lundi 30 novembre 2009

Talons et vélo


Un ami m'a découpé cette photo, qui est parue dans "La Jornada" d'il y a dix jours. Eh oui, c'est bien moi! La légende dit: "Talons et tatouage à vélo - Combinaison de pédales et escarpins". Apparemment, ce journal publie régulièrement, dans sa rubrique réservée à Aguascalientes, des photos insolites. A Genève, ça ne me serait jamais arrivé, mais ici voir une femme à vélo n'est déjà pas courant, mais si en plus elle porte une jupe et des talons et arbore un tatouage bien visible... J'ai déjà pu remarquer à de nombreuses reprises que j'étais presque considérée comme un phénomène de foire.

mardi 24 novembre 2009

Fête des morts (oui, bon, un peu en retard...)

Il y a tellement de photos que je voudrais poster, tellement de sujets que je souhaiterais aborder! Mais je n'ai simplement pas le temps, et pas internet à la maison en ce moment, pour ne rien arranger. J'aurais voulu vous mitonner un message dans lequel j'aurais expliqué le pourquoi du comment de la fête des morts au Mexique, qui est à cheval entre les cultures chrétiennes et indigènes, mais là il est 22h30, je suis encore au travail et mon estomac gronde furieusement. Tant pis. Voici quand même quelques photos, en vrac, qui datent du 1er et du 2 novembre.


TRaditionnellement, on érige un autel en honneur des morts, qui sont censés revenir parmi nous une fois par an. On leur laisse des fleurs, de la tequila et je ne sais trop quoi d'autre. A l'Alliance, nous avons chacun eu droit à notre petite tête de mort personnelle, c'est-y pas mignon!








Chaque année a lieu à Aguascalientes un festival de calaveras, c'est-à-dire de têtes de mort, lors duquel sont primées les meilleures têtes de mort géantes. Malheureusement, je n'ai pas vu le concours ni les têtes de mort, juste le défilé, haut en couleur, qui clôturait le festival. Impressionnant, mais les images ne lui rendent pas justice. En plus, j'ai la flemme de choisir parmi la cinquantaine de photos que j'ai prises... En voici juste quelques-unes.





Et voici un autel dressé dans le centre-ville.

A cette période de l'année, on mange également des petites têtes de mort en sucre, sur lesquelles on oeut faire inscrire son nom; mais là encore, j'ai manqué le coche.

Désolée pour cette note faite à la va-vite! Bientôt je posterai quelque chose de mieux sur mon déménagement, ma nouvelle maison et tous les déboires que j'ai vécus.

mardi 29 septembre 2009

Une nuit de photo à la hacienda

Ce samedi soir, j'ai suivi un ami, René, à la hacienda que possède un de ses amis, Tito, dans l'état voisin de Jalisco. Tito et René étant tous deux passionnés de photo, nous avons emmené nos appareils, un trépied et deux lampes puissantes, de celles qui se synchronisent avec l'appareil photo et permettent d'obtenir toutes sortes d'éclairages naturels. Nous sommes arrivés à la tombée du jour, et l'endroit m'a tout de suite plu. La famille de Tito possédait jadis tout le village de Los Sauces; mais lorsque le gouvernement décida de répartir les terres de manière plus équitable, entre les gens qui la travaillaient, les parents de Tito furent chassés du village et s'en furent vivre à Aguascalientes. La famille ne possède désormais plus que cette vieille hacienda du milieu du XIXè siècle, et seules les chauves-souris l'habitent encore, et accueillent les visiteurs en tourbillonnant au-dessus de leurs têtes, dans la forte odeur de leurs guanos. Des peintures pieuses s'étalent sur les murs extérieurs, un peu pâlies et écaillées, d'une douceur captivante. Nous avons déballé le matériel, et au travail! J'ai pu prendre quelques photos, mais on m'a surtout demandé de poser, à l'extérieur, sur la terrasse.

Tito, à gauche, et René, installant le matos.







Ni la surexposition, ni mon geste n'était voulu, mais avouez que cette photo est superbe. Illuminée par la lumière divine, désignant la croix!Nous avons ensuite fouillé dans les armoires de la mère de Tito et trouvé cette vieille robe rouge, et c'était parti: "Joue avec tes cheveux", "La bouche plus sensuelle, s'il te plaît", "Tu pourrais danser? Et sauter", etc. Le résultat nous plaît, le contraste entre le rouge et le bleu, entre le fauteuil style années septante et le décor du XIXème...et cette lumière splendide.

Là je sautais, mais ne dirait-on pas que je me fais aspirer vers le haut?


J'ai quand même pu prendre deux-trois photos...

A l'intérieur, ensuite, et sans éclairage artificiel, simplement avec le trépied.

Cette horloge m'a fascinée. Sur cette photo, j'ai quatre bras, mais elle est un peu sombre.
J'ai demandé à Tito de passer ma robe rouge, et je l'ai fait poser sous l'horloge. Bizarre, le résultat, non?
Nous sommes ensuite passés à la salle-de-bain, cracra mais très belle à sa manière, et là ce sont mes idées que nous avons mis en oeuvre, tous les trois; malheureusement, la décence m'empêche de publierle résultat de cette séance, étant donné que nous nous sommes tous trois partiellement dénudés, en tout bien tout honneur. Dommage, ces photos sont les meilleures!
Voici juste les préparatifs.

Finalement, nous avons encore voulu immortaliser la cour intérieur et ses couleurs magnifiques.



Et enfin, voici les clés de la hacienda.Nous sommes finalement rentrés à 3h du matin, très satisfaits de cette nuit photgraphique, et la tête bouillonnant encore d'idées. Et il faudrait amener plus de gens, et puis du maquillage, et des fringues, et des chaussures à talons...pis on pourrait faire prendre des photos dans le jardin, pis faire ça, et ça, et ça... Il est donc probable que nous retournions à la hacienda ce samedi. A suivre!

dimanche 13 septembre 2009

"A dónde vas, güerita?"

J'étais presque arrivée à l'Alliance, encore dix petites minutes de vélo, et à vrai dire j'en avais un peu marre, je voulais arriver. J'avais déjà une bonne demi-heure dans les jambes, la sueur collait mon sac à mon dos, le soleil me forçait à plisser mes pâles prunelles (toujours la flemme de partir à la recherche d'une paire de lunette de soleil bon marché et pas trop moche) et mon iPod m'envoyait des grésillements dans l'oreille droite. Mais bon, la musique était bonne, mon humeur aussi, et j'étais perdue dans des pensées plutôt agréables. J'étais arrêtée à un feu rouge, hésitant entre la voix de velour de Norah Jones et celle de petit elfe de Sophie Zelmani quand j'ai vu, du coin de l'oeil, un cycliste s'arrêter à ma gauche. Du coin de l'oeil toujours, j'ai remarqué qu'il tournait son visage vers moi et que sa bouche remuait. Et merde. L'espace d'une fraction de seconde, j'ai très sérieusement envisagé l'idée de continuer à regarder devant moi et de faire la sourde-aveugle-distraite... Mais mon cerveau a très rapidementc calculé que cette attidude serait immanquablement qualifiée de foutage de gueule, ou plutôt de foutajo de gueula, en mexicain. Comme mes parents ne m'ont pas éduquée comme ça et que je garde encore un tant soit peu d'affection pour mes semblables humains, j'ai, de mauvaise grâce, certes, enlevé mes écouteurs, me suis tournée vers l'homme en question et lui ai demandé d'un ton assez moyennement affable de bien vouloir répéter ce qu'il venait de dire. Et ce fut "a dónde vas, güerita?", ce qui équivaut à peu près à "où tu vas, blondinette?". Güera ou güerita, on m'interpelle constamment par ces sobriquets au Mexique, et cela fait bien longtemps que j'ai appris à ne pas m'en offenser: je sais que les Mexicains ne songent pas à me dégrader, et par ailleurs le tutoiement est tout à fait commun ici. Le type, un petit homme approchant de la quarantaine à la peau très basanée et aux yeux d'une bizarre couleur miel, était souriant et curieux, et je m'en suis tout de suite voulu de ma réponse froide: un soupir, et puis: "Pourquoi?". Cette réponse, elle n'était pourtant pas aussi froide que celle que j'avais en tête et que je me suis retenue de lui sortir: "Ecoute, ça te regarde pas et tu m'emmerdes, là." Avec un "pourquoi?", on fait nettement comprendre à son interlocuteur que sa question est impertinente, et ça permet en outre d'éviter de répondre directement. Le mien, d'interlocuteur, a bien saisi la nuance et son sourire a un peu diminué, mais il n'a pas lâché le morceau pour autant. "Oh comme ça. Tu es une cycliste?".A ce stade, j'étais franchement agacée et j'ai secoué la tête: "Hein? Comment ça, une cycliste? Ben je vais juste...où je vais...à vélo, quoi!"- "Oh, alors c'est juste par hobby?", qu'il m'a encore répondu. Bon sang, et ce feu rouge qui ne passait pas au vert. "Euh ouais, voilà", ai-je laconiquement répondu, regardant hostensiblement vers l'avant pour tenter de communiquer corporellement ce que je n'osais pas lui dire avec des mots: tu me fais chier. Mais ayant, je suppose, vu mes yeux clairs et remarqué un je-ne-sais-quoi de non mexicain dans mon attitude et mon accent (damn!), mon gugus a tenté un: "dou you esepike ineglich?" très vexant, auquel j'ai répondu par un franchement exaspéré et purement mexicain "Hé güey (mec), pourquoi tu me parles anglais, là?!". Là son sourire a tout à fait disparu, et c'est très humblement que ce petit mec sur son petit vélo m'a dit qu'il pensait que j'étais peut-être gringa (américaine) et qu'il s'excusait de m'avoir dérangée, en passant tout à coup au vouvoiement. Remors, malaise. Je me suis sentie honteuse de mon attitude envers lui. Je nous ai vus de l'extérieur, tous les deux: chacun sur son vélo, certes; mais lui le petit ouvrier mexicain pauvre (au Mexique on ne va pas travailler à vélo par plaisir, mais parce qu'on n'a pas l'argent pour s'acheter une voiture) et moi l'Européenne avec son casque et son iPod. Rien à voir. Malgré les apparences, lui et moi, deux cyclistes, appartenions à deux mondes différents et incompatibles. J'ai compris que lui aussi l'avait compris, et qu'il s'était sûrement mépris sur mon attitude, croyant sans doute que je le méprisais, me plaçais au-dessus de lui; et le pire c'est qu'il acceptait et reconnaissait peut-être plus ou moins consciemment cette supériorité supposée: les Mexicains ont en effet tendance à se rabaisser constamment face à l'étranger, et leur conscience des castes et de leur place dans la société est très forte. Seulement voilà, moi je ne méprisais pas cet homme malgré les différences criantes qui nous séparaient; non, moi je voulais seulement qu'on me foute la paix. Il me semble qu'en Suisse, nous sommes beaucoup moins invasifs: en général, on cherche à ne pas déranger les autres. Même si j'éprouvais tout à coup une grande curiosité à l'égard de quelqu'un, il ne me viendrait pas à l'idée de lui parler en pleine rue, et, surtout, je n'insisterais pas si je notais une réaction ennuyée. Chacun est dans sa bulle, je respecte ça. Est-ce la bonne attitude, pourtant? Je passe sans doute à côté de plein de rencontres en me fermant ainsi...mais c'est comme ça que je suis et je crois que cette croûte suisse restera, ce besoin de me fermer aux autres parfois. Est-ce propre aux Suisses? Aux Européens? Ma nouvelle collègue française, Marie, m'a dit que selon elle, en France les gens avaient tout aussi tendance à l'envahissement qu'ici. Vous en pensez quoi?

mardi 18 août 2009

Module 5, unité 2: les loisirs

Comme vous le savez peut-être, j’ai commencé à enseigner à l’Alliance française d’Aguascalientes presque aussitôt rentrée dans cette ville. Au début m’a été confié un groupe le samedi matin, auquel se sont ajoutées, dès la semaine passée, deux heures quotidiennes avec un autre groupe, du lundi au vendredi, le soir. J’ai donc pour l’instant un horaire de travail assez étrange, mais je ne me plains pas ; en revanche, j’attends assez impatiemment d’avoir plus d’heures, normalement dès septembre, histoire de pouvoir cesser de puiser dans mes ultimes réserves d’argent et d’avoir quelque chose à faire la journée. Quoi qu’il en soit, après seulement trois semaines d’enseignement, un constat s’impose : j’adore.
A Genève, j’ai été remplaçante dans le secondaire pendant trois ans, j’avais donc déjà amplement eu l’occasion de me frotter à l’enseignement du français, surtout en 2006-2007, quand j’avais eu ma propre classe toute l’année. J’aimais bien enseigner au cycle d’orientation, mais mes élèves étaient des adolescents forcés à étudier une branche qu’ils n’aimaient la plupart du temps pas, et du coup je me retrouvais souvent épuisée après avoir tenté d’imposer un semblant de discipline pendant deux heures. Mon travail à l’Alliance n’a rien à voir: les élèves que j’ai ici sont adultes, ils se taisent quand je leur dis de se taire, ils sont attentifs, ils ont envie d’apprendre, ils aiment réfléchir sur les différences culturelles qui existent entre leur pays et l’Europe, et en plus ils rigolent aux blagues stupides que je fais à longueur de cours. Si j’ajoute que, pour donner mon cours, je n’ai en général qu’à suivre la méthode très bien faite que fournit l’Alliance, non, vraiment, je vois mal comment je pourrais trouver un boulot plus agréable que celui-ci. Je ne vois pas le temps passer quand j’enseigne.

Mon groupe du samedi vient de passer l’examen de fin de module 5, et je vais continuer le module 6 avec ceux qui auront réussi le test. Sachant que chaque module compte 40 heures, ces élèves ont donc déjà 200 heures de français derrière eux : ils se débrouillent plutôt bien et parviennent à maintenir une conversation simple. Avec le groupe que je vois deux heures par jour du lundi au vendredi, nous avons commencé le module 5, et nous avançons évidemment assez vite, à raison de 10 heures par semaine. Et puisqu’on me l’a réclamé, voici un petit extrait de l’une des leçons que j’ai données :

Nous sommes en train de finir la première unité du module, qui concerne les loisirs, et les élèves ont appris, l’autre jour, à exprimer leurs envies. Nous avons commencé par lire une lettre, dans laquelle les élèves devaient relever les expressions que l’auteur avait utilisées pour exprimer ses désirs. Elle finissait ainsi :

« Je n’ai pas envie de continuer à vivre dans le stress continuel et c’est pour ça que je pense partir un an au Mexique. Je vais chercher un job pour vivre, j’aimerais par exemple donner des cours de français. Tu vois, je suis en pleine crise. Et toi, qu’est-ce que tu deviens ?
Je t’embrasse,

Judith »

C’est sous les rires que l’élève que j’avais désigné a terminé sa lecture, en substituant « Judith » par « Nathalie ». J’aime beaucoup cette méthode de français, justement parce qu’elle met en scène des situations crédibles et invite à la réflexion et à l’échange.

Un élève m’ayant demandé si on pouvait dire « je t’embrasse » à quelqu’un qui n’est pas son amoureux, j’ai commencé une large digression sur le vocabulaire affectif, et me suis retrouvée à écrire les traductions suivantes au tableau :

Coger= baiser
Besar= embrasser
Abrazar = prendre dans ses bras

« baiser » a beau ressembler à « besar » et provenir du même mot latin, il n’en a plus la même signification depuis plusieurs siècles ! Attention donc à la drague avec un ou une Français(e) : il ne faut pas dire « j’ai envie de te baiser », mais bien « j’ai envie de t’embrasser » ! Et de même, « embrasser » ne signifie pas « serrer dans ses bras ». J’adore comparer les langues entre elles, je suis servie !

La consigne de la deuxième partie de l’exercice était : et vous, avez-vous envie de changer votre routine ? Qu’aimeriez-vous changer dans votre vie ?
Une fois qu’ils ont eu le temps d’y réfléchir, j’ai invité les élèves à s’exprimer, par oral, chacun leur tour. Nouveaux rires quand Silverio, la quarantaine, qui vient en cours avec sa femme Lupita, s’est exprimé, dans son français bancal : « Moi, je voudrais changer ma femme pour deux femmes de 20 années ! » Sous les coups de sa femme, faussement outré, il a expliqué : « Oui, c’est normal, non ? Deux fois 20 ans au lieu d’une seule femme de 40 ans. »

Par la suite, les élèves ont dû donner leur appréciation d’un évènement culturel, concert, film, exposition, auquel ils avaient assisté. En passant dans les rangs et en les écoutant discuter entre eux, j’ai pu constater qu’ils avaient bien su intégrer les expressions que je leur avais fournies en plus de celles qui sont mentionnées dans leur manuel. J’ai ainsi entendu que le match de foot Mexique / Etats-Unis avait été « carrément cool », alors que tel film, vu à la télé, était « nul à chier ». Evidemment, tout cela sonne parfois un peu artificiel, mais je trouve quand même que c’est comme ça, en parlant beaucoup, que j’aurais dû apprendre l’allemand (que je ne parle pas, après neuf ans d’études !), l’anglais et l’espagnol.

Quand un élève parle espagnol en cours, tout le monde l'engueule et lui crie: "chocolaaat!"; il semblerait en effet que mon prédécesseur ait eu l'habitude de les punir en les obligeant à amener du chocolat en classe. Evidemment, personne n'en a jamais amené, nous aurions déjà tous fait une bonne crise de foie s'il fallait tout comptabiliser; mais cela m'a donné une idée. Je rentre à Genève pour les vacances de Noël, et il se trouve que mon pays est justement connu pour son délicieux chocolat au lait... Pourquoi ne pas faire une activité sur le chocolat suisse, et faire étudier à mes élèves un texte sur Lindt et le fameux procédé qu'il a inventé pour rendre le chocolat plus onctueux? Avec, à la clé, une dégustation de vrai chocolat suisse, dont j'aurai rempli mon sac à dos au retour de Genève. Rhâââââ, un simple rayon migros rempli de dizaines de sortes de plaques de choc...j'en rêve la nuit! Et un vacherin Mondor au goût de bois fumé, et une fondue moitié-moitié, et un bon brie aux truffes bien coulant...bouhouhou!

En attendant de me poser enfin à Genève le 21 décembre, j'essaie en tout cas de transmettre mes connaissances de l'Europe francophone et ma passion du français, autant que je peux, et j'en apprends beaucoup en retour sur le Mexique et les Mexicains. J'aime.

samedi 15 août 2009

L'Agropecuario

Jusqu’à présent, j’avais surtout vu d’Aguas, ces dernières semaines, sont côté propre, net et policé et même un peu luxueux ; c’est qu’en plus d’aller faire mes courses, comme tout le monde, dans le grand supermarché près de chez moi où des jeunes filles au sourire coincé vous font déguster des tas de trucs sur fond de musique très forte, j’ai également plusieurs fois poussé jusqu’au gigantesque centre commercial du nord de la ville. Très peu de vélos, un vigile bavard qui surveille les voitures de tout ce beau monde, un Zara fantastique mais où les prix sont les mêmes que chez nous, et un Starbucks où la moindre boisson coûte le tiers de mon salaire horaire. Bien bien ; mais l’autre jour, je me suis enfin décidée à basculer du côté obscur de la force : je suis allée faire un tour à l’Agropecuario. Agropecuario, j’ai cherché dans mon dictionnaire en ligne, c’est à la base un adjectif qui signifie « agricole et de pêche ». J’aurais pu le deviner moi-même, tiens, suis-je bête. J’avais en tout cas déjà plusieurs fois entendu parler de cet endroit, que l’on m’avait décrit comme étant populaire et bon marché : logique, puisqu’il s’agit en réalité de l’endroit par où transitent tous les fruits, légumes, céréales et produits carnés d’Aguascalientes, avant qu’ils ne soient revendus aux détaillants. J’ai donc regardé, sur mon tout nouveau plan d’Aguascalientes – l’ancien a rendu l’âme après quatre mois de consultations bien trop fréquentes -, où se trouvait ce fameux Agropecuario, et me suis rendu compte qu’il se trouvait tout près de l’Alliance française, et que j’étais déjà passée devant ce lieu des dizaines de fois sans m’en rendre compte. Mais en lieu et place de la grande halle couverte et proprette que je m’attendais à trouver, avec sa jolie entrée où aurait été inscrit le mot « Agropecuario », ce sont en réalité des dizaines et des dizaines de petits entrepôts-magasins que j’ai découvert, alignés les uns à côté des autres sur plusieurs centaines de mètres carrés. Après avoir attaché mon vélo à un poteau hors de la zone, je me suis bravement frayé un chemin entre les files de camionnettes, et j’ai pénétré dans l’antre de la bête.
Tandis que je déambulais, paumée, entre les échoppes, j'ai tenté de me composer un air sûre de moi, du genre je suis mère de famille, je viens tout le temps ici et je sais exactement ce que je cherche. Raté. J'ai tout de même attiré l'attention, et ai pu constater, vu le nombre de regards salaces et d'interjections lancées dans ma direction que, d'une part, le lieu est effectivement très popupaire et que, d'autre part, je ne peux décidément pas passer pour la Mexicaine moyenne. Tentant de remonter un peu mon décolleté, j'ai regardé autour de moi: j'étais au beau milieu du département des produits carnés. Fascinée et plus que jamais convaincue que le végétarianisme était le bon choix, j'ai dépassé un camion chargé de gigantesques carcasses de bovins fraîchement dépiautés, un tas d'os auxquels restaient accrochés des morceaux de chair, et qui empestait dans la chaleur d'août. Sortir d'ici. Mais où diable se trouvaient les légumes?? J'ai encore eu droit au spectacle de dépouilles, roses, de boeufs écorchés et suspendus, sans tête, à l'air libre, et ai dû zigzaguer entre les Hidrocálidos chargés des kilos de bidoche nécessaire à nourrir toute la famille, et ai enfin débouché dans la zone des graines et céréales. Aaah, enfin dans mon élément! Euh..quoique en y regardant bien... Je me suis retrouvée devant une bonne quinzaine de gigantesques sacs laissant voir leur contenu des plus variés. J'aurais voulu pouvoir observer à ma guise, mais le vendeur est immédiatement arrivé pour me servir: "a sus órdenes", "à vos ordres". Là j'ai commandé un kilo d'avoine, histoire de l'occuper deux minutes, et ai regardé, indécise, l'immense variété de haricots, de ceux que nous appelons blancs, qui s'offrait à moi. Déjà le vendeur revenait avec l'avoine de mon déjeuner. "Quoi d'autre?" - "Donne-moi 500 grammes de pinto", lui ai-je répondu de la voix sûre de celle qui sait exactement ce qu'elle veut. Ben oui, le pinto, avec sa délicate couleur, rose marbré de blanc, m'a semblé tout mignon. Heureusement qu'il y avait une étiquette au-dessus de chaque sac... "Américain ou national?", m'a alors demandé le vendeur. Argh. Mon cerveau supérsonique a réfléchi en un quart de seconde, et c'est toujours aussi désinvolte que j'ai répondu que je voulais du national. Ouf, mission accomplie; après, il allait encore falloir cuisiner ces pintos, mais au moins j'avais sauvé la face.

J'ai ensuite découvert un magasin rempli de toutes les graines possibles et imaginables, de fruits secs, de lentilles, de riz, et en suis ressortie le sac à dos bien plus lours, mais le porte-monnaie à peine plus léger. La zone consacrée aux fruits et légumes m'a fascinée par son abondance. En plus des nombreuses espèces de pommes et de bananes (vertes, jaunes, à frire), on y trouvait bien sûr tous les fruits que nous nommons exotiques, dont certaines m'étaient inconnues. En matière de légumes, outre ceux que nous connaissons, il y avait en outre des éventaires entiers de nopal, le cactus mexicain, dont on mange la pulpe en tacos ou en salade après l'avoir dépiauté de ses épines (les vendeuses effectuaient ce travail à même le marché), de gigantesque tas de maïs (mais que serait le Mexique sans son maïs?), des sacs entiers de fleurs d'hibiscus séchée, dont on fait des infusions que l'on boit froides et sucrées, sans compter la variété infinie des piments, secs ou non. Le nopal j'ai déjà goûté et je n'aime pas trop, mais je me suis dit, en déambulant entre les stands, que je devrais varier un peu ma cuisine et intégrer plus de piments maintenant que je commence à les supporter, et plus d'ingrédients typiquement mexicains. Après tout, je dois profiter de ce que je vis au Mexique, je ne suis pas du tout sûre d'y rester plus d'un an.

J'ai finalement regagné mon vélo chargée de kilos de nourriture bon marché, satisfaite de mon escapade. Je suis revenue à l'Agropecuario quelques jours plus tard, sans décolleté mais avec mon appareil photo, bien décidée à en tirer d'intéressantes photos; mais je n'étais pas à l'aise et n'avais pas envie de dégainer mon gros reflex, d'entrer dans les bnoutiques et de chercher le meilleur angle de prise de vue. J'ai bien tenté de prendre quelques photos à la dérobées, mais elles ne m'ont pas plu, je les ai effacées. Il faudra donc vous contenter du texte et faire travailler votre imagination!


Ce week-end, je pars fêter l'anniversaire de Quique à Guadalajara, mais je vous prépare un post sur mon travail à l'Alliance française, je le mettrai sans doute en ligne lundi. Bon week-end! :)


mercredi 29 juillet 2009

Cuba

Voici enfin un petit récit sur Cuba. J'y ai passé près de trois semaines, et c'était mon premier séjour dans ce pays: il y a donc beaucoup à dire. Mais comme je sais que les longs textes sont barbants, j'ai pris le parti de surtout poster beaucoup de photos, dont j'ai un peu développé les légendes.

Je suis donc arrivée à Cuba par un vol de México qui faisait escale à Cancún, où j'ai failli rester coincée étant donné que le papier de sortie que j'avais obtenu à Mérida précisait que j'allais quitter le pays par la capitale; c'est donc soulagée que j'ai finalement atterri à La Havane. Là, dès les premières minutes dans ce pays j'ai été ocnfrontée à deux des caractéristiques pays qui se sont par la suite révélées les plus saillantes, pour moi: il faisait une chaleur collante insupportable et il n'y avait pas de papier dans les toilettes à la propreté douteuse. J'ai attendu ma copine Mónica, d'Aguascalientes, avec qui je venais de passer quelques jours à Mexico, mais qui n'avait pas pris le même vol que moi, et nous avons pris ensemble un taxi qui nous a emmenées directement dans le Vedado, quartier résidentiel où j'avais réservé deux chambres d'hôtes. La maison était grande, le propriétaire accueillant, et Mónica et moi sommes allées faire un tour dans le quartier pour trouver un restaurant. Nous en avons déniché un pas trop loin, et avons découvert un troisième aspect de Cuba, que nous avons également pu vérifier plus tard: on mange mal, dans ce pays. Je crois que le summum a été atteint quelques jours plus tard dans un restaurant italiano-chinois: serveur en costard, serviettes en tissu, mais poulet immonde baigné dans une huile périmée, sans accompagnement, et pour moi des spaghettis...ratés. Je ne savais pas que c'était possible de rater des pâtes.

De retour à la maison, nous avons accueilli Grégoire, qui arrivait crevé de ses vols Genève-Madrid-La Havane. Un vieux pote de Genève + une nouvelle amie d'Aguascalientes + moi qui ai un pied dans chaque ville, je me demandais ce que ça donnerait. Eh bien ça s'est excellemment bien passé, l'équilibre entre nous trois était parfait; il faut dire que Mónica parlait suffisamment bien français pour que nous puissions avoir de longues et passionnantes discussions interculturelles.

Les photos, donc:
Vieilles voitures américaines et beaux mecs: autre constante du pays...dont je ne vais pas me plaindre, cette fois!
Voici notre quartier à La Havane, résidentiel et plein de demeures d'un autre temps. Nous y étions bien, mais devions prendre un taxi à chaque fois que nous voulions aller au centre, étant donné que nous n'avons jamais rien compris aux bus (que l'on appelle gua-gua, à prononcer oua-oua).

Sur le Malecón, c'est-à-dire la promenade qui longe la mer. De nuit, il y a toujours plein de monde. Ce type nous a chanté une chanson en en improvisant les paroles, tandis que Mónica dansait; et je ne m'ennuyais pas autant que j'en ai l'air sur cette photo.
Dans La Habana vieja, la vieille ville et centre névralgique de La Havane. Cette rue est la calle Obispo, la rue la plus riche du pays: boutiques poudre-aux-yeux dans lesquelles aucun Cubain n'a les moyens d'entrer...à moins peut-être qu'il fasse partie du gouvernement. Et pour l'anecdote, les Cubains prononcent "Obihpo", sans le s; cela m'a rassurée de constater que même Mónica, dont la langue maternelle est l'espagnol, avait du mal à comprendre l'accent cubain.


Il y a pas mal de beaux bronzés un peu partout, pas désagréables à regarder...


Le cliché de la Havanaise, pas si faux.

Le Che est partout, partout, absolument partout. Il est beau, très beau, et charismatique, très charismatique, on est d'accord; mais j'ai été un poil traumatisée par ce que j'ai pu lire dans le Routard concernant les exécutions de centaines d'opposants que lui-même supervisait...




Ci-dessous, "Je vis dans un pays libre"...mon oeil. Les Cubains, au cas où vous ne le sauriez pas, ne peuvent pas sortir de leur pays, même pour voyager, à moins qu'ils n'épousent un étranger ou que quelqu'un leur envoie, de l'extérieur, une "invitation". Alors oui, le pays est peut-être libre de toute domination, mais ses habitants, eux, y sont enfermés.



Vous avez vu les Cubains torse-poil en arrière-plan? C'est très commun dans toues les villes que nous avons visitées; il faut dire que la chaleur est infernale.
Une vieille Chevy ou Pontiac. Fidel a interdit qu'on les vende, elles font maintenant partie du patrimoine culturel de l'île. Mais on voit aussi beaucoup de vieilles Lada, importées d'URSS à l'époque de la fraternité entre les deux pays, et pas mal de Peugeot.




Cette femme a elle-même tenu à ce qu'on la photographie, contre quelques pièces, bien sûr; nous avons vu plusieurs personnes, cigare en bouche et parfois habillées d'une manière extravagamment typique guetter le touriste avide d'exotisme.




Ce type nous a guidé jusqu'à un bar célèbre et s'est ensuite arrangé pour s'incruster à notre table et se faire payer un mojito. Greg et moi, en bons Suisses, avions tendance à nous fermer aux sollicitations continuelles, mais Mónica étant, il faut le dire, un peu plus ouverte que nous, nous avons souvent fini par discuter avec des gens et leur donner de l'argent. Pas plus mal, finalement, car nous aurons au moins pu connaître un peu les Cubains...
Cette photo n'a pas grand chose à voir avec Cuba, mais je l'aime beaucoup.
En face de La Havane, de l'autre côté de la baie, Morro y Cabañas. Depuis les fortifications militaires, on a une superbe vue sur la ville.

De ce côté-ci se trouve aussi la maison du Che, à laquelle nous ont emmenés deux Cubains qui passaient par là. Au moment de rentrer, alors que nous nous faisions bouffer tout cru par les moustiques, aucun taxi à l'horizon. Un Cubain a alors appelé son pote prétendument taxiste et, pendant que nous attendions celui-ci, nous a offert à chacun une pièce à l'effigie du Che, "de collection", et qui vaudra, paraît-il, une fortune dans quelques années. Sympa le cadeau...sauf qu'il nous a ensuite, bien évidemment, sorti son couplet: il est pauvre, il a besoin d'argent pour nourrir sa famille, n'avions-nous pas quelques CUC pour lui?
Son pote est finalement arrivé, et nous sommes montés à bord de sa voiture après avoir négocié le prix. Quelques mètres avant une espèce de péage ou je ne sais quoi, le type s'est arrêté sur le bas-côté et nous a demandé de descendre et de franchir le poste à pied. Lui passerait en voiture et nous attendrait de l'autre côté. Pourquoi? Eh bien parce que seul les taxis officiels ont le droit de transporter des touristes. On croit rêver!

Beaucoup de très belles filles en microshort, dandinant du cul sans même le faire exprès. Les adolescentes ont souvent un corps magnifiques, mais elles semblent grossir inexorablement une fois arrivées à la vingtaine.

Après quelques jours à La Havane, et après avoir perdu le Routard, nous sommes partis pour Viñales, dans l'ouest du pays, en bus. Il faut savoir qu'à Cuba, les touristes et les locaux n'empruntent pas les mêmes moyens de transport, nous étions donc exclusivement entre blancs friqués.

A Viñales, nous avions réservé deux chambres dans une maison à la frontière entre ville et campagne; deux chambres et non pas une seule, parce qu'à Cuba trois adultes n'ont pas le droit de partager une chambre, et les hôtes pourraient recevoir une grosse amende s'ils enfreignaient cette loi. Quand je vous disais que les Cubains n'étaient pas libres...

Juste en dehors de chez nous, plein de bestioles.


Et une vue splendide.
Viñales est une petite ville, qui ne présente pas vraiment d'intérêt; on vient en fait surtout dans la région pour la nature environnante; j'ai malgré tout pu prendre deux-trois photos sympas en ville.



Nous avons loué les services d'un chauffeur qui nous a emmenés à cette grotte, dont je ne me rapelle plus le nom. Visite guidée, sympa.

Le lendemain, nous avons marché plus de six heures, dans une insupportable chaleur collante, mais au milieu d'un paysage magnifique, jusqu'à une autre grotte..



Mónica n'est pas très douée avec les flaques de boue...


Notre guide nous a ouvert une grange où séchait du tabac:





Nous avons fait halte chez un vieux mec très sympa qui nous a fait découvrir la mangue-orange, hybride, apparemment, de mangue et d'orange, ayant un goût...de mangue et d'orange, et délicieuse. Nous avons acheté quelques cigares provenant directement de la plantation de notre hôte, et sommes repartis.
Et nous sommes enfin arrivés à une grotte très sombre, au fond de laquelle nous attendait une eau délicieusement frigorifique.

A Viñales, à part les balades, nous n'avons pas fait grand chose: farniente dans des cafés et balades dans les rues écrasées de chaleur.






C'est ensuite à Trinidad que nous sommes allés, au milieu du pays. Nous avons été somptueusement logés dans deux chambres gigantesques; voici celle de Grégoire.
Trinidad, c'est une jolie ville coloniale.




Ce mec fabriquait des animaux en paille assez stupéfiants, Greg et moi lui avons acheté chacun un âne.
Mónica était toujours plus sociable que nous, et elle a longuement parlé avec ce type, qui est historien. Il a écrit un poème sur chacun des 32 états du Mexique, et nous a récité celui d'Aguascalientes. Quand il a appris que j'étais Genevoise, il m'a fait la lecture de son poème sur le lac Léman... Pas excellentissime, le bonhomme, mais en tout cas il en connaît, des choses!
Un soir, nous sommes allés à ls Casa de la música et avons dansé un peu la salsa; mais force m'a été de constater que les bons danseurs sont...à Genève, pas à Cuba. Bien sûr, il y a certainement de bons danseurs cubains, mais ici tout le monde vient danser, alors qu'à Genève j'étais confrontée à ceux qui aimaient vraiment la salsa, quand je sortais danser.
Nous avons fait la connaissance de deux Anglais francophones et hispanophones et avons passé une excellente soirée avec eux; les bronzés sur la photo, ce sont eux, pas des Cubains!


Le lendemain, nous avons voulu profiter de la magnifique terrasse dont Mónica et moi disposions, et nous y avons allumé les cigares que nous avions achetés lors de notre balade. Eh ben c'est fort! Après seulement la moitié d'un tout petit machin, nous avions déjà la tête qui tourne comme après un joint; Grégoire, lui, a bien trop fumé, et s'est retrouvé tout nauséeux. Quant au goût...sympa, mais je m'attendais à quelque chose d'un peu plus différent des cigarettes.












Petite promenade à une jolie cascade, où nous nous sommes baignés; rien de fascinant, mais cette photo vaut le détour.

Le 15, Mónica est rentrée sur La Havane, puis au Mexique, tandis que Greg et moi continuions seuls. Nous voulions traverser entièrement l'île pour aller tout à l'est, mais nous nous sommes rendu compte que c'était bien trop loin étant donné que les moyens de transports sont mauvais, dans l'île. Nous avons quand même poussé jusqu'à Santiago, la deuxième ville du pays; mais en bons Suisses plannificateurs, nous avons complètement oublié qu'il fallait nous assurer une place dans le bus deux jours avant le départ, et nous sommes retrouvés tout cons à se demander ce qu'on allait faire maintenant que le seul bus était plein. C'est que Cuba est un pays du tiers-monde, où les structures sont plus précaire qu'en Europe et au Mexique, nous avons eu tendance à l'oublier. On fait quoi, alors? On ne va quand même pas continuer à glandouiller à Trinidad..? Nous avons finalement loué les services d'un taxi: 250 CUC, soit à peu près la même chose en CHF, pour 8 heures de trajet. Bien plus cher que le bus, mais on voulait vraiment bouger.

Après une journée de voyage, nous sommes finalement arrivés à Santiago, avec en poche l'adresse d'une personne dont les chambres étaient occupées mais qui pourrait nous aiguiller; nous avons débarqué chez celle-ci et n'avons eu qu'à poursuivre jusqu'au pâté de maison suivant. Là, nous avons été logé dans une chambre sur une jolie terrasse, dont la vue était imprenable et, surtout, surtout, nous avons été logés par une bonne cuisinière! Depuis les mauvais restaurants de La Havane, nous avions pris le parti de manger chez nos hôtes, et c'était toujours assez bon; mais là, c'était simplement délicieux. Quand on sait que les Cubains ne cuisinent qu'avec ce qui pousse dans l'île, c'est un défi!

Qu'avons-nous fait à Santiago? Pas grand chose, ma foi. Une fois, nous avons longuement erré à la recherche de quelque chose à boire, mais n'avons pas été capable de dénicher de l'eau plate dans le centre-ville. A Cuba, même dans la seconde ville du pays, on manque de tout! Je me souviens également d'une fois dans un "Rápido", petit magasin-restaurant:

- Bonjour, je voudrais une part de pizza margarita, s'il te plaît.
- On n'a plus de pizza, désolée.
- Ah...alors un sandwich au fromage.
- Il ne nous reste que du jambon-fromage...
- Bon. Pas grave. (En fait si c'était grave, j'avais la dalle, mais j'ai complètement arrêté la viande, alors bon...). Donne-moi juste deux grandes bouteilles d'eau et un fanta, stp.
- Je n'ai que des petites bouteilles, et seulement du coca, pas de fanta.

Bien sûr, ça n'était pas toujours ni partout comme ça, mais quand même, je trouve que ça en dit long sur l'état du pays.

Des boissons FRAÎCHES. Le Paradis.
Les cheveux collés de transpiration, morte de chaud, mais heureuse d'avoir pu boire une limonade bien froide après avoir erré dans le four...euh! la ville.

Le coca local est bon, et un peu moins cher que l'original, qui ne se trouve pas partout.

Excursion au Morro, jolie vue sur la mer.


Et une autre balade bien sympa. Je vous rassure, cette fois-ci nous n'avons marché qu'une heure. Le reste du temps, bonne bouffe et chansons - il y a de bons musiciens à Cuba - aux pieds d'une jolie cascade. Dans le minibus qui nous a emmenés et ramenés de la cascade, en compagnie d'une bande d'Espagnols, notre guide, passionnée par son pays, nous a parlé un peu de tout: de comment le Che, Fidel et leurs potes s'étaient cachés dans la région que nous parcourions, nommés la Sierra Maestra; de la culture de la canne à sucre et de l'économie locale; de la santería, cette religion locale, bâtarde de catholicisme et d'animisme africain, qui fait correspondre à chaque saint chrétien un dieu de la nature. Après m'avoir demandé ma date de naissance, elle m'a informée que j'étais "hija del chango", soit fille du dieu du feu et d'autres bidules. En gros je suis très intelligente (ça on le savait depuis longtemps :D), ma tête est mon point fort (ah ben oui), ainsi que mes jambes (ok), mais mon estomac est mon point faible (pas d'accord), ainsi que les sentiments, par lesquels on peut me faire du mal (mouais). Je suis patiente et peut recommencer vingt fois la même chose s'il le faut (euh...nan), m'entends mieux avec les hommes qu'avec les femmes (mmh pas complètement faux), mon animal est la tortue et ma fleur le tournesol (là, je ne peux que lui donner raison). De Grégoire, j'ai juste retenu que son animal était la chèvre et son point fort... "j'ai honte de le dire!", a gloussé la guide en désignant son entrejambe. De quoi bien se marrer.



La mariposa, fleur national dont lenom signifie "papillon". Et Grégoire dans toute sa splendeur romantique.
Avant de quitter la ville, nous avons voulu passer quelques heures à glandouiller sur la plage, et nous sommes donc vaillemment sorti dans la chaude moiteur de l'après-midi, à la recherche d'un taxi. L'heureux propriétaire d'un espèce de paquebot vert foncé aux chromes rutilants nous a embarqués, et c'est sur les chapeaux de roue que nous sommes partis...à 40km/h. Magnifique, sa caisse, et très bien entretenue, mais pour la rapidité on repassera; pas plus mal, peut-être, au vu du strabisme largement divergent de notre chauffeur... Et une fois arrivés, point de sable blanc, point de vagues turquoises venant mourir langoureusement sur le rivage. "Ben le sable est pas beau", a dit Grégoire; "oui, mais on s'en fout, regarde, y a des vagues!". Il y avait bien des vagues, mais elles s'écrasaient sur un fond caillouteux. Résultat: genoux écorchés et sortie de l'eau aussi rapide que les cailloux nous le permettaient. L'après-midi de baignade s'est ainsi transformé en après-midi culturel; en d'autres mots: nous avons maté les Cubains...qui eux aussi nous ont matés, nos peaux étant d'un blanc fluorescent qui attire l'attention. Nous avons été stupéfiés de voir que beaucoup de gens buvaient à même la bouteille de rhum, et ce en plein aprem, par 35°. D'où quelques chansons éraillées et plusieurs arrestations par la police en uniforme vert. Quelques danses improvisées sur le sable, et des filles qui dandinent des fesses en passant devant les hommes qui les dévorent du regard. Et partoutautour de nous, des bruits de bisous et des sifflements: nous avons fini par comprendre que c'est ainsi que les Cubains s'interpellent, sans que cela soit, je crois, connoté vulgairement.

Finalement, nous sommes rentrés à La Havane, mais en avion, histoire de ne pas devoir passer 15 heures dans un bus. Pas grand chose à raconter de nos derniers jours: nous en avions marre de cette chaleur qui nous ramollissait tellement, et avions hâte de rentrer: lui à Genève, où l'atttendait sa copine, et moi à Aguascalientes, où m'attendait une maison à moi, un endroit où ranger ma brosse à dents et suspendre mes fringues, et un nouveau boulot.
Nous avons encore visité la fabrique de cigares Partagás, l'une des plus prestigieuses, et avons pu voir des centaines d'employés rouler les havanes à la main, tandis qu'un mec leur lisait un roman au micro; pas le droit de prendre des photos, malheureusement.

Au final, je ne sais pas trop quoi penser des Cubains; mais de ce que j'ai pu en voir, ils m'ont semblés moins heureux que les Mexicains. Je ne sais pas s'ils sont vraiment malheureux, mais en tout cas je n'en ai pas vus beaucoup s'interpeller dans la rue et rire ou sourire. Bien sûr, je reconnais que je ne me suis pas beaucoup mêlée à eux: voyager avec des amis vous rend autosuffisant en terme de chaleur humaine. Peut-être aurais-je dû faire un effort et tenter de plus m'ouvrir, de les connaître et de les comprendre, mais cela m'a été difficile, dans la mesure où les Cubains m'ont surtout fait penser, dans leur majorité, à des gosses mal élevés. En effet, pour commencer ils ne vous disent la plupart du temps même pas bonjour, merci ou au revoir dans les magasins. Ensuite, c'est d'une voix affreusement rauque et avec une intonation criarde que les femmes vous répondent, et je vous garantis que ça surprend toujours d'entendre une voix de bûcheronne sortir d'un joli petit minois. J'ai d'autre part remarqué que les Cubains ont cette sale tendance à interrompre les conversations sans le moindre scrupule, ce qui peut donner, à table: "Non, mais vous comprenez, X n'était pas comme Y... Avec X j'ai vécu une relation intense, mais émotionnellement Y était plus matur(e)... Par exemple, un jour, alors que nous étions au lit, Y m'a dit que-" - "Vous voulez plus de poulet?" - "Euh...non, merci. Et donc, Y m'a dit que je devais faire plus attent-" - "Mais vous avez aimé le poulet?" - "Oui oui, il était très bon, merci. [petit sourire signifiant: maintenant lâche-nous]" - "Hum oui, donc X m'a dit...ah, non, c'était Y..." - "C'est un assaisonnement spécial, une recette de ma grand-mère." - "MAIS TU SAIS OÙ TU PEUX TE L'ENFILER, TON POULET??!". Bon, et il y a également cette sale manie d'insister, insister et insister quand on refuse de leur donner une pièce: l'irresistible envie de leur répondre que quand maman dit non, c'est non!
Bien sûr, cette impolitesse ne fait pas des Cubains de mauvaises personnes; en fait, cette politesse si importante pour moi n'est en réalité que l'une des marques de ma culture occidentale, et je sais que je ne dois pas attendre d'un pays différent du mien qu'il respecte les mêmes codes sociaux. Mais on dira ce qu'on veut: selon moi, ce non-respect des règles élémentaires du savoir-vivre sont, encore une fois, une marque de ce que le pays ne va pas bien. Dire bonjour et merci, respecter le temps de parole de l'autre et ses décisions, voilà qui devrait être universel dans une société qui fonctionne correctement, quelle qu'elle soit. Alors peut-être suis-je trop suisse: chez nous, on n'aime pas déranger, et on préfère même parfois laisser crever les gens dans leur coin plutôt que de se mêler de leurs affaires. Possible; mais pour une fois je ne veux pas changer cet aspect de mon éducation, quitte à paraître rigide.

J'ai eu du mal à connaître les Cubains, disais-je, et c'est également dû au fait que j'ai trouvé le comportement de la majorité d'entre eux hypocrite. Je ne parle pas des personnes qui nous ont accueillis, et qui ont toujours été agréables, mais de tous ceux que l'ont a croisés dans la rue ou dans les soirées dansantes. Ils commençaient par nous aborder, souriants, nous parlent de la pluie et du beau temps, nous flattent, puis finissaient immanquablement par nous demander de l'argent. Bien sûr, ils sont dans la merde: la carte de rationnement qu'ils reçoivent chaque mois ne leur dure généralement qu'une quinzaine, et c'est au prix fort qu'ils doivent acheter le reste. Et vu le nombre de personnes qui traînent dans la rue et ne font absolument rien de leur journée, à part picoler du thum (si encore ils discutaient entre eux mais non, ils sont seuls), je suppose que le taux de chômage est élevé. Bien sûr, ils sont pauvres, ils manquent de tout, je peux comprendre ça; mais ce sont leurs façons détournées que je n'aime pas, cette manière de séduire le touriste. Au Mexique, quand un mec me drague, je sais bien que c'est à cause de mon aspect exotique, mais au moins il me trouve attirante; à Cuba, c'est pour mon porte-monnaie, et rien que pour mon porte-monnaie, malgré, ou à cause des compliments démesurés. Et si j'avais suivi l'un de ces types jusque dans sa misérable chambre mal ventilée, m'aurait-il présenté la facture le lendemain matin? Il y a des chances. Une fois seulement, j'ai apprécié la façon dont une femme m'a demandé si j'avais des vêtements à lui donner. Directe, un regard franc. Juste après, Grégoire et moi avons fait la connaissance d'un type qui, apprennant qu'il était suisse, lui a demandé de poster pour lui, depuis la Suisse, une lettre à des amis vivant là-bas. Des amis... un couple de touristes qui lui avaient donné leur adresse, d'après ce que j'ai pu déduire de sa lettre écrite en mauvais espagnol (et avec ça l'éducation est censée être la grande réussite du socialisme...). Nous avons un peu discuté, et il semblerait que Greg et moi ayons été d'assez bonne humeur pour donner une bonne impression. "Moi je suis cubain, pauvre et coincé dans ce pays, et vous vous êtes suisses, vous pourriez être froids et hautains, mais non, je t'ai vu donner de l'argent à la femme, et vous êtes souriants; mes amis envient les Européens, ils passent leur temps à demander de l'argent, mais moi je dis: chacun ses problèmes, vous aussi avez vos propres problèmes, et c'est stupide de vous envier". Silvio, de son prénom, nous a ensuite invités à assister à une fête "authentique, entre Cubains" qu'il donnerait le soir même. "Comme ça tu amènes ton appareil photo et tu pourras montrer aux gens comment est Cuba." On est partis avec l'adresse du lieu, sans rien promettre. Moi j'étais un peu mal à l'aise: ce mec avait reçu de nous l'image de deux personnes ouvertes et disposées à communiquer, mais la vérité c'est que nous étions dans de bonnes dispositions ce jour-là et qu'il s'y est bien pris; quelques jours plus tôt, j'avais par contre sèchement envoyé balader (pour ne pas dire plus) un type aviné qui tentait de vendre avec insistance un sandwich à une Mónica trop gentille. Non, vraiment, pas facile de communiquer avec les Cubains quand on est riches et eux pauvres. Je voulais aller jeter un coup d'oeil à la fête de Silvio, mais Greg n'était pas chaud, et notre apathie habituelle nous a finalement rejoints. "Silvio s'y est mieux pris que les autres Cubains, il a été plus subtil", m'a dit Grégoire, "mais tu t'es rendu compte qu'il ne nous a jamais rien demandé sur nous, notre pays, ce qu'on faisait dans la vie? Il avait certainement une idée derrière la tête, et aurait, lui aussi, fini par nous demander de l'argent." Possible, je ne sais pas; mais en tout cas je n'ai jamais eu le sentiment de parler d'égal à égal avec un Cubain, rien à voir avec ma relation avec les Mexicains. Ces derniers sont sans doute très occidentalisés... Il faudrait bien entendu que je puisse vivre un temps à Cuba pour apprendre à connaître les Cubains, comme je l'ai fait avec les Mexicains; mais je n'en aurais juste pas envie. Du tout.

Encore une anecdote, après j'arrête. A La Havane, alors que Mónica, Grégoire et moi consultions feu le Routard, qui vivait les derniers moments de gloire de sa courte vie, une femme d'une cinquantaine d'années, en passant près de nous, nous a dit quelque chose comme: "Ah, des Français, bonjour". En français. Moi, porte-drapeau passionnée de tous les francophones non-français dont les voix peinent à se faire entendre au milieu des cocoricos, je n'ai pas pu m'empêcher de lui lancer que non, nous ne venions pas de France; pleine de curiosité, elle s'est alors retournée, est revenue sur ses pas, et nous avons entammé une étrange discussion. Cette femme, Berta, parlait un français parfait, teinté d'un curieux mélange, très léger, d'accents parisien et africain; sauf qu'elle était Cubaine et n'avait jamais mis les pieds en France. C'est à l'Alliance française, nous a-t-elle dit, qu'elle avait appris le français, et son fils, lui aussi, y prenait des cours depuis de nombreuses années. "Avec mon fils", a-t-elle poursuivi, "nous parlons toujours en français; et d'ailleurs, je ne parle pas aux Cubains." Hein? "Oui, c'est que notre appartement est rempli de micros; du coup ils doivent tout traduire." Et pourquoi elle est sur écoute? "Oh, c'est parce que je ne suis pas d'accord avec le gouvernement, je me rebelle. Ils m'ont déjà mise en prison trois fois. Mais je m'en fiche, je continue à parler aux étrangers et à leur dire la vérité sur ce pays. Je leur fais peur. Là ils me surveillenet peut-être, je m'en fous. Vous vous rendez compte, même mon mari me surveillait, je ne savais pas qu'il était de la police". Une mythomane pathologique...? Possible. N'empêche qu'elle n'a pas été la seule à laisser entendre qu'on ne doit pas critiquer le gouvernement, même si les autres nous le disaient plutôt à mots couverts. Et les slogans socialistes fleurissent absolument partout, qui tentent de convaincre les Cubains qu'ils vivent dans un pays idéal. Dommage, je ne les ai pas notés, mais c'est du pur bourrage de crâne à la gloire de Fidel et de ses idéaux. Si vraiment cette révolution était une bonne chose, si le peuple vivait bien, il n'y aurait pas nécessité de l'en convaincre par la propagande... Le fameux "Hasta la victoria siempre" du Che est partout ("Vers la victoire, toujours"), et l'on trouve aussi beaucoup de "Patria o muerte", qui m'a particulièrement choquée, de même que "Comandante en jefe ordene" ("Commandant en chef, ordonnez"). Un pays pourri, que je vous disais, et je vous passe la visite guidée du tout sauf neutre musée de la Révolution. "Les méchants c'est les capitalistes, ouin!"; ouais, mais sans les tousites capitalistes et leur argent capitaliste, Cuba serait encore plus dans le caca. Vive l'hypocrisie.

Bref, un pays pourri, mais qui a quand même pas mal à offrir si l'on sait mettre ses défauts de côté; et un pays pourri dans lequel j'aurai quand même passé d'excellents moments en compagnie de Mónica et Grégoire. De bons souvenirs, donc, et la satisfaction d'avoir pu jeter un oeil à une nouvelle culture.

Et maintenant? Eh bien maintenant, je m'installe gentiment à Aguascalientes, où je vais vivre au moins un an. Je me suis acheté un lit gonflable et un vélo pas cher, mes habits ne sentent plus le renfermé et la chaussette sale et j'ai une cuisine à moi; et puis j'ai d'ores et déjà donné mon premier cours à l'Alliance française, ce qui sera sans doute le sujet d'un prochain post.

Qui suis-je?

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Genève, Genève, Switzerland