mercredi 29 juillet 2009

Cuba

Voici enfin un petit récit sur Cuba. J'y ai passé près de trois semaines, et c'était mon premier séjour dans ce pays: il y a donc beaucoup à dire. Mais comme je sais que les longs textes sont barbants, j'ai pris le parti de surtout poster beaucoup de photos, dont j'ai un peu développé les légendes.

Je suis donc arrivée à Cuba par un vol de México qui faisait escale à Cancún, où j'ai failli rester coincée étant donné que le papier de sortie que j'avais obtenu à Mérida précisait que j'allais quitter le pays par la capitale; c'est donc soulagée que j'ai finalement atterri à La Havane. Là, dès les premières minutes dans ce pays j'ai été ocnfrontée à deux des caractéristiques pays qui se sont par la suite révélées les plus saillantes, pour moi: il faisait une chaleur collante insupportable et il n'y avait pas de papier dans les toilettes à la propreté douteuse. J'ai attendu ma copine Mónica, d'Aguascalientes, avec qui je venais de passer quelques jours à Mexico, mais qui n'avait pas pris le même vol que moi, et nous avons pris ensemble un taxi qui nous a emmenées directement dans le Vedado, quartier résidentiel où j'avais réservé deux chambres d'hôtes. La maison était grande, le propriétaire accueillant, et Mónica et moi sommes allées faire un tour dans le quartier pour trouver un restaurant. Nous en avons déniché un pas trop loin, et avons découvert un troisième aspect de Cuba, que nous avons également pu vérifier plus tard: on mange mal, dans ce pays. Je crois que le summum a été atteint quelques jours plus tard dans un restaurant italiano-chinois: serveur en costard, serviettes en tissu, mais poulet immonde baigné dans une huile périmée, sans accompagnement, et pour moi des spaghettis...ratés. Je ne savais pas que c'était possible de rater des pâtes.

De retour à la maison, nous avons accueilli Grégoire, qui arrivait crevé de ses vols Genève-Madrid-La Havane. Un vieux pote de Genève + une nouvelle amie d'Aguascalientes + moi qui ai un pied dans chaque ville, je me demandais ce que ça donnerait. Eh bien ça s'est excellemment bien passé, l'équilibre entre nous trois était parfait; il faut dire que Mónica parlait suffisamment bien français pour que nous puissions avoir de longues et passionnantes discussions interculturelles.

Les photos, donc:
Vieilles voitures américaines et beaux mecs: autre constante du pays...dont je ne vais pas me plaindre, cette fois!
Voici notre quartier à La Havane, résidentiel et plein de demeures d'un autre temps. Nous y étions bien, mais devions prendre un taxi à chaque fois que nous voulions aller au centre, étant donné que nous n'avons jamais rien compris aux bus (que l'on appelle gua-gua, à prononcer oua-oua).

Sur le Malecón, c'est-à-dire la promenade qui longe la mer. De nuit, il y a toujours plein de monde. Ce type nous a chanté une chanson en en improvisant les paroles, tandis que Mónica dansait; et je ne m'ennuyais pas autant que j'en ai l'air sur cette photo.
Dans La Habana vieja, la vieille ville et centre névralgique de La Havane. Cette rue est la calle Obispo, la rue la plus riche du pays: boutiques poudre-aux-yeux dans lesquelles aucun Cubain n'a les moyens d'entrer...à moins peut-être qu'il fasse partie du gouvernement. Et pour l'anecdote, les Cubains prononcent "Obihpo", sans le s; cela m'a rassurée de constater que même Mónica, dont la langue maternelle est l'espagnol, avait du mal à comprendre l'accent cubain.


Il y a pas mal de beaux bronzés un peu partout, pas désagréables à regarder...


Le cliché de la Havanaise, pas si faux.

Le Che est partout, partout, absolument partout. Il est beau, très beau, et charismatique, très charismatique, on est d'accord; mais j'ai été un poil traumatisée par ce que j'ai pu lire dans le Routard concernant les exécutions de centaines d'opposants que lui-même supervisait...




Ci-dessous, "Je vis dans un pays libre"...mon oeil. Les Cubains, au cas où vous ne le sauriez pas, ne peuvent pas sortir de leur pays, même pour voyager, à moins qu'ils n'épousent un étranger ou que quelqu'un leur envoie, de l'extérieur, une "invitation". Alors oui, le pays est peut-être libre de toute domination, mais ses habitants, eux, y sont enfermés.



Vous avez vu les Cubains torse-poil en arrière-plan? C'est très commun dans toues les villes que nous avons visitées; il faut dire que la chaleur est infernale.
Une vieille Chevy ou Pontiac. Fidel a interdit qu'on les vende, elles font maintenant partie du patrimoine culturel de l'île. Mais on voit aussi beaucoup de vieilles Lada, importées d'URSS à l'époque de la fraternité entre les deux pays, et pas mal de Peugeot.




Cette femme a elle-même tenu à ce qu'on la photographie, contre quelques pièces, bien sûr; nous avons vu plusieurs personnes, cigare en bouche et parfois habillées d'une manière extravagamment typique guetter le touriste avide d'exotisme.




Ce type nous a guidé jusqu'à un bar célèbre et s'est ensuite arrangé pour s'incruster à notre table et se faire payer un mojito. Greg et moi, en bons Suisses, avions tendance à nous fermer aux sollicitations continuelles, mais Mónica étant, il faut le dire, un peu plus ouverte que nous, nous avons souvent fini par discuter avec des gens et leur donner de l'argent. Pas plus mal, finalement, car nous aurons au moins pu connaître un peu les Cubains...
Cette photo n'a pas grand chose à voir avec Cuba, mais je l'aime beaucoup.
En face de La Havane, de l'autre côté de la baie, Morro y Cabañas. Depuis les fortifications militaires, on a une superbe vue sur la ville.

De ce côté-ci se trouve aussi la maison du Che, à laquelle nous ont emmenés deux Cubains qui passaient par là. Au moment de rentrer, alors que nous nous faisions bouffer tout cru par les moustiques, aucun taxi à l'horizon. Un Cubain a alors appelé son pote prétendument taxiste et, pendant que nous attendions celui-ci, nous a offert à chacun une pièce à l'effigie du Che, "de collection", et qui vaudra, paraît-il, une fortune dans quelques années. Sympa le cadeau...sauf qu'il nous a ensuite, bien évidemment, sorti son couplet: il est pauvre, il a besoin d'argent pour nourrir sa famille, n'avions-nous pas quelques CUC pour lui?
Son pote est finalement arrivé, et nous sommes montés à bord de sa voiture après avoir négocié le prix. Quelques mètres avant une espèce de péage ou je ne sais quoi, le type s'est arrêté sur le bas-côté et nous a demandé de descendre et de franchir le poste à pied. Lui passerait en voiture et nous attendrait de l'autre côté. Pourquoi? Eh bien parce que seul les taxis officiels ont le droit de transporter des touristes. On croit rêver!

Beaucoup de très belles filles en microshort, dandinant du cul sans même le faire exprès. Les adolescentes ont souvent un corps magnifiques, mais elles semblent grossir inexorablement une fois arrivées à la vingtaine.

Après quelques jours à La Havane, et après avoir perdu le Routard, nous sommes partis pour Viñales, dans l'ouest du pays, en bus. Il faut savoir qu'à Cuba, les touristes et les locaux n'empruntent pas les mêmes moyens de transport, nous étions donc exclusivement entre blancs friqués.

A Viñales, nous avions réservé deux chambres dans une maison à la frontière entre ville et campagne; deux chambres et non pas une seule, parce qu'à Cuba trois adultes n'ont pas le droit de partager une chambre, et les hôtes pourraient recevoir une grosse amende s'ils enfreignaient cette loi. Quand je vous disais que les Cubains n'étaient pas libres...

Juste en dehors de chez nous, plein de bestioles.


Et une vue splendide.
Viñales est une petite ville, qui ne présente pas vraiment d'intérêt; on vient en fait surtout dans la région pour la nature environnante; j'ai malgré tout pu prendre deux-trois photos sympas en ville.



Nous avons loué les services d'un chauffeur qui nous a emmenés à cette grotte, dont je ne me rapelle plus le nom. Visite guidée, sympa.

Le lendemain, nous avons marché plus de six heures, dans une insupportable chaleur collante, mais au milieu d'un paysage magnifique, jusqu'à une autre grotte..



Mónica n'est pas très douée avec les flaques de boue...


Notre guide nous a ouvert une grange où séchait du tabac:





Nous avons fait halte chez un vieux mec très sympa qui nous a fait découvrir la mangue-orange, hybride, apparemment, de mangue et d'orange, ayant un goût...de mangue et d'orange, et délicieuse. Nous avons acheté quelques cigares provenant directement de la plantation de notre hôte, et sommes repartis.
Et nous sommes enfin arrivés à une grotte très sombre, au fond de laquelle nous attendait une eau délicieusement frigorifique.

A Viñales, à part les balades, nous n'avons pas fait grand chose: farniente dans des cafés et balades dans les rues écrasées de chaleur.






C'est ensuite à Trinidad que nous sommes allés, au milieu du pays. Nous avons été somptueusement logés dans deux chambres gigantesques; voici celle de Grégoire.
Trinidad, c'est une jolie ville coloniale.




Ce mec fabriquait des animaux en paille assez stupéfiants, Greg et moi lui avons acheté chacun un âne.
Mónica était toujours plus sociable que nous, et elle a longuement parlé avec ce type, qui est historien. Il a écrit un poème sur chacun des 32 états du Mexique, et nous a récité celui d'Aguascalientes. Quand il a appris que j'étais Genevoise, il m'a fait la lecture de son poème sur le lac Léman... Pas excellentissime, le bonhomme, mais en tout cas il en connaît, des choses!
Un soir, nous sommes allés à ls Casa de la música et avons dansé un peu la salsa; mais force m'a été de constater que les bons danseurs sont...à Genève, pas à Cuba. Bien sûr, il y a certainement de bons danseurs cubains, mais ici tout le monde vient danser, alors qu'à Genève j'étais confrontée à ceux qui aimaient vraiment la salsa, quand je sortais danser.
Nous avons fait la connaissance de deux Anglais francophones et hispanophones et avons passé une excellente soirée avec eux; les bronzés sur la photo, ce sont eux, pas des Cubains!


Le lendemain, nous avons voulu profiter de la magnifique terrasse dont Mónica et moi disposions, et nous y avons allumé les cigares que nous avions achetés lors de notre balade. Eh ben c'est fort! Après seulement la moitié d'un tout petit machin, nous avions déjà la tête qui tourne comme après un joint; Grégoire, lui, a bien trop fumé, et s'est retrouvé tout nauséeux. Quant au goût...sympa, mais je m'attendais à quelque chose d'un peu plus différent des cigarettes.












Petite promenade à une jolie cascade, où nous nous sommes baignés; rien de fascinant, mais cette photo vaut le détour.

Le 15, Mónica est rentrée sur La Havane, puis au Mexique, tandis que Greg et moi continuions seuls. Nous voulions traverser entièrement l'île pour aller tout à l'est, mais nous nous sommes rendu compte que c'était bien trop loin étant donné que les moyens de transports sont mauvais, dans l'île. Nous avons quand même poussé jusqu'à Santiago, la deuxième ville du pays; mais en bons Suisses plannificateurs, nous avons complètement oublié qu'il fallait nous assurer une place dans le bus deux jours avant le départ, et nous sommes retrouvés tout cons à se demander ce qu'on allait faire maintenant que le seul bus était plein. C'est que Cuba est un pays du tiers-monde, où les structures sont plus précaire qu'en Europe et au Mexique, nous avons eu tendance à l'oublier. On fait quoi, alors? On ne va quand même pas continuer à glandouiller à Trinidad..? Nous avons finalement loué les services d'un taxi: 250 CUC, soit à peu près la même chose en CHF, pour 8 heures de trajet. Bien plus cher que le bus, mais on voulait vraiment bouger.

Après une journée de voyage, nous sommes finalement arrivés à Santiago, avec en poche l'adresse d'une personne dont les chambres étaient occupées mais qui pourrait nous aiguiller; nous avons débarqué chez celle-ci et n'avons eu qu'à poursuivre jusqu'au pâté de maison suivant. Là, nous avons été logé dans une chambre sur une jolie terrasse, dont la vue était imprenable et, surtout, surtout, nous avons été logés par une bonne cuisinière! Depuis les mauvais restaurants de La Havane, nous avions pris le parti de manger chez nos hôtes, et c'était toujours assez bon; mais là, c'était simplement délicieux. Quand on sait que les Cubains ne cuisinent qu'avec ce qui pousse dans l'île, c'est un défi!

Qu'avons-nous fait à Santiago? Pas grand chose, ma foi. Une fois, nous avons longuement erré à la recherche de quelque chose à boire, mais n'avons pas été capable de dénicher de l'eau plate dans le centre-ville. A Cuba, même dans la seconde ville du pays, on manque de tout! Je me souviens également d'une fois dans un "Rápido", petit magasin-restaurant:

- Bonjour, je voudrais une part de pizza margarita, s'il te plaît.
- On n'a plus de pizza, désolée.
- Ah...alors un sandwich au fromage.
- Il ne nous reste que du jambon-fromage...
- Bon. Pas grave. (En fait si c'était grave, j'avais la dalle, mais j'ai complètement arrêté la viande, alors bon...). Donne-moi juste deux grandes bouteilles d'eau et un fanta, stp.
- Je n'ai que des petites bouteilles, et seulement du coca, pas de fanta.

Bien sûr, ça n'était pas toujours ni partout comme ça, mais quand même, je trouve que ça en dit long sur l'état du pays.

Des boissons FRAÎCHES. Le Paradis.
Les cheveux collés de transpiration, morte de chaud, mais heureuse d'avoir pu boire une limonade bien froide après avoir erré dans le four...euh! la ville.

Le coca local est bon, et un peu moins cher que l'original, qui ne se trouve pas partout.

Excursion au Morro, jolie vue sur la mer.


Et une autre balade bien sympa. Je vous rassure, cette fois-ci nous n'avons marché qu'une heure. Le reste du temps, bonne bouffe et chansons - il y a de bons musiciens à Cuba - aux pieds d'une jolie cascade. Dans le minibus qui nous a emmenés et ramenés de la cascade, en compagnie d'une bande d'Espagnols, notre guide, passionnée par son pays, nous a parlé un peu de tout: de comment le Che, Fidel et leurs potes s'étaient cachés dans la région que nous parcourions, nommés la Sierra Maestra; de la culture de la canne à sucre et de l'économie locale; de la santería, cette religion locale, bâtarde de catholicisme et d'animisme africain, qui fait correspondre à chaque saint chrétien un dieu de la nature. Après m'avoir demandé ma date de naissance, elle m'a informée que j'étais "hija del chango", soit fille du dieu du feu et d'autres bidules. En gros je suis très intelligente (ça on le savait depuis longtemps :D), ma tête est mon point fort (ah ben oui), ainsi que mes jambes (ok), mais mon estomac est mon point faible (pas d'accord), ainsi que les sentiments, par lesquels on peut me faire du mal (mouais). Je suis patiente et peut recommencer vingt fois la même chose s'il le faut (euh...nan), m'entends mieux avec les hommes qu'avec les femmes (mmh pas complètement faux), mon animal est la tortue et ma fleur le tournesol (là, je ne peux que lui donner raison). De Grégoire, j'ai juste retenu que son animal était la chèvre et son point fort... "j'ai honte de le dire!", a gloussé la guide en désignant son entrejambe. De quoi bien se marrer.



La mariposa, fleur national dont lenom signifie "papillon". Et Grégoire dans toute sa splendeur romantique.
Avant de quitter la ville, nous avons voulu passer quelques heures à glandouiller sur la plage, et nous sommes donc vaillemment sorti dans la chaude moiteur de l'après-midi, à la recherche d'un taxi. L'heureux propriétaire d'un espèce de paquebot vert foncé aux chromes rutilants nous a embarqués, et c'est sur les chapeaux de roue que nous sommes partis...à 40km/h. Magnifique, sa caisse, et très bien entretenue, mais pour la rapidité on repassera; pas plus mal, peut-être, au vu du strabisme largement divergent de notre chauffeur... Et une fois arrivés, point de sable blanc, point de vagues turquoises venant mourir langoureusement sur le rivage. "Ben le sable est pas beau", a dit Grégoire; "oui, mais on s'en fout, regarde, y a des vagues!". Il y avait bien des vagues, mais elles s'écrasaient sur un fond caillouteux. Résultat: genoux écorchés et sortie de l'eau aussi rapide que les cailloux nous le permettaient. L'après-midi de baignade s'est ainsi transformé en après-midi culturel; en d'autres mots: nous avons maté les Cubains...qui eux aussi nous ont matés, nos peaux étant d'un blanc fluorescent qui attire l'attention. Nous avons été stupéfiés de voir que beaucoup de gens buvaient à même la bouteille de rhum, et ce en plein aprem, par 35°. D'où quelques chansons éraillées et plusieurs arrestations par la police en uniforme vert. Quelques danses improvisées sur le sable, et des filles qui dandinent des fesses en passant devant les hommes qui les dévorent du regard. Et partoutautour de nous, des bruits de bisous et des sifflements: nous avons fini par comprendre que c'est ainsi que les Cubains s'interpellent, sans que cela soit, je crois, connoté vulgairement.

Finalement, nous sommes rentrés à La Havane, mais en avion, histoire de ne pas devoir passer 15 heures dans un bus. Pas grand chose à raconter de nos derniers jours: nous en avions marre de cette chaleur qui nous ramollissait tellement, et avions hâte de rentrer: lui à Genève, où l'atttendait sa copine, et moi à Aguascalientes, où m'attendait une maison à moi, un endroit où ranger ma brosse à dents et suspendre mes fringues, et un nouveau boulot.
Nous avons encore visité la fabrique de cigares Partagás, l'une des plus prestigieuses, et avons pu voir des centaines d'employés rouler les havanes à la main, tandis qu'un mec leur lisait un roman au micro; pas le droit de prendre des photos, malheureusement.

Au final, je ne sais pas trop quoi penser des Cubains; mais de ce que j'ai pu en voir, ils m'ont semblés moins heureux que les Mexicains. Je ne sais pas s'ils sont vraiment malheureux, mais en tout cas je n'en ai pas vus beaucoup s'interpeller dans la rue et rire ou sourire. Bien sûr, je reconnais que je ne me suis pas beaucoup mêlée à eux: voyager avec des amis vous rend autosuffisant en terme de chaleur humaine. Peut-être aurais-je dû faire un effort et tenter de plus m'ouvrir, de les connaître et de les comprendre, mais cela m'a été difficile, dans la mesure où les Cubains m'ont surtout fait penser, dans leur majorité, à des gosses mal élevés. En effet, pour commencer ils ne vous disent la plupart du temps même pas bonjour, merci ou au revoir dans les magasins. Ensuite, c'est d'une voix affreusement rauque et avec une intonation criarde que les femmes vous répondent, et je vous garantis que ça surprend toujours d'entendre une voix de bûcheronne sortir d'un joli petit minois. J'ai d'autre part remarqué que les Cubains ont cette sale tendance à interrompre les conversations sans le moindre scrupule, ce qui peut donner, à table: "Non, mais vous comprenez, X n'était pas comme Y... Avec X j'ai vécu une relation intense, mais émotionnellement Y était plus matur(e)... Par exemple, un jour, alors que nous étions au lit, Y m'a dit que-" - "Vous voulez plus de poulet?" - "Euh...non, merci. Et donc, Y m'a dit que je devais faire plus attent-" - "Mais vous avez aimé le poulet?" - "Oui oui, il était très bon, merci. [petit sourire signifiant: maintenant lâche-nous]" - "Hum oui, donc X m'a dit...ah, non, c'était Y..." - "C'est un assaisonnement spécial, une recette de ma grand-mère." - "MAIS TU SAIS OÙ TU PEUX TE L'ENFILER, TON POULET??!". Bon, et il y a également cette sale manie d'insister, insister et insister quand on refuse de leur donner une pièce: l'irresistible envie de leur répondre que quand maman dit non, c'est non!
Bien sûr, cette impolitesse ne fait pas des Cubains de mauvaises personnes; en fait, cette politesse si importante pour moi n'est en réalité que l'une des marques de ma culture occidentale, et je sais que je ne dois pas attendre d'un pays différent du mien qu'il respecte les mêmes codes sociaux. Mais on dira ce qu'on veut: selon moi, ce non-respect des règles élémentaires du savoir-vivre sont, encore une fois, une marque de ce que le pays ne va pas bien. Dire bonjour et merci, respecter le temps de parole de l'autre et ses décisions, voilà qui devrait être universel dans une société qui fonctionne correctement, quelle qu'elle soit. Alors peut-être suis-je trop suisse: chez nous, on n'aime pas déranger, et on préfère même parfois laisser crever les gens dans leur coin plutôt que de se mêler de leurs affaires. Possible; mais pour une fois je ne veux pas changer cet aspect de mon éducation, quitte à paraître rigide.

J'ai eu du mal à connaître les Cubains, disais-je, et c'est également dû au fait que j'ai trouvé le comportement de la majorité d'entre eux hypocrite. Je ne parle pas des personnes qui nous ont accueillis, et qui ont toujours été agréables, mais de tous ceux que l'ont a croisés dans la rue ou dans les soirées dansantes. Ils commençaient par nous aborder, souriants, nous parlent de la pluie et du beau temps, nous flattent, puis finissaient immanquablement par nous demander de l'argent. Bien sûr, ils sont dans la merde: la carte de rationnement qu'ils reçoivent chaque mois ne leur dure généralement qu'une quinzaine, et c'est au prix fort qu'ils doivent acheter le reste. Et vu le nombre de personnes qui traînent dans la rue et ne font absolument rien de leur journée, à part picoler du thum (si encore ils discutaient entre eux mais non, ils sont seuls), je suppose que le taux de chômage est élevé. Bien sûr, ils sont pauvres, ils manquent de tout, je peux comprendre ça; mais ce sont leurs façons détournées que je n'aime pas, cette manière de séduire le touriste. Au Mexique, quand un mec me drague, je sais bien que c'est à cause de mon aspect exotique, mais au moins il me trouve attirante; à Cuba, c'est pour mon porte-monnaie, et rien que pour mon porte-monnaie, malgré, ou à cause des compliments démesurés. Et si j'avais suivi l'un de ces types jusque dans sa misérable chambre mal ventilée, m'aurait-il présenté la facture le lendemain matin? Il y a des chances. Une fois seulement, j'ai apprécié la façon dont une femme m'a demandé si j'avais des vêtements à lui donner. Directe, un regard franc. Juste après, Grégoire et moi avons fait la connaissance d'un type qui, apprennant qu'il était suisse, lui a demandé de poster pour lui, depuis la Suisse, une lettre à des amis vivant là-bas. Des amis... un couple de touristes qui lui avaient donné leur adresse, d'après ce que j'ai pu déduire de sa lettre écrite en mauvais espagnol (et avec ça l'éducation est censée être la grande réussite du socialisme...). Nous avons un peu discuté, et il semblerait que Greg et moi ayons été d'assez bonne humeur pour donner une bonne impression. "Moi je suis cubain, pauvre et coincé dans ce pays, et vous vous êtes suisses, vous pourriez être froids et hautains, mais non, je t'ai vu donner de l'argent à la femme, et vous êtes souriants; mes amis envient les Européens, ils passent leur temps à demander de l'argent, mais moi je dis: chacun ses problèmes, vous aussi avez vos propres problèmes, et c'est stupide de vous envier". Silvio, de son prénom, nous a ensuite invités à assister à une fête "authentique, entre Cubains" qu'il donnerait le soir même. "Comme ça tu amènes ton appareil photo et tu pourras montrer aux gens comment est Cuba." On est partis avec l'adresse du lieu, sans rien promettre. Moi j'étais un peu mal à l'aise: ce mec avait reçu de nous l'image de deux personnes ouvertes et disposées à communiquer, mais la vérité c'est que nous étions dans de bonnes dispositions ce jour-là et qu'il s'y est bien pris; quelques jours plus tôt, j'avais par contre sèchement envoyé balader (pour ne pas dire plus) un type aviné qui tentait de vendre avec insistance un sandwich à une Mónica trop gentille. Non, vraiment, pas facile de communiquer avec les Cubains quand on est riches et eux pauvres. Je voulais aller jeter un coup d'oeil à la fête de Silvio, mais Greg n'était pas chaud, et notre apathie habituelle nous a finalement rejoints. "Silvio s'y est mieux pris que les autres Cubains, il a été plus subtil", m'a dit Grégoire, "mais tu t'es rendu compte qu'il ne nous a jamais rien demandé sur nous, notre pays, ce qu'on faisait dans la vie? Il avait certainement une idée derrière la tête, et aurait, lui aussi, fini par nous demander de l'argent." Possible, je ne sais pas; mais en tout cas je n'ai jamais eu le sentiment de parler d'égal à égal avec un Cubain, rien à voir avec ma relation avec les Mexicains. Ces derniers sont sans doute très occidentalisés... Il faudrait bien entendu que je puisse vivre un temps à Cuba pour apprendre à connaître les Cubains, comme je l'ai fait avec les Mexicains; mais je n'en aurais juste pas envie. Du tout.

Encore une anecdote, après j'arrête. A La Havane, alors que Mónica, Grégoire et moi consultions feu le Routard, qui vivait les derniers moments de gloire de sa courte vie, une femme d'une cinquantaine d'années, en passant près de nous, nous a dit quelque chose comme: "Ah, des Français, bonjour". En français. Moi, porte-drapeau passionnée de tous les francophones non-français dont les voix peinent à se faire entendre au milieu des cocoricos, je n'ai pas pu m'empêcher de lui lancer que non, nous ne venions pas de France; pleine de curiosité, elle s'est alors retournée, est revenue sur ses pas, et nous avons entammé une étrange discussion. Cette femme, Berta, parlait un français parfait, teinté d'un curieux mélange, très léger, d'accents parisien et africain; sauf qu'elle était Cubaine et n'avait jamais mis les pieds en France. C'est à l'Alliance française, nous a-t-elle dit, qu'elle avait appris le français, et son fils, lui aussi, y prenait des cours depuis de nombreuses années. "Avec mon fils", a-t-elle poursuivi, "nous parlons toujours en français; et d'ailleurs, je ne parle pas aux Cubains." Hein? "Oui, c'est que notre appartement est rempli de micros; du coup ils doivent tout traduire." Et pourquoi elle est sur écoute? "Oh, c'est parce que je ne suis pas d'accord avec le gouvernement, je me rebelle. Ils m'ont déjà mise en prison trois fois. Mais je m'en fiche, je continue à parler aux étrangers et à leur dire la vérité sur ce pays. Je leur fais peur. Là ils me surveillenet peut-être, je m'en fous. Vous vous rendez compte, même mon mari me surveillait, je ne savais pas qu'il était de la police". Une mythomane pathologique...? Possible. N'empêche qu'elle n'a pas été la seule à laisser entendre qu'on ne doit pas critiquer le gouvernement, même si les autres nous le disaient plutôt à mots couverts. Et les slogans socialistes fleurissent absolument partout, qui tentent de convaincre les Cubains qu'ils vivent dans un pays idéal. Dommage, je ne les ai pas notés, mais c'est du pur bourrage de crâne à la gloire de Fidel et de ses idéaux. Si vraiment cette révolution était une bonne chose, si le peuple vivait bien, il n'y aurait pas nécessité de l'en convaincre par la propagande... Le fameux "Hasta la victoria siempre" du Che est partout ("Vers la victoire, toujours"), et l'on trouve aussi beaucoup de "Patria o muerte", qui m'a particulièrement choquée, de même que "Comandante en jefe ordene" ("Commandant en chef, ordonnez"). Un pays pourri, que je vous disais, et je vous passe la visite guidée du tout sauf neutre musée de la Révolution. "Les méchants c'est les capitalistes, ouin!"; ouais, mais sans les tousites capitalistes et leur argent capitaliste, Cuba serait encore plus dans le caca. Vive l'hypocrisie.

Bref, un pays pourri, mais qui a quand même pas mal à offrir si l'on sait mettre ses défauts de côté; et un pays pourri dans lequel j'aurai quand même passé d'excellents moments en compagnie de Mónica et Grégoire. De bons souvenirs, donc, et la satisfaction d'avoir pu jeter un oeil à une nouvelle culture.

Et maintenant? Eh bien maintenant, je m'installe gentiment à Aguascalientes, où je vais vivre au moins un an. Je me suis acheté un lit gonflable et un vélo pas cher, mes habits ne sentent plus le renfermé et la chaussette sale et j'ai une cuisine à moi; et puis j'ai d'ores et déjà donné mon premier cours à l'Alliance française, ce qui sera sans doute le sujet d'un prochain post.

mercredi 1 juillet 2009

Dix jours de méditation Vipassana, ça vous change une femme

Ouh-là, le long message! Et sans photos, en plus! Oui, je sais que c'est chiant de tout lire, mais je vous promets que ce que vous allez lire est intéressant...et en plus ça m'a coûté pas mal de temps et d'effort. :)

Mercredi 17, c'est exténuée par vingt heures de voyage que je suis arrivée au centre de méditation Vipassana, situé dans les montagnes de l'état de México. Trois petits bâtiments en briques, rustiques, isolée dans une prairie entourée de haies, sur une verte colline. Paisible. Après avoir rempli un questionnaire dans lequel j'ai dû raconter brièvement ma vie et préciser quelles drogues je prenais, avec quelle fréquence et quel degré d'addiction, les femmes et les hommes furent séparés et dirigés chacun vers leurs quartiers. Douches communes, petites cellules de un, deux ou trois lits séparées du couloir par un simple rideau: spartiate, mais suffisant. J'ai juste eu le temps d'échanger quelques mots avec ma compagne de chambre, et nous avons été appelés pour le repas du soir et les explications. A partir de la première séance de méditation, qui aurait lieu le soir même, nous devrions pratiquer le Noble Silence durant toute la durée du cours: pas de communication, que ce soit verbale, écrite ou visuelle, avec les autres membres, à l'exception du staff et du professeur. Aucun contact physique, évidemment, et on nous a également demandé de ne tuer aucun animal, aussi petit qu'il soit, et de nous défaire de tout matériel servant à écrire. Nous devions pouvoir nous concentrer le plus possible sur la méditation. Très bien. Avant de terminer, l'Uruguayenne qui nous a accueillis nous a encore demandé de bien considérer une dernière fois notre décision: étions-nous réellement prêts à rester les dix jours? Nous aurions sûrement envie de fuir dès le premier, mais il nous faudrait supporter les horaires et les règles imposés, et travailler avec sérieux. Bien entendu, nous n'étions pas enfermés; mais pour pouvoir réellement connaître cette technique de méditation,il était important d'en supporter les désagréments et de s'investir à fond. Bien. J'étais prête à rester quoi qu'il advienne; je savais que je m'ennuierais et serais constamment fatiguée, mais après tout, la curiosité que j'éprouvais à l'égard de cette technique valait bien que je lui sacrifie dix jours de ma vie.

Et ça a donc commencé. Nous avons découvert la salle de méditation et le lieu qui nous était assigné: pour chacune un coussin carré bleu ciel en face du prof. Celui-ci nous a fait écouter l'enregistrement du cours donné par M. Goenka, le fondateur de l'Académie Internationale Vipassana, en Inde. Il parle un très bon anglais, mais avec un accent affreux; heureusement, tout était ensuite traduit à l'espagnol par un homme à l'accent argentin ou uruguayen. Après deux heures de méditation, déjeuner à 6h30, puis on recommence à 8h, jusqu'à 11h, et ensuite de 13h à 17h. A 17h, nous avions droit à un goûter de fruits et de thé, et c'était notre dernier repas de la journée. Pas de souper. A 18h nous recommencions à méditer, et à 19h nous écoutions chaque soir un long discours de Goenka, visant à nous expliquer pourquoi nous faisions ce que nous faisions, comment nous devions le faire, et nous enseignant, petit à petit, les bases du bouddhisme et de la méditation Vipassana.

En dix jours de cours, j'ai ainsi écouté 13 heures d'enregistrement sur un sujet complexe; je sens qu'il va m'être difficile de tout résumer de manière correcte, mais je vais essayer.
Tout d'abord, Goenka insiste régulièrement sur le fait que d'adhérer aux principes auxquels nous adhérons dans le centre, et méditer comme nous le faisons, n'a rien à voir avec une secte ou une religion quelconque. Tout le monde, sans exception, peut pratiquer le Dhamma, c'est-à-dire le sentier indiqué par le Bouddha, et ce sans renier ses propres croyances. Un culte existe maintenant autour de la personnalité du Bouddha, une religion s'est créée, avec ses dogmes et ses rites, mais ce n'est pas ce que le Bouddha voulait, et cela n'a rien à voir avec ses enseignements; le Dhamma tel que l'enseigne Goenka est exactement tel que l'enseignait le Bouddha il y a 25 siècles, sans aucune trace de dogmatisme. Et de quoi s'agit-il, donc? Il s'agit d'un ensemble de pratiques visant à purifier son esprit, et par purification on entend libération de ses impuretés, de tout ce qui pollue l'esprit de chacun d'entre nous et nous rend malheureux: l'aversion et le désir. Chaque fois que nous nous souffrons, notre corps perçoit une sensation désagréable et nous générons automatiquement un sentiment d'aversion envers cette douleur: nous voulons qu'elle s'arrête immédiatement. Cela est valable pour les douleurs physiques, mais bien sûre également pour tout ce qui se passe au niveau émotionnel; et lorsque nous nous énervons contre quelqu'un, nous souffrons également, même si cette souffrance n'est pas forcément évidente à percevoir; mais on se gâche ainsi la vie à souffrir pour tout et n'importe quoi. De même, lorsque nous vivons un évènement positif, notre corps reçoit un sensation agréable, et nous voulons que cela continue. J'en veux plus. Ce chocolat est délicieux, j'en veux encore. Encore plus. Cette personne est extraordinaire, je veux la revoir, je l'aime, je la veux, et peu importe qu'elle ne m'aime pas, je ne peux pas m'empêcher de la désirer, encore et encore, dans un grand sentiment de frustration: l'avidité, l'attachement sont tout aussi néfastes que l'aversion. Et comme l'esprit et le corps sont inextricablement liés, le schéma profond de l'esprit est tel qu'à chaque fois que nous vivons un évènement positif ou négatif, le corps y réagit par une sensation. Dans le cas d'une très forte colère, d'un désir intense, nous en sommes conscients: le coeur s'accélère, la chaleur monte, etc.; mais c'est également le cas pour toute aversion et toute avidité, même minime: sans que nous nous en rendions compte, le corps génère une sensation, qui restera ensuite enregistrée pour toujours au plus profond de notre inconscient. Le Bouddha nomme cela un sankara, les psychologues le nommeraient peut-être complexe; quoi qu'il en soit, nous générons chaque jours des milliers de sankaras, résidus de nos désirs et de nos aversions, qui s'accumulent au fond de notre esprit et la contamine, l'empêchant de vivre en paix. C'est la manière dont fonctionne notre esprit depuis toujours: nous ne pouvons nous empêcher de réagir à tout ce qui nous arrive. Dès qu'il vient au monde, le bébé hurle pour obtenir à manger: il réagit à sa faim par un désir incontrôlable, et c'est ce désir qui cause la souffrance, pas la faim en elle-même. A partir de ce moment, il en sera toujours ainsi: qu'il soit agréable ou déagréable, chaque stimulus que nous recevons génère une envie: je veux que ça s'arrête! Je veux que ça continue! Et c'est cette envie, non l'évènement en soi, qui génère une souffrance, un mal-être.

Dans ce contexte, Siddharta Gautama, le Bouddha, a découvert il y a de cela 25 siècles une technique unique de méditation, visant à abolir la frontière entre l'esprit et le corps et à faire surgir les vieux sankaras des profondeurs de l'insconscient, pour qu'ils disparaissent. Une purification de l'esprit. Vous êtes peut-être sceptiques, c'est normal: le Bouddha lui-même disait qu'il ne fallait pas le croire sur parole mais expérimenter par soi-même; car si tous les leaders religieux de tous les temps ont toujours prêché la pureté de l'esprit et dit et répété qu'il fallait sortir de l'envie et de l'aversion, le Bouddha est le premier et le seul à avoir trouvé une technique qui permet de mettre cela en action. La connaissance intellectuelle ne suffit pas.

Avant que je vous décrive en quoi consiste cette technique, je dois encore vous parler du Dhamma. Le Dhamma, ou octuple sentier, est composé de trois parties. La première, Sila (prononcer chila), signifie "moralité" en pâli, la langue du Bouddha. Il s'agit d'un ensemble de pratiques permettant de rester pur sur le plan moral: il s'agit de ne pas tuer (d'où la nourriture végétarienne dans le centre), de s'abstenir de commettre un adultère, de ne pas mentir, de ne pas voler et de ne pas prendre de drogue ou d'alcool. La vie au centre, de par les règles qu'on nous impose, permet aux méditants de respecter la pratique rigoureuse de Sila. Si le Sila est fort, il permet l'accomplissement de la deuxième partie du Dhamma: Samadhi, la concentration. Il existe plusieurs type de concentration: l'assassin qui va prémédite un meutre se concentre, bien sûr, mais ses motifs sont mauvais. Dans la pratique du Dhamma, on développe un type neutre de concentration, on se concentre seulement sur son propre corps et ses sensations. La troisième partie est Pañña (prononcer pannia), la connaissance. Il y a plusieurs types de connaissances: on peut notamment s'instruire en lisant des livres sur le Dhamma et en écoutant des discours, comme nous l'avons fait au centre. Cela était déjà connu bien avant le Bouddha, de même que Sila et Samadhi; la contribution définitive du Bouddha a été de découvrir une forme de méditation qui permet la connaissance par soi-même, dans son corps: il s'agit précisément de Vipassana. La connaissance intellectuelle ne suffit pas, il faut l'expérimenter dans son propre corps, dans son propre esprit, pour pouvoir changer.

De par notre acceptation des règles du centre, nous avions donc un Sila pur: nous ne pouvions pas mentir puisque nous pratiquions le Noble Silence; nous ne tuions rien ni personne, pas même un insecte, et encore moins un porc ou un poulet pour notre noutrriture; la ségrégation des hommes et des femmes empêchaient l'inceste; l'alcool n'était pas prévu aux repas; et enfin nous devions bien entendu nous abstenir de voler. Le premier jour, nous avons donc pu commencer à pratiquer Samadhi, la concentration. Disons-le tout de suite: la méditation, spécialement dans cette première phase, Samadhi, c'est chiant. Dix à onze heures par jour, et ce pendant dix jours d'affilée, c'est mortel! Ce premier jour, nous devions nous concentrer exclusivement sur notre respiration: inspirer, expirer, inspirer, expirer. Rien de plus. Il ne s'agissait pas de la contrôler, de la forcer: non, nous devions simplement l'observer, qu'elle soit superficielle ou profonde. En être conscient. Le deuxième jour, nous devions examiner avec attention l'air qui entre et l'air qui sort, et être à l'écoute, si je puis dire, des frottements de l'air, et de n'importe quelle sensation qui surgirait dans la zone du nez. Dix heures par jour. Autant dire que, pour ma part, je n'étais pas capable de garder constamment ma concentration, mon esprit vagabondait partout et soudain je me rendais compte que j'avais oublié de rester consciente de ma respiration. C'est normal, et le but est de parvenir à garder le plus longtemps possible cette conscience. Le troisième jour, on nous a demandé de nous focaliser seulement sur l'entrée des narines et le dessus de la lèvre, à l'écoute des sensations qui surgiraient exclusivement dans cette petite zone. Sensations de chaleur, d'humidité, de gratouilles, de chatouilles, n'importe quel type de sensation; puis la zone a été réduite au petit triangle entre le nez et la bouche. Quand est arrivé le quatrième jour, j'étais déjà établie dans ma petite routine, connaissais par coeur le dos et les fesses de la fille qui méditait devant moi, le profil de ma voisine de droite, les soupirs de celle de derrière, le terrible accent oriental de Goenka, celui, argentin ou uruguayen, je n'ai jamais su, de son traducteur, et celui, américain, de notre prof. Et le quatrième jour, nous avons commencé la méditation Vipassana proprement dite, celle du Bouddha, et nous sommes entrés dans le champ de Pañña, la troisième partie: la connaissance.

De cette petite zone au-dessous du nez, nous avons dû passer notre attention au sommet de notre crâne, sur une petite zone au niveau des fontanelles. Pour moi, la sensation fut très forte: dès que mon attention s'est posée au sommet de mon crâne, j'ai senti comme une pression sur cette petite région de deux ou trois centimètres de large. Ensuite, la voix de Goenka a nous a guidé sur tout le cuir chevelu, le visage, les bras, jusqu'à la pointe des orteils: nous devions parcourir toute la surface de notre corps, en restant attentifs aux moindres sensations qui surgissaient. Le corps entier est constamment parcouru de sensations; seulement notre esprit n'est pas assez fin pour le percevoir, et nous n'y prêtons généralement pas attention, constamment tournés que nous sommes vers l'extérieur. Au début, je n'avais pas de sensations uniformes dans tout le corps, je ne pouvais ressentir que le plus évident: la douleur, les démengeaisons, les battements de mon coeur se répercutant dans mes artères, et une lègère tension partout où se posait mon esprit; et puis j'ai fini par ressentir une vibration presque partout où je passais, générée, je suppose, par le flux continu du sang dans mes veines. La méditation intensive portait donc ses fruits: j'étais devenue plus sensible à ce qui se passait dans mon corps. Cependant, ce n'est pas là le but principal de la méditation Vipassana; en réalité, le plus important était avant tout de rester équanime face à n'importe quelle sensation, qu'elle soit agréable ou non.

Peut-être ce concept, l'équanimité, vous est-il peu familier; voici ce qu'en dit wikipédia:

"L'Équanimité, l'égalité d'âme, d'humeur, est une disposition affective de détachement et de sérénité à l'égard de toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable.

En tant que résultat d'une pratique spirituelle, ou d'un cheminement de croissance personnelle ce détachement s'enracine et se stabilise par une acceptation de soi-même et de ses circonstances, passées ou actuelles, un lâcher-prise constant malgré les caprices de sa volonté et de sa réactivité personnelles, ainsi qu'une base de confiance dans le bien-fondé des données de la vie, par une intuition grandissante de leur nature réelle. Ces processus très variables auront fini par élaborer un apaisement intime de l'esprit devant tout désir, peur, etc. [...]"

Trois fois par jour, nous avions pour consigne de méditer une heure entière sans bouger les doigts ou les jambes, et sans ouvrir les yeux, afin de fortifier notre concentration; au bout d'un moment, même lorsque l'on a, comme moi, un petit banc confortable et plein de coussins, on commence irrémédiablement par avoir mal au dos et aux fesses et on ne souhaite qu'une chose: changer de position. Or, c'est justement là qu'il s'agit de rester équanime: on accepte la douleur, on la reconnaît, mais on doit rester conscient du fait qu'elle est éphémère et réprimer l'aversion que l'on éprouve. De même, s'il se produit une sensation agréable, ou que l'on a enfin réussi à sentir une sensation subtile, signe de progrès, on doit tenter de ne pas générer d'avidité envers cette sensation: comme toutes les sensations, quelles qu'elles soient, la sensation agréable passera tôt ou tard. C'est là le point commun de toutes les sensations: agréables ou désagréables, fugitives ou persistantes, elles ne font que surgir et disparaître. On le sait, on peut l'admettre d'un point de vue intellectuel; c'est autre chose de l'éprouver dans son corps, et cela demande du temps, de la concentration et de la patience.

Nous avons ainsi continué à méditer jusqu'à la fin du cours, tentant d'obtenir un flux libre de sensations subtiles, ces petites vibrations, dans tout le corps, à mesure que l'esprit le parcourait; et nous avions pour consigne de nous attarder plusieurs minutes sur les zones peu réceptives. Pour autant, il ne fallait rien forcer, mais se contenter d'observer et d'attendre; en effet, si on essaie d'accélérer les choses, si on se montre impatient, on développe une réaction d'avidité, ce qui génère un nouveau sankara, ce fameux complexe. Or, le but de cette pratique méditatoire est justement d'éliminer les sankaras du passé: si on reste équanime envers toute sensation qui surgit, on cesse de générer de nouveaux sankaras, et ceux du passés remonte inexorablemetn à la surface, où ils s'abolissent. Ainsi se nettoie l'inconscient, pas à pas. Au fur et à mesure des méditations, et si le méditateur parvient à concentrer son esprit et à rester équanime, les sankaras sortent un à un, sous forme de sensations. Ainsi, les sankaras de colère, par exemple, se libèrent sous forme de chaleur; mais si vous méditez sous les tropiques, il vous est bien sûr impossible de savoir si la chaleur que vous ressentez dans votre corps est due à un sankara qui se libère ou simplement au soleil.

"Foutaises new age", vous dites-vous peut-être. Je ne le crois pas. Je crois que, même si la science occidentale n'a pas encore trouvé d'explication à la manière dont se purifie l'esprit de celui qui pratique la Vipassana, tout cela fait sens. Le corps et l'esprit sont inextricablement liés; seulement, nous n'avons pasa l'habitude de sentir la subtilité de cette relation. Lorsqu'on commence à méditer, on se focalise, à l'aide de son esprit, sur son corps, si bien que les frontières entre ces deux entités commencent peu à peu à se dissoudre. Si j'ai réussi, en seulement dix jours, à percevoir dans presque tout mon corps, des vibrations subtiles, jusqu'à quelle profondeur ne peuvent pas parvenir les méditateurs expérimentés? Lorsqu'il commença à méditer, le Bouddha réussit à ressentir un courant de sensations uniformes, de petites vibrations, dans tout le corps, comme y parviennent une partie des élèves débutant en dic jours; par la suite, il parvint à étendre ces sensations à l'intérieur même de son corps, et atteint un état d'abolition total des sensations normal, un état dans lequel il put se rendre compte que son corps n'était en réalité composé que de minuscules particules vibratoires; enfin il aiguisa tant et si bien son esprit que, lorsqu'il reçut finalement son illumination, il annonça que tout, en ce monde, était constitué des mêmes corps infiniment petits, eux-mêmes subdivisés en huit corpuscules indissociables. 2500 ans plus tard, les scientifiques ne disent pas autre chose. De même, le Bouddha dit que ces particules n'étaient en fait que des ondes, qui vibraient à une vitesse incroyablement élevée; or, depuis Einstein on sait que c'est effectivement le cas et, plus étrangement encore, la vitesse vibratoire mesurée par les scientifiques coïncide avec la valeur annoncée par le Bouddha. Sans aucun instrument de mesure scientifique, par la seule force de son esprit, le Bouddha obtint, avec 25 siècles d'avance, les mêmes résultats que la science moderne. Hallucinant. La différence réside dans le fait que la connaissance des scientifiques d'aujourd'hui est purement intellectuelle, alors que le Bouddha, à l'égal que toutes les personnes qui ont atteint l'illumination avant et après lui, a pu vérifier cette vérité dans sa propre chair. Il n'a en outre pas poussé aussi loin son exploration par simple curiosité, mais dans le but de connaître la vérité sur lui-même et sur le monde, et de pouvoir ainsi libérer son esprit; tout comme lui, chaque être humain doté d'une intelligence normale peut atteindre cet objectif. Bien sûr, l'illumination est difficile à atteindre en une seule vie; mais en méditant régulièrement et comme il se doit, c'est-à-dire en conservant une attitude équanime, on parvient petit à petit à libérer son esprit de ses aversions, tensions, désirs, blocages. Des milliers et des milliers de méditants Vipassana ont trouvé la paix, c'est bien la preuve que cela fonctionne.

Quant à moi, j'avoue que je me suis parfois un peu énervée au cours de ces dix jours. Le silence ne m'a pas pesé, et je me suis habituée assez rapidement à être tirée de mon sommeil par de sonores coups de gong à 4h. du matin, mais je me suis parfois réellement ennuyée, incapable que j'étais de restée concentrée sur mon corps. De plus, j'ai commencé à régresser, à perdre les sensations de vibrations dans certaines parties du corps; du coup, je me suis surprise à retenir ma respiration pour mieux sentir, à chercher avidement ces petites vibrations. Exactement ce qu'il ne fallait pas faire. J'avais perdu mon équanimité. Une fois que j'eus compris que ces régressions n'en sont en fait pas, qu'elles font partie du processus, et que la seule chose qui importait était de rester équanime en toute circonstance, je me suis relaxée et ai pris tout ça à la légère, sans pour autant trop relâcher ma vigilance. Je me levais, écoutais soupirer Diana, ma compagne de chambre, me lavais les dents en silence puis sortais faire pipi dans les toilettes sèches situées à l'extérieur, jetais en cemin un oeil au ciel qui, malheureusement, était presque toujours couvert. Dommage, quand il voulait bien se découvrir, c'était une merveille de pureté étoilée. Ensuite je retounais méditer assise sur mon lit, car nous y avions le droit à certains moments de la journée, et je ne pouvais m'empêcher de jeter régulièrement un oeil à la pendule. Ma chambre étant située en face des toilettes, j'écoutais régulièrement les gros pets sonores de mes collègues, résonnant dans le silence complet contre la faïence de la cuvette; j'ai appris par la suite que beaucoup avaient eu la diarhée durant tout le séjour: une nourriture trop riche en fibre! Repas, sieste, méditation se succédaient tout le jour, et le silence était régulièrement troublé par les braiements lointains et plaintifs de l'âne du voisin, ou par la musique ranchera de ce dernier. Et toujours la voix du traducteur argentin, si douce, son usage de "vosotros" au lieu du "ustedes" mexicain (j'ai bien révisé toute la conjugaison que j'avais oubliée, à force de ne pas la pratiquer), les cantiques de paix hypnotiques de Goenka, "Bhavatu Sabba Mangalam", "Que tous les êtres soient heureux". Une routine tranquille dans un paysage apaisant; pourtant, je notais que je restais "accélérée", comme ils disent ici: je sortais souvent la première de la salle de méditation, marchait d'un pas décidé vers la salle des repas. Je n'ai sans doute pas réussi à me concentrer suffisamment pour parvenir à réellement me détendre.

Le samedi matin, avant-dernier jour, nous avons été autorisés à parler de nouveau. Ouah! Au sortir de la méditation du matin, nous avions toutes un sourire radieux aux lèvres. "Alors, comment ça a été?" Presque toutes les femmes, une quinzaine, se sont réunies en cercle et nous avons partagé nos impressions. Nous étions supposés continuer à méditer au long de la journée, mais, en dehors des heures obligatoires en groupe, nous n'avons finalement fait que parler et rire. Nous découvrions le visage de personne dont nous n'avions jusque là regardé avec attention que les pieds. "Ah, tu étais à côté de moi! Je t'entendais soupirer souvent." Plusieurs personnes m'ont dit qu'elles avaient remarqué mon tatouage: forcément, on marchait la tête baissée et nous connaissions les pieds de tout le monde. J'ai également appris que je parlais la nuit, mais ma voisine de chambre n'a pas su me dire de quoi, étant donné que je parlais en français. Plusieurs personnes se sont alors exclamées: "Ah, c'était toi? Je me suis réveillée plusieurs fois en entendant quelqu'un parler très fort, une fois tu as même crié". Ah. Nous avons ensuite parlé de nos intestins respectifs, puis des sensations que nous avions perçues en méditant, de Goenka, du prof américain, de ce que nous faisions dans la vie, de tout et de rien, et avec une gaité folle. Nous ne nous lassions pas de parler et étions toutes dans un étatd'esprit hautement positif après ces jours à méditer et à écouter des discours sur le bonheur et la paix. Une journée magnifique, à partager notre joie au soleil.

Le lendemain matin, après une ultime méditation, le cours a finalement été clôturé. Nous avons tous donné un coup de main pour nettoyer le centre, et plusieurs d'entre nous avons passé la journée à Valle de Bravo, la petite ville proche du centre, dans une excellente atmosphère. Nous avons finalement pris le bus pour rentrer chez nous, et je me suis retrouvée à Mexico City avec Tania, l'une des participantes. Le choc à l'arrivée au terminal, si bruyant, si plein de monde! Enfin je vous rassure, je me suis facilement réadaptée à la réalité triviale du monde extérieur.

La question, maintenant, est: que vais-je faire de ce que j'ai appris? Goenka conseille de continuer à méditer deux fois une heure par jour, matin et soir. Quand j'ai entendu ça, je me suis un peu braquée: dormir est une des choses que j'ai le plus de plaisir à faire dans cette vie. Mais il paraît qu'on s'habitue vite, qu'il faut se donner des coups de pieds pendant une année, mais qu'ensuite méditer devient une nécessité. J'ai envie d'essayer. Pour l'instant, je ne sais pas encore si ces dix jours m'ont été bénéfiques, si j'ai pu extraire plusieurs sankaras ou pas, mais je me sens en tout cas très bien depuis que je suis sortie. Je vais continuer dès que j'aurai à nouveau un chez-moi, dans trois semaines; là je suis dans une auberge de jeunesse, c'est trop difficile. Quoi qu'il en soit, ce séjour a réellement changé ma manière de percevoir le monde et de me percevoir, surtout, à moi-même. Tant de choses semblent absurdes lorsqu'on sort de cette retraite...

Ces prochains jours, je vais aussi effectuer un versement sur le compte de Dhamma Makaranda, mais je ne sais pas encore de quel montant. En effet, le centre, comme tous les autres centres Vipassana du monde, fonctionne grâce aux donations: on profite de la générosité de ceux qui sont passés avant nous lorsqu'on est au centre, puis on peut donner ce que l'on veut et ce que l'on peut si l'on juge que les jours passés à méditer nous ont apportés quelque chose. On nous explique clairement que la contribution ne doit pas être perçue comme un paiement, comme une obligation, mais doit venir du coeur: si le Dhamma a commencé à avoir un effet sur nous, on devient automatiquement plus généreux envers les autres et on a envie de partager le Dhamma, le sentier qui mène à la paix. Je vais donner, et je vais donner plus que les simples frais de nourriture, d'électricité et de loyer, afin que le centre puisse continuer à s'agrandir. De plus, on peut choisir de servir lors d'un autre cours de 10 jours, en cuisinant pour les méditants et en restant à leur disposition en cas de nécessité. Ca aussi, j'aurais envie de le faire, mais je crains que mon nouveau travail à Aguascalientes ne m'en laisse pas vraiment le temps.

Pour finir, voici quelques adresses, pour ceux que ça intéresse:

La page d'introduction générale à la méditation Vipassana: http://www.french.dhamma.org/

L'introduction de S.N. Goenka: http://www.sumeru.dhamma.org/francais/vipassana_f.html

En Suisse: http://www.sumeru.dhamma.org/francais/bienvenue.html

Au Québec: http://www.suttama.dhamma.org/gen/fr/gen_home.fr.htm

Au Mexique: http://www.dhamma.org/es/schedules/schmakaranda.shtml

Je n'ai rien trouvé de probant sur la France, mais je sais qu'il existe plusieurs lieux, il suffit de chercher un peu.

Et voici mon pote S.N. Goenka, qui a réintroduit la technique en Inde et a fondé 130 centres Vipassana dans le monde.

Voilà. Je ne me suis pas relue, j'espère que tout ça n'est pas trop confus. Cela m'intéresserait d'avoir vos réactions sur ce post.
Sinon je suis actuellement à Mexico City, et j'ai plusieurs personnes à y rencontrer. Je n'écrirai probablement rien sur ce troisième séjour dans la capitale, parce que je n'ai toujours pas d'appareil photo et que, surtout, j'en ai un peu marre de passer mon temps sur internet. Dimanche, je prends l'avion pour Cuba, où je passerai deux semaines en compagnie de Grégoire, mon pote depuis dix ans, à Genève, et de Mónica, d'Aguascalientes. Ca promet d'être génial, je me réjouis beaucoup; mais je pense attendre mon retour à Aguas, le 21, avant de poster quoi que ce soit, étant donné qu'internet est trèèèèès lent à Cuba.

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