette sympathique otarie (sea lion) qui se faisait dorer au soleil.

Plus tard, nous avons croisé ce joli nounours qui se baladait au bord de l'eau. Mon tout premier ours! Enfin, après deux mois passés au Canada, c'était pas trop tôt!

Le pilote nous a débarqués à l'entrée d'une forêt luxuriante, faisant partie du parc régional de Maquinna, et nous avons marché sur une passerelle en bois jusqu'aux sources chaudes, à une demi-heure de l'entrée. La forêt dans laquelle nous nous trouvions est particulièrement touffue compte tenu de la latitude à laquelle elle se trouve; je crois qu'il s'agit d'un phénomène particulier à Vancouver Island, dû à l'abondance des pluies dans la région. En tout cas, c'est splendide et impressionnant. Je m'y construirais bien une cabane arboricole...


Nous sommes finalement arrivés à la source thermale, qui jaillit à plus de 100 degrés, puis se rafraîchit un peu par une processus que je n'ai pas bien saisi. Elle se déverse dans des cavités naturelles creusées dans des rochers, et on peut se baigner sans autre. En Islande, l'eau est d'un turquoise laiteux et le fond est plus ou moins plat; ici, l'eau avait des reflets jaunes et le fond était trps accidenté. Nous avons fait trempette un moment, parlé...eh oui, d'Islande, bien sûr, et avons repris le chemin du retour au bout de deux heures, après nous être fait voler un morceau de sandwich par un oiseau vorace.






Le pilote nous attendait au bateau pour 19h, et cette fois-ci un de ses collègues lui a signalé la présence d'orques sur notre chemin. Nous avons donc foncé à 35 noeuds (je ne sais aps combien ça fait en km/h, mais c'est vachement rapide), et j'ai failli me défoncer l'arcade sourcillière en tentant de prendre en photo le pilote (ben oui, parce que je n'ai pas d'écran digital pour viser!). Nous avons ralenti quand nous sommes arrivés sur les lieux, et avons eu la chance de voir une famille entière: deux adultes et un petit. Ils n'étaient qu'à une vingtaine de mètres du bateau, on les voyait bien. Malheureusement, je n'ai pas un zoom assez puissant et je photographie comme une merde, les photos ne sont donc pas de bonne qualité. A cause d'un mauvais réglage et d'un objectif pourri, et aussi parce que les orques sont rapides, je n'arrivais pas à faire correctement le point sur eux; j'ai donc opté pour un focus manuel, mais évidemment, ça n'est pas très précis. Voici quand même ce que j'ai pu obtenir:



Ci-dessous notre pilote, et une mer déchaînée, même si ça ne se voitpas.

Ca n'est pas « Sauvez Willy », mais ils sont bien plus beaux en vrai. Je n'ai pas regretté d'avoir participé à un Whale Watching Tour ici plutôt qu'à Tadoussac il y a quelques semaines; ici, nous étions les seuls dans les parages, alors qu'au Québec c'était une industrie florissante et pas terrible pour les baleines; et en plus j'ai eu des orques, bien plus jolis que de simples baleines grises.

Au retour, nous nous sommes arrêtés dans un pub de Tofino pour manger de la mauvasise bouffe locale et boire de la bière devant un écran géant, et les Canadiens ont tenu à m'offrir le repas. Ils ont dit à la serveuse que je fêtais mon anni, et du coup le resto m'a offert la bière. En parlant de bière, j'ai d'ailleurs pu constater que, premièrement, les Canadiens ne connaissent pas la bière blanche, ce qui est vraiment malheureux; et que deuxièmement, ils ont tendance à ajouter à leur blonde un mélange de jus de tomate et de jus de clams, appelé, comme il se doit, clamato. Je n'ai pas goûté...et je ne le regrette pas. Nous sommes finalement rentrés à l'auberge le ventre tendu et le sourire aux lèvres. J'ai passé une excellente journée d'anniversaire.


Le lendemain, j'étais tranquillement posée dans le magnifique jardin pour écrire, quand j'ai senti un regard posé sur moi. En levant la tête, je suis tombée nez à nez avec un adorable faon qui m'observait à quelques mètres. Sa mère est ensuite venu le rejoindre, et ils ont passé un bon quart d'heure à brouter les plantes du jardin, nullement inquiétés de ma présence. Quand j'en ai parlé au manager de l'hostel, il m'a dit quelque chose comme: "ouais, il y a des biches dans le jardin, je sais, les gens me disent toujours qu'ils en ont vu, mais moi je les vois partout et ils bouffent mes plantes, donc je les considère un peu comme des rats...". Ben ouais, focément, il a de quoi être un peu blasé, dans un pays où les bestioles les plus sauvages, de l'ours à l'aigle, s'invitent chez vous chaque jour.

je suis allée me promener, toute seule, sur le sentier qui borde la côte ouest de l'île. C'est joli, mais bon, pas très sauvage; et y a pas à dire, j'ai nettement moins de plaisir toute seule.

Le soir, feu de camp à l'auberge! J'ai passé la soirée avec des anglophones, la plupart Canadiens, et quelques British. Du coup je suis souvent restée silencieuse: il est bien plus difficile de parler à plusieurs, de lancer des blagues et des remarques rapides, dans une langue que l'on ne maîtrise pas parfaitement. Je me sentais moins à l'aise au milieu de plusieurs personnes que quand je discutais seulement avec Mike et Ryan; mais au moins j'avais la satisfaction de tout comprendre, même les blagues, et même quand les gens se parlaient entre eux, c'est-à-dire dans un anglais rapide et non simplifié. J'ai appris pas mal de chose, ce soir-là: « facedown drunk », par exemple, veut dire totalement ivre; planter une tente se dit « to pitch a tent »; et « to take a piss » se dit quand on est un homme, mais il vaut mieux dire « to pee » quand on est une femme, et c'est moins vulgaire. Je suis finalement entrée dans la conversation et ne perdais pas une occasion pour demander des précisions de vocabulaire dès que je le pouvais. Sont ensuite arrivés trois étrangers, un Brésilien, un Arabe Saoudien (on dit comment?) et un Coréen, qui prenaient des leçons d'anglais à Victoria. Je suis allée leur causer un peu, parce que je voyais bien qu'ils avaient du mal à saisir les détails de la conversation, et ils m'ont fait très plaisir en me disant qu'ils avaient cru que j'étais Canadienne à m'entendre parler. D'ailleurs, Mike et Ryan m'ont dit que je n'avais pas du tout l'accent français; quel accent, alors? Ben ils ne savaient pas, mais pas français, en tout cas. J'étais un peu perplexe, mais j'ai finalement compris, et leur ai sorti: « aah, bicôze Frrench pipole spik laïke dat? », et ils se sont tout de suite exclamé que ouiii, exactement!! Bon, du coup ça signifie que mon accent n'est pas trop moisi, cool.


Le lendemain, j'avais l'intention d'aller surfer puisque, après tout, c'est le sport roi sur l'île; mais la Néerlandaise avec qui je voulais y aller avait changé d'auberge. Bon. Après moultes tergiversations, je me suis finalement décidée au dernier moment à prendre une leçon de surf, et me suis précipitée hors de l'hostel, sachant que les cours dispensés par le magasin du bled commençaient une demi-heure plus tard. En sortant, je suis tombée nez à nez avec un couple. La fille m'interpelle: « Natalia? Me reconoces? ». Lorena! Mais oui, Lorena, la Mexicaine qui embrasse les arbres! Celle que j'ai recontrée il y a une dizaine de jours chez Destinee, et avec qui j'avais visité le Stanley Park. Elle était partie le surlendemain de mon arrivée, et je ne savais pas ce qu'elle était devenue. Eh bien elle a rejoint Mariano, un Espagnol qu'elle avait rencontré quelques semaines auparavant, et ils voyagent quelques jours dans une espèce de camionette, dans laquelle ils dorment aussi. Ils étaient à la recherche d'une douche quand ils sont tombés sur moi. Ils m'ont amenée au magasin de surf et nous avons convenu de nous retrouver en fin de journée.


Malheureusement, la leçon de l'après-midi était complète; j'ai alors voulu simplement louer une planche et essayer toute seule, mais ils étaient « off boards ». Bon, ben une body board, alors? Par chance ils leur en restait une. Je l'ai prise, ainsi qu'une combinaison thermique parce que bon, c'est peut-être le Pacifique, mais il n'est pas à la même température ici qu'en Californie. Le beach bus était déjà passé; il me restait à faire du stop ou à marcher environ une heure avant d'atteindre la première bonne plage. Je me suis tranquillement mise en route, mais je n'avais pas envie de faire du pouce. En fait je n'aime pas vraiment ça; une fois que la voiture s'arrête, c'est bon, je suis à l'aise, mais je n'aime pas l'acte de tendre le pouce. Du coup je l'ai fait une ou deux fois et ai finalement arrêté, me disant que j'avais le temps de marcher. Au bout d'1h10 et 8 km de marche, je suis arrivée, en vue d'un Visitor center, les bras en coton à force de porter cette p*** de planche. J'ai demandé mon chemin, et il s'est avéré que j'avais dépassé la plage où je voulais me rendre. J'ai attrappé un plan et ai fait demi-tour, mon enthousiasme quelque peu refroidi. Au bout d'une bonne vingtaine de minutes, je suis enfin arrivée en vue de la route qui menait à la plage. J'ai consulté mon plan: en continuant à marcher à ce rythme de forçat, je serais au bord de l'eau une grosse demi-heure plus tard. J'ai consulté ma montre, fait quelques rapides calculs et ai dû me rendre à l'évidence: si je voulais descendre à la plage, en remonter puis rejoindre le magasin de location à temps pour l'heure de fermeture, je n'aurais le temps que de tremper un orteil dans l'eau glaciale. Chouette. Me traitant mentalement de grosse débile, j'ai continué ma route et ai finalement rendu sans un mot la board et la combi, sèches, au magasin. 28 dollars à la poubelle et un aprem perdu. Enfin...au moins j'aurai bien marché et je vous aurai fait rire.


Lorena et Mariano sont venus me chercher vers 18h30. Juste le temps d'aller acheter des bières et une bouteille de rouge (que Mariano n'a pas voulu que je paie), et nous avons pris la voiture pour aller admirer le coucher de soleil sur une plage. En chemin, nous avons aperçu des silhouettes oursines traversant la route. Nous nous sommes dépéchés d'arriver sur les lieux, et avons eu la chance de voir une maman ourse et ses deux petits. Ils ont traversé et se sont réfugiés dans les fourrés en bordure de la route. Nous nous sommes arrêtés pour les regarder, mais ils étaient difficilement visibles au milieu de la végétation; on a quand même aperçu les buissons bouger, et tout à coup la mère s'est mise à appeler ses petits...un cri très particulier. Le temps s'est arrêté tandis que nous retenions notre souffle. Lorena pleurait quasiment de joie, elle attendait de voir des ours depuis son départ du Mexique deux mois auparavant (elle est partie le même jour que moi, d'ailleurs). Je ne m'attendais vraiment pas à cette rencontre avec les ours, les premiers que j'aperçois de près, ce fut d'autant plus extraordinaire de les voir. Nous sommes ensuite allés nous poser sur une magnifique plage, près de Tofino. Nous sommes arrivés quand le soleil commençait à devenir orange au-dessus de l'océan, et nous nous sommes assis sur un des nombreux morceaux de bois flotté rejeté par la mer. La vue était absolument spendide, et les photos ne rendent pas vraimetn justice au lieu. L'océan produit une fine brume qui rend l'atmosphère mystérieuse dans le soleil couchant. Mariano a fait un feu et voulait qu'on se baigne, mais il faut croire que nous n'avions pas suffisamment bu pour ça: l'eau était quand même sacrément froide. Nous nous sommes contentés de regarder le soleil disparaître dans l'eau en devisant sur le sens de la vie et du voyage. Lorena a rencontré Mariano il y a quelques semaines, alors qu'elle cueillait des fruits en Colombie Britannique. Lui est passionné de nature et de montagne et a passé son été à guider les gens un peu partout. Ils se sont plu, mais elle partait pour Vancouver. Ils se sont revus, ont fait un petit bout de chemin ensemble, dormant dans le van de location de Mariano, mais il va partir dans quelques jours pour l'Equateur, d'où il va commencer un périple à vélo jusqu'en Terre de feu, tandis qu'elle n'a pas assez d'argent pour le suivre et refuse de vivre à sa charge. Elle pense continuer à travailler un peu dans le coin, puis peut-être rentrer au Mexique...et...elle ne sait pas quoi faire. Lui aimerait qu'elle vienne avec lui, il ne veut pas renoncer à un rêve qu'il nourrit depuis 4 ans. Elle ne veut pas qu'il renonce, mais veut rester indépendante. Chacun a une vie différente, chacun a ses racines sur un continent différent, chacun va de son côté et ils ne savent pas trop ce que va devenir leur relation. Lorena se dit qu'elle pourrait peut-être gagner un peu d'argent et le rejoindre d'ici un mois, le temps de voir s'ils se manquent vraiment ou si tout ça n'est qu'un beau rêve... En attendant, ils font vraiment plaisir à voir. Elle le taquine sans cesse à propos de son accent et de ses expressions: il est Espagnol, donc il utilise sans arrêt des diminutifs: la cervecita, el foguito, las estrellitas. Il imite sa façon de prononcer les S sans sifflement, et clame haut et fort que l'accent madrilène est le plus beau du monde. Il dit « acordao », elle le reprend: « acordado, Mariano, acordado con una D! » Il dit « joder », elle se moque de lui. J'adore les couples. Ils sont simplement heureux ensemble, et il me plaisait d'être témoin de leur tendresse et de dire que moi, j'aime autant l'accent madrilène que l'accent mexicain.




Au bout d'une bouteille de vino tinto et d'une ou deux cervecitas, le soleil avait laissé sa place aux étoiles et à la voie lactée, incroyablement brillantes loin des villes (bon sang, je suis d'humeur lyrique, décidément), et nous étions fort joyeux. Je me suis souvenue de cette autre plage, au Sea Shack, en juillet dernier. Je contemplais un autre océan, j'étais en compagnie d'autres personnes (du genre un beau blondinet), mais c'étaient les mêmes étoiles. Ici nous appelions la Grande Ourse « la osa », au Québec elle était « le chariot», mais c'était la même constellation, dans le même ciel. Notre feu attirait les innombrables puces de sable, sortes de toutes petites crevettes bondissantes qui pullulent dans le coin, et elles mouraient en grand nombre, cramées par la chaleur. Lorena en a ramassé quelques unes et s'est mise à les manger, puis m'en a proposé une...et ma foi, je dois dire que c'était savoureux!






Nous sommes restés jusqu'à 22h30, quand un responsable du Parc s'est pointé: nous devions évacuer. Dommage, mais on en a bien profité.


Le lendemain matin, Mariano et Lorena sont venus me chercher pour que l'on rentre tous ensemble à Vancouver. Nous devions nous rendre à Nanaimo, sur la côte ouest, pour prendre le ferry, mais nous n'étions nullement pressés. Mariano a donc conduit lentement, et nous nous sommes arrêtés au bord d'un très beau lac, malheureusement entouré des déchets laissés par un camp de gitanes tout proche. L'eau était froid, le fond de l'air pas vraiment caniculaire, mais nous nous sommes baignés et avons sauté d'un pont. Pendant que Mariano, mort de froid, nous attendait sur le pont, Lorena et moi avons enlevé nos maillots et longuement nagé dans l'eau gelée. Ca fait un de ces biens!






Nous nous sommes finalement rhabillés et avons mangé, avant de repartir en fin d'après-midi. Quelque temps plus tard, alors que nous roulions tranquillement, nous avons soudain vu un ours sur le côté de la route, déguerpissant dans les fourrés. Nous avons attendu un moment, mais il n'a pas réapparu. Plus tard, un autre! Il était très proche, cette fois-ci. De nombreuses personnes étaient déjà dans les environs, hors de leurs voitures, mais l'ours ne semblait pas y prêter attention, il continuait à brouter paisiblement l'herbe. Nous nous sommes ensuite approchés de son pote, qui était un peu plus haut, et l'avons observé à moins de 3 mètres. De temps en temps, l'ours levait la tête et nous regardait, et j'ai croisé son regard plus d'une fois: on aurait dit celui d'un chien, doux et curieux. Pas question pour autant de descendre de la voiture, et nous nous tenions prêts à remonter la vitre à tout moment.



Je sais, le point est mal fait, c'est malheureux.


Encore plus tard, nous avons à nouveau vu un ours passer. Décidément, ils pullulent vraiment sur l'île! Nous avons également eu la chance d'interrompre un aigle au milieu de son dîner, mais nous ne l'avons pas vu de près.


Nous sommes finalement arrivés vers 20h30 au ferry, et avons embarqué. Je suis partie de mon côté pour laisser le petit couple tranquille, et suis redescendue jusqu'au pont des véhicules quand j'ai entendu l'annonce disant qu'on allait arriver. Lorena et Mariano n'étant pas en vue. Je m'étais posée contre la voiture pour les attendre, quand je me suis rendu compte que le véhicule était agité de légers soubresauts. Mince, me suis-je d'abord dit, le roulis est important, sur ce bateau! Hum, mais attends voir...pourquoi notre voiture est-elle la seule à remuer...? Un éclair de compréhension a jaillit dans mon cerveau quand j'ai compris: Mariano et Lorena étaient tout simplement en train de se payer du bon temps pendant que je poreautais! Bon, me suis-je dit, allez, il reste un peu de temps, je vais les laisser finir. Mais j'ai quand même commencé à me sentir bien con, debout à attendre à côté de cette voiture qui remuait, tandis que les gens qui regagnaient leurs voitures nous jetaient des regards obliques; je suis donc allée me cacher dans un renfoncement. Venga, Mariano, date prisa!, que je marmonnais tout bas, alors que les gens commençaient à sortir. Finalement, il a réussi à terminer à temps, j'ai regagné la voiture qui sentait un peu...euh...ben le sexe, quoi, et nous avons bien ri tous les trois.

Je suis enfin arrivée chez Destinee quand tout le monde dormait déjà, entrant par la fenêtre comme une voleuse. Il ne reste que deux personnes de l'ancienne équipe, mais je me sens comme à la maison, et je crois que je vais passer ici une ou deux nuits de plus que prévu.


6 septembre: je viens de faire deux jours dans Yellowstone, j'ai des photos de la mort qui tue. Coming soon, dès que j'aurai le temps d'uploader tout ça!

Qui suis-je?

Ma photo
Genève, Genève, Switzerland