Le 12 décembre, dans tout le Mexique se célèbre l'Escalade...euh! je veux dire le jour de la Vierge de Guadalupe, sainte patronne du pays. Des dizaines, voire des centaines de milliers de pélerins affluent vers la basilique de la vierge à Mexico ce jour là, et on m'avait dit que cette fête valait le déplacement; j'avais donc prévu de revenir ici pour assister à cette folie religieuse. Pas folle, j'avais calculé que si tous les fervents catholique du pays se donnaient rendez-vous dans la capitale, j'aurais du mal à arriver sans encombres, et qu'il me faudrait donc arriver plutôt le 11 dans la ville déjà congestionnée un jour odrinaire; sauf que ce qu'on ne m'avait pas dit, c'est que les festivités commencent déjà la veille au soir. Depuis le bus, j'ai commencé par voir des gens courir le long de la route, une torche à la main. Ah. D'accord. Une course locale...? Eh bien non, puisque ce phénomène un peu fou s'est répété tout au long du chemin. Perspicace, j'ai quand même fait le lien avec les célébrations en l'honneur de la vierge. Au bout de près de cinq heures de route, je suis enfin arrivée dans la capitale, de nuit. Ah, me suis-je dit, plus qu'une demi-heure et j'y suis! Eh bien non. Déjà, le trafic s'est avéré très, très dense; et surtout, des centaines et des centaines de personnes marchaient dans la rue, toutes dans la même direction, et au beau milieu de la route. Bon, là, je me suis dit que quelque chose clochait vraiment! Ce n'est que deux heures plus tard que j'ai finalement atteint le terminal de bus, dans un état de fatigue et d'exaspération difficilement supportable: deux heures d'embouteillages, c'est dur pour les nerfs. Pendant le trajet, je me suis rendu compte que le crédit telcel, pour mon natel...euh...mon telcel, plutôt, était épuisé. Déjà?? J'ai claqué 10 francs en 12 jours, rien que pour des messages et quelques appels? Eh ben, va falloir me contrôler. Résultat: pas moyen de joindre mon hôte. Quand j'ai pu recharger mon téléphone et lui écrire, il m'a répondu qu'il n'était pas à la maison, mais avait laissé la clé au gardien d'immeuble à mon intention; j'ai donc débarqué, ai donné mon nom, et ai reçu les clés du lieu. Etrange impression que celle que j'ai ressentie en ouvrant la porte de cet endroit totalement étranger, appartenant à une personne que je n'avais jamais vue auparavant et ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam! J'ai posé mes affaires dans un coin, près du sac de Kal, qui n'était pas là, et j'ai tâché de me faire toute petite en attendant que mon hôte rentre, sans même oser jeter un coup d'oeil à sa chambre à coucher. Sans le mot de passe de la connexion wifi à internet, j'étais même incapable de savoir si je me trouvais plutôt au nord ou au sud de la ville, près du centre ou non; mais enfin, l'endroit était cosy, et je m'y suis mise à l'aise: il faut dire que j'ai tout de même fini par développer, depuis presque six mois que je voyage, une aptitude fort pratique à me sentir chez moi n'importe où et en deux minutes. Je serais bien ressortie boire un verre avec Hugo, mon hôte, ou avec Kal et David, mais l'idée de devoir me trouver mon chemin dans des rues inconnues et de me perdre dans les dédales du métro m'a découragée, et je suis restée, seule, à la maison. J'ai poireauté jusqu'à deux heures, heure à laquelle Kal est finalement rentré, dans un état d'ébriété relativement avancé. J'avais très sommeil, mais n'osais pas me coucher d'autorité sur le canapé avec leurs couvertures sans y avoir été invitée, ça ne se fait pas! Quand mes hôtes sont enfin arrivés, à quatre heures, ils ont été très étonnés: bien sûr que j'aurais dû me coucher! Décidément, je suis encore trop Suisse. Toujours est-il que je me suis réveillée fatiguée le lendemain, et Kal n'en menait pas large après sa cuite de la veille. Après avoir végété un peu, nous sommes allés manger avec nos hôtes, puis Kal et moi avons mis le cap sur le centre. D'abord, un bus pendant une longue demi-heure, puis nous devions prendre un métro, puis un autre. Chouette, on irait visiter Bellas Artes et végéter dans un parc au soleil pour digérer. Oui. Sauf que la demi-heure que nous avons passée debouts dans le bus, ballotés par un chauffeur qui ne connaissait pas le freinage dégressif (ils sont nombreux dans ce cas ici) et cuisant dans la chaleur de cet après-midi de décembre (!) a suffit à nous faire perdre tout courage. "Let's come back home and sleep", a fait Kal, et nous sommes rentrés avant même d'avoir atteint le centre-ville, et sans avoir rien vu des célbrations en l'honneur de la vierge. Nos hôtes étaient partis à Acapulco pour le week-end en nous laissant l'appart, nous avons donc pu profiter pleinement de la tranquilité du lieu.
Le lendemain, toujours aussi fatigués, nous avons cherché une laverie et avons été gentiment escortés à l'arrière d'une voiture de flics. Sièges en métal et grille de séparation entre l'avant et l'arrière, mais sympathiques. Puis rebelotte: allons au centre-ville! J'étais en jupe et en bottes, pour la bonne et simple raison que toutes mes autres fringues étaient à laver jusqu'au lendemain. Grave erreur, j'aurais mieux fait de rester à la maison! Je n'ai pas compté le nombre de regards graveleux et de "hey guapita, güerita!". Quand Kal et moi avons enfin atteint le métro, je me suis carrément fait peloter les fesses par un tout petit Mexicain. Je me suis retournée juste à temps pour le voir disparaître en disant: "Viva México!" Putain de pays, putain de mentalité de machos. Je suis arrivée crevée au Zócalo, la place principale. Kal et moi avions de grands projets pour cet après-midi-là, mais nous avons juste eu le courage de chercher des fils à bracelets et nous sommes rentrés, une fois de plus. Alors que je errais telle un zombie sur le bord du Zócalo, une fille m'a soudain interpelée en anglais: Destinee! Mais oui, Destinee de Vancouver, ma toute première hôte, Destinee, la tarée qui hébergeait une vingtaine de personnes chaque nuit! je savais qu'elle était au Mexique, où elle veut revenir vivre et ouvrir un nouvel "hostel", et avais prévu de la voir, mais nous ne nous étions donné aucun rendez-vous. Incroyable que nous nous soyeons ainsi rencontrées au milieu d0une des villes les plus peuplées au monde! Nous n'avions pas le temps d'aller boire un verre, mais nous sommes promis de nous voir en janvier. Une amie de plus au Mexique...j'aurai vraiment du mal à quitter le pays quand le moment sera venu.
Trop fatigués pour songer à visiter plus, Kal et moi sommes ensuite rentrés, une fois de plus.
Je crois que c'est la première fois que je fais vraiment du couchsurfing...mon tout premier canapé!
Le soir, nous avons quand même accueilli Elisa, notre amie de San Miguel, pour un dîner...à base de suchis tout prêts, car nous avions bien évidemment la flemme de cuisiner.
L'instruction de la photographe était: "Try to look bored!", mais Kal n'a visiblement pas la même conception de l'ennui qu'Elisa et moi. Nous faisions semblant de participer à un chiantissime repas coréen. N'allez pas en Corée, les gens y sont coincés, dixit Kal. Et oui, je sais, ils sont bleus...mauvais réglages de l'appareil photo, sorry.
Le lendemain, nous avons carrément décidé de ne pas dépenser d'énergie pour rien, et nous sommes contentés d'aller rechercher notre lessive en nous perdant dans les rues de notre quartier, colonisé pour l'occasion par un marché dominical haut en couleur...et je n'avais évidemment pas emporté mon appareil photo.
Le soir, nous avons trouvé l'énergie de nous déplacer chez des amis de David, que nous avions également rencontré à San Miguel. Là, j'ai rencontré un passionné de littérature qui, quand il a appris que j'étais Genevoise, m'a fait: "Aaah, Genève, quelle ville magnifique! Tu as lu Cohen? Il est fantastique!!" Bon, c'est le deuxième Mexicain que je rencontre qui connaît mieux que moi les écrivains de mon terroir et me conseille de lire "Belle du Seigneur", ça ne peut plus durer!! Il a continué à me faire honte en évoquant la gemellité de Genève avec Buenos Aires, grâce à Borges et Cortázar - que je n'ai fait que survoler à l'uni-, et en me disant que j'avais une chance énorme de pouvoir lire Rimbaud, Verlaine et Baudelaire en français. D'accord, d'accord, j'ai compris, je ferai honneur à Genève et lirai Cohen dès que j'en aurai l'occasion! Le problème, c'est qu'il va m'être difficile de dénicher ce bouquin en français par ici...donc si l'un d'entre vous voulait bien se dévouer pour me l'amener? Aujourd'hui lundi, j'ai enfin trouvé l'énergie de passer un peu de temps au centre ville et, surtout, d'en apprécier l'énergie. Un inconnu m'a abordé dans la rue et, d'abord réticente, j'ai fini par me dérider et accepter qu'il m'accompagne un bout. Sergio, de son nom (à ne pas confondre avec celui d'Aguascalientes) est né au DF et connaît très bien son bout de quartier; il a donc pu me guider jusqu'à un magasin de guitares, où j'ai pu acheter un jeu de cordes et un capo. Nous sommes ensuite allés manger une tortilla, et il m'a raconté un bout de sa vie: une fille en France, une ex suisse, ses parents à Veracruz. Tout de suite, son accent m'a paru étrange: nasillard, heurté, pour tout dire pas très agréable. Bon, me suis-je dit, il a des traits typiquement indigènes, peut-être est-ce pour cela...? Puis ça a fait tilt: mais non, son accent c'est simplement le fameux accent chilango dont on m'a tant parlé!! J'entendais encore mes amis des quatre coins du pays l'imiter. Et moi qui croyais qu'ils exagéraient! En Sergio, j'ai donc rencontré mon premier "vrai" chilango, youhouhou! Je saurai enfin de quoi les gens parlent quand ils se réfèrent à la manière de parler des habitants du DF. Quand il a appris que j'allais passer Noël à Chihuahua, Sergio s'est écrié que j'allais avoir très froid (décidément, je commence vraiment à avoir peur), que les hommes y étaient certes très grands, mais moches et machos: les aimais-je vraiment ainsi? Euh...machos, non, mais je n'ai pas remarqué qu'ils l'étaient. Quant au reste...bon...no comment. Nous nous sommes séparés dans un sourire, et c'est d'un pas allègre que je me suis finalement dirigée vers l'entrée du métro. J'avais enfin pu profiter de mon dernier jour dans la capitale, et rentrais à la maison avec l'impression d'avoir été guidée par le génie des lieux en personne.
Au loin, le Zócalo et son sapin kitsch, que vous connaissez déjà. Et bon, j'ai pris peu de photos, je ne suis pas très inspirée, en ce moment.
N'empêche qu'entre Mexico City et moi, le mariage n'a toujours pas été correctement consommé et j'aurai à peine pu glisser une main timide sous la jupe de la ville*, si vous me pardonnez cette métaphore foireuse. Je reviendrai, je n'ai pas dit mon dernier mot!
Le soir, nous avons enfin pu faire correctement connaissance avec nos hôtes, après être restés plusieurs jours tous seuls dans leur appartement. Drôle de couchsurfing, en tout cas! Nous avons apprécié de pouvoir profiter d'avoir un appartement pour nous tous seuls, mais aurions aimer passer plus de temps avec Hugo et César, que nous apprécions vraiment. Il sera toujours temps pour moi de venir passer un week-end ici en janvier!
Les voici, crevés après une journée de travail. Ils sont ingénieurs et "work for the Devil", comme ils disent: Shell est leur employeur. Bleus eux aussi, à cause de leurs ampoules spéciales dont je n'ai pas su interpréter correctement le type de luminosité.
Et enfin, finissons en beauté avec de l'art à l'état pur! Et là le bleu est voulu.
*Non, Maman, je ne suis pas lesbienne; simplement, "ville" est un mot féminin, je n'y peux rien!
