vendredi 4 décembre 2009

Home, sweet home

J'ai emménagé le premier novembre dans une nouvelle maison, au centre-ville, dans une "privada", c'est-à-dire un espèce de chemin privé. En face de la privada, il y a une école primaire et une secondaire, et j'entends plusieurs fois par jour la musique patriotique qui s'échappe des hauts parleurs, tandis que les élèves gesticulent en rythme dans le préau. A 13 heures, mieux vaut ne pas trop traîner dans le coin: les élèves, en pause, jaillissent de l'école, en uniforme bleu marine, et envahissent la rue, où leurs parents les embarquent dans leurs grosses voitures, et où ils traînent encore longtemps, à se pousser du coude en achetant des bidules à grignoter aux vendeurs ambulants. Au-dessus de la porte de la maison qui est à côté de la nôtre, il y a un autocollant qui proclame: "Ce foyer est catholique, nous n'acceptons aucune propagande protestante ou d'autres sectes. Vive le Christ Roi!", etc. Et la dame de la maison d'en face, que je venais de saluer parce que j'avais remarqué ses jolies lumières, est venue frapper à ma porte pour se présenter et m'inviter se joindre à sa famille pour prier la vierge. Aaah, c'était donc ça, ces décorations! J'ai poliment décliné, jugeant plus prudent de ne pas mentionner mon agnosticisme chronique. Heureusement que cette brave dame n'a pas vu la décoration décadente de notre intérieur, et qu'elle n'a pas croisé nos potes gays...


Ce home sweet home est maintenant (presque) douillettement aménagé, mais j'en ai bavé pendant les dix premiers jours qui ont suivi mon installation. Oups, la proprio avait oublié que l'installation du gaz n'avait pas été faite... Et sans gaz, au Mexique, on est dans le caca: pas de possibilité de cuisiner, bien sûr, mais surtout pas d'eau chaude! Et la douche glacée quand dehors il fait à peine 10 degrés, ça va un jour, deux jours, mais pas dix. En même temps que le gaz, j'ai fini par avoir des placards, que deux ouvriers très sympathiques aux dents pourries sont venus installer. Deux semaines après mon emménagement, Marie, ma collègue française de l'Alliance, est venue me rejoindre, nous avons correctement installé nos nouveaux meubles et suspendu nos rideaux pailletés. Encore quelques jours et nous avions chacune des rideaux à notre chambre: plus besoin de se changer dans la salle-de-bain. Puis il y eut l'épopée de la table du salon que nous n'arrivions pas à obtenir, et puis des chaises qu'il nous a fallu choisir parmi des mochetés hors de prix, et puis il fallait encore courir derrière les mecs qui livrent l'eau potable par bombonnes de 20 litres, parce qu'ils ne passaient jamais quand on le leur demandait... Et puis la semaine passée c'est le boiler qui ne s'allumait plus, et notre fidèle ouvrier (qui passe la moitié de sa vie à bidouiller chez nous) nous a signalé qu'une pièce avait fondu parce que le thermostat de fonctionnait plus et que le boiler ne s'éteignait plus tout seul. Ah, donc le truc chauffait et chauffait sans s'arrêter, c'est ça? Rassurant, très rassurant!
Nous sommes passées par de nombreux moments de découragement et avons pu constater que tout est plus compliqué et plus lent au Mexique qu'en Europe, et que "oui oui, on le fait tout de suite" signifie bien souvent "ouais, on verra si on le fait un jour". On attend encore qu'ils viennent débloquer deux fenêtres qui ne s'ouvrent pas, et il va nous falloir acheter un modem sans fil, parce que le type qui nous a vendu le contrat internet a omis de nous dire qu'il nous entubait en nous refilant un vieux modem câblé. Après ça on songera à toruver un canapé pas cher, mais vu l'état de nos finances, ça risque d'attendre!

Voici Marie...même pas au boulot pour de vrai.




Au bout de trois jours, au moment de tirer la chasse: plus d'eau! La concierge nous a alors expliqué que la pompe qui amenait l'eau jusqu'à notre réservoir ne s'était pas mise en route; elle a chopé un adolescent qui trainait par là, l'a fait monter sur le toit, il a bidouillé quelque chose et les réservoirs se sont remplis. Mais quelques jours plus tard, rebelotte, et cette fois-ci c'est bibi qui s'y est collée, découvrant par la même occasion que le toit de la maison était parfait pour faire bronzette en admirant les collines au loin. Et la troisième fois, j'ai fait monter Marie sur mes épaules pour qu'elle atteigne l'échelle et puisse monter pour tripoter le flotteur qui détecte le niveau d'eau dans les réservoirs et faire repartir la pompe, ce sont les photos ci-dessous. Bon, elle a finalement été réparée, cette pompe, et elle fonctionne! Reste à savoir jusqu'à quand.


On a peint une table en rouge, une autre en doré...



...et le frigo et la cuisinière en rose barbie.
On a trouvé de vieux bustes de mannequins dans une brocante...


...et on en a fait des oeuvres d'art.






Et elle, c'est la vierge de Guadalupe, la vierge officielle du Mexique, qui est apparu à un indigène il y a je ne sais plus combien de siècles, et dont l'effigie est absolument partout. Notre hommage affectueusement ironique au pays... Elle clignotte, c'est d'un kitsch absolu et délicieux.
Samedi emménage Austin, un couchsurfeur que j'ai connu grâce à Fer. Austin est américain du Wyoming (et non pas du Texas, huhu), il dit "aaawesome!!" toutes les deux phrases et il enseigne depuis peu l'anglais dans une école toute proche de l'Alliance. Entre lui et Marie, je suis bien lotie, il y aura vraiment une bonne ambiance dans cette maison; pas comme chez Noriko, qui est un peu déprimante à force d'être déprimée et fatiguée. Marie est un peu frustrée à l'idée de vivre avec lui, elle aurait préféré pouvoir améliorer son espagnol avec quelqu'un qui le parle vraiment, mais moi je suis très contente, je vais pouvoir pratiquer mon anglais au quotidien.
Et sinon, j'ai enfin obtenu mon FM3, le document qui m'autorise à séjourner un an au Mexique et à y travailler! Je vous épargne la description des innombrables tracasseries administratives par lesquelles je suis passée. J'ai pu ainsi faire imprimer mes formulaires pour les impôts, ce qui signifie que je vais dorénavant me saigner pour payer ces derniers, mais que je travaille enfin légalement au Mexique, youhou!

lundi 30 novembre 2009

Talons et vélo


Un ami m'a découpé cette photo, qui est parue dans "La Jornada" d'il y a dix jours. Eh oui, c'est bien moi! La légende dit: "Talons et tatouage à vélo - Combinaison de pédales et escarpins". Apparemment, ce journal publie régulièrement, dans sa rubrique réservée à Aguascalientes, des photos insolites. A Genève, ça ne me serait jamais arrivé, mais ici voir une femme à vélo n'est déjà pas courant, mais si en plus elle porte une jupe et des talons et arbore un tatouage bien visible... J'ai déjà pu remarquer à de nombreuses reprises que j'étais presque considérée comme un phénomène de foire.

mardi 24 novembre 2009

Fête des morts (oui, bon, un peu en retard...)

Il y a tellement de photos que je voudrais poster, tellement de sujets que je souhaiterais aborder! Mais je n'ai simplement pas le temps, et pas internet à la maison en ce moment, pour ne rien arranger. J'aurais voulu vous mitonner un message dans lequel j'aurais expliqué le pourquoi du comment de la fête des morts au Mexique, qui est à cheval entre les cultures chrétiennes et indigènes, mais là il est 22h30, je suis encore au travail et mon estomac gronde furieusement. Tant pis. Voici quand même quelques photos, en vrac, qui datent du 1er et du 2 novembre.


TRaditionnellement, on érige un autel en honneur des morts, qui sont censés revenir parmi nous une fois par an. On leur laisse des fleurs, de la tequila et je ne sais trop quoi d'autre. A l'Alliance, nous avons chacun eu droit à notre petite tête de mort personnelle, c'est-y pas mignon!








Chaque année a lieu à Aguascalientes un festival de calaveras, c'est-à-dire de têtes de mort, lors duquel sont primées les meilleures têtes de mort géantes. Malheureusement, je n'ai pas vu le concours ni les têtes de mort, juste le défilé, haut en couleur, qui clôturait le festival. Impressionnant, mais les images ne lui rendent pas justice. En plus, j'ai la flemme de choisir parmi la cinquantaine de photos que j'ai prises... En voici juste quelques-unes.





Et voici un autel dressé dans le centre-ville.

A cette période de l'année, on mange également des petites têtes de mort en sucre, sur lesquelles on oeut faire inscrire son nom; mais là encore, j'ai manqué le coche.

Désolée pour cette note faite à la va-vite! Bientôt je posterai quelque chose de mieux sur mon déménagement, ma nouvelle maison et tous les déboires que j'ai vécus.

mardi 29 septembre 2009

Une nuit de photo à la hacienda

Ce samedi soir, j'ai suivi un ami, René, à la hacienda que possède un de ses amis, Tito, dans l'état voisin de Jalisco. Tito et René étant tous deux passionnés de photo, nous avons emmené nos appareils, un trépied et deux lampes puissantes, de celles qui se synchronisent avec l'appareil photo et permettent d'obtenir toutes sortes d'éclairages naturels. Nous sommes arrivés à la tombée du jour, et l'endroit m'a tout de suite plu. La famille de Tito possédait jadis tout le village de Los Sauces; mais lorsque le gouvernement décida de répartir les terres de manière plus équitable, entre les gens qui la travaillaient, les parents de Tito furent chassés du village et s'en furent vivre à Aguascalientes. La famille ne possède désormais plus que cette vieille hacienda du milieu du XIXè siècle, et seules les chauves-souris l'habitent encore, et accueillent les visiteurs en tourbillonnant au-dessus de leurs têtes, dans la forte odeur de leurs guanos. Des peintures pieuses s'étalent sur les murs extérieurs, un peu pâlies et écaillées, d'une douceur captivante. Nous avons déballé le matériel, et au travail! J'ai pu prendre quelques photos, mais on m'a surtout demandé de poser, à l'extérieur, sur la terrasse.

Tito, à gauche, et René, installant le matos.







Ni la surexposition, ni mon geste n'était voulu, mais avouez que cette photo est superbe. Illuminée par la lumière divine, désignant la croix!Nous avons ensuite fouillé dans les armoires de la mère de Tito et trouvé cette vieille robe rouge, et c'était parti: "Joue avec tes cheveux", "La bouche plus sensuelle, s'il te plaît", "Tu pourrais danser? Et sauter", etc. Le résultat nous plaît, le contraste entre le rouge et le bleu, entre le fauteuil style années septante et le décor du XIXème...et cette lumière splendide.

Là je sautais, mais ne dirait-on pas que je me fais aspirer vers le haut?


J'ai quand même pu prendre deux-trois photos...

A l'intérieur, ensuite, et sans éclairage artificiel, simplement avec le trépied.

Cette horloge m'a fascinée. Sur cette photo, j'ai quatre bras, mais elle est un peu sombre.
J'ai demandé à Tito de passer ma robe rouge, et je l'ai fait poser sous l'horloge. Bizarre, le résultat, non?
Nous sommes ensuite passés à la salle-de-bain, cracra mais très belle à sa manière, et là ce sont mes idées que nous avons mis en oeuvre, tous les trois; malheureusement, la décence m'empêche de publierle résultat de cette séance, étant donné que nous nous sommes tous trois partiellement dénudés, en tout bien tout honneur. Dommage, ces photos sont les meilleures!
Voici juste les préparatifs.

Finalement, nous avons encore voulu immortaliser la cour intérieur et ses couleurs magnifiques.



Et enfin, voici les clés de la hacienda.Nous sommes finalement rentrés à 3h du matin, très satisfaits de cette nuit photgraphique, et la tête bouillonnant encore d'idées. Et il faudrait amener plus de gens, et puis du maquillage, et des fringues, et des chaussures à talons...pis on pourrait faire prendre des photos dans le jardin, pis faire ça, et ça, et ça... Il est donc probable que nous retournions à la hacienda ce samedi. A suivre!

dimanche 13 septembre 2009

"A dónde vas, güerita?"

J'étais presque arrivée à l'Alliance, encore dix petites minutes de vélo, et à vrai dire j'en avais un peu marre, je voulais arriver. J'avais déjà une bonne demi-heure dans les jambes, la sueur collait mon sac à mon dos, le soleil me forçait à plisser mes pâles prunelles (toujours la flemme de partir à la recherche d'une paire de lunette de soleil bon marché et pas trop moche) et mon iPod m'envoyait des grésillements dans l'oreille droite. Mais bon, la musique était bonne, mon humeur aussi, et j'étais perdue dans des pensées plutôt agréables. J'étais arrêtée à un feu rouge, hésitant entre la voix de velour de Norah Jones et celle de petit elfe de Sophie Zelmani quand j'ai vu, du coin de l'oeil, un cycliste s'arrêter à ma gauche. Du coin de l'oeil toujours, j'ai remarqué qu'il tournait son visage vers moi et que sa bouche remuait. Et merde. L'espace d'une fraction de seconde, j'ai très sérieusement envisagé l'idée de continuer à regarder devant moi et de faire la sourde-aveugle-distraite... Mais mon cerveau a très rapidementc calculé que cette attidude serait immanquablement qualifiée de foutage de gueule, ou plutôt de foutajo de gueula, en mexicain. Comme mes parents ne m'ont pas éduquée comme ça et que je garde encore un tant soit peu d'affection pour mes semblables humains, j'ai, de mauvaise grâce, certes, enlevé mes écouteurs, me suis tournée vers l'homme en question et lui ai demandé d'un ton assez moyennement affable de bien vouloir répéter ce qu'il venait de dire. Et ce fut "a dónde vas, güerita?", ce qui équivaut à peu près à "où tu vas, blondinette?". Güera ou güerita, on m'interpelle constamment par ces sobriquets au Mexique, et cela fait bien longtemps que j'ai appris à ne pas m'en offenser: je sais que les Mexicains ne songent pas à me dégrader, et par ailleurs le tutoiement est tout à fait commun ici. Le type, un petit homme approchant de la quarantaine à la peau très basanée et aux yeux d'une bizarre couleur miel, était souriant et curieux, et je m'en suis tout de suite voulu de ma réponse froide: un soupir, et puis: "Pourquoi?". Cette réponse, elle n'était pourtant pas aussi froide que celle que j'avais en tête et que je me suis retenue de lui sortir: "Ecoute, ça te regarde pas et tu m'emmerdes, là." Avec un "pourquoi?", on fait nettement comprendre à son interlocuteur que sa question est impertinente, et ça permet en outre d'éviter de répondre directement. Le mien, d'interlocuteur, a bien saisi la nuance et son sourire a un peu diminué, mais il n'a pas lâché le morceau pour autant. "Oh comme ça. Tu es une cycliste?".A ce stade, j'étais franchement agacée et j'ai secoué la tête: "Hein? Comment ça, une cycliste? Ben je vais juste...où je vais...à vélo, quoi!"- "Oh, alors c'est juste par hobby?", qu'il m'a encore répondu. Bon sang, et ce feu rouge qui ne passait pas au vert. "Euh ouais, voilà", ai-je laconiquement répondu, regardant hostensiblement vers l'avant pour tenter de communiquer corporellement ce que je n'osais pas lui dire avec des mots: tu me fais chier. Mais ayant, je suppose, vu mes yeux clairs et remarqué un je-ne-sais-quoi de non mexicain dans mon attitude et mon accent (damn!), mon gugus a tenté un: "dou you esepike ineglich?" très vexant, auquel j'ai répondu par un franchement exaspéré et purement mexicain "Hé güey (mec), pourquoi tu me parles anglais, là?!". Là son sourire a tout à fait disparu, et c'est très humblement que ce petit mec sur son petit vélo m'a dit qu'il pensait que j'étais peut-être gringa (américaine) et qu'il s'excusait de m'avoir dérangée, en passant tout à coup au vouvoiement. Remors, malaise. Je me suis sentie honteuse de mon attitude envers lui. Je nous ai vus de l'extérieur, tous les deux: chacun sur son vélo, certes; mais lui le petit ouvrier mexicain pauvre (au Mexique on ne va pas travailler à vélo par plaisir, mais parce qu'on n'a pas l'argent pour s'acheter une voiture) et moi l'Européenne avec son casque et son iPod. Rien à voir. Malgré les apparences, lui et moi, deux cyclistes, appartenions à deux mondes différents et incompatibles. J'ai compris que lui aussi l'avait compris, et qu'il s'était sûrement mépris sur mon attitude, croyant sans doute que je le méprisais, me plaçais au-dessus de lui; et le pire c'est qu'il acceptait et reconnaissait peut-être plus ou moins consciemment cette supériorité supposée: les Mexicains ont en effet tendance à se rabaisser constamment face à l'étranger, et leur conscience des castes et de leur place dans la société est très forte. Seulement voilà, moi je ne méprisais pas cet homme malgré les différences criantes qui nous séparaient; non, moi je voulais seulement qu'on me foute la paix. Il me semble qu'en Suisse, nous sommes beaucoup moins invasifs: en général, on cherche à ne pas déranger les autres. Même si j'éprouvais tout à coup une grande curiosité à l'égard de quelqu'un, il ne me viendrait pas à l'idée de lui parler en pleine rue, et, surtout, je n'insisterais pas si je notais une réaction ennuyée. Chacun est dans sa bulle, je respecte ça. Est-ce la bonne attitude, pourtant? Je passe sans doute à côté de plein de rencontres en me fermant ainsi...mais c'est comme ça que je suis et je crois que cette croûte suisse restera, ce besoin de me fermer aux autres parfois. Est-ce propre aux Suisses? Aux Européens? Ma nouvelle collègue française, Marie, m'a dit que selon elle, en France les gens avaient tout aussi tendance à l'envahissement qu'ici. Vous en pensez quoi?

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Genève, Genève, Switzerland