Mercredi 17, c'est exténuée par vingt heures de voyage que je suis arrivée au centre de méditation Vipassana, situé dans les montagnes de l'état de México. Trois petits bâtiments en briques, rustiques, isolée dans une prairie entourée de haies, sur une verte colline. Paisible. Après avoir rempli un questionnaire dans lequel j'ai dû raconter brièvement ma vie et préciser quelles drogues je prenais, avec quelle fréquence et quel degré d'addiction, les femmes et les hommes furent séparés et dirigés chacun vers leurs quartiers. Douches communes, petites cellules de un, deux ou trois lits séparées du couloir par un simple rideau: spartiate, mais suffisant. J'ai juste eu le temps d'échanger quelques mots avec ma compagne de chambre, et nous avons été appelés pour le repas du soir et les explications. A partir de la première séance de méditation, qui aurait lieu le soir même, nous devrions pratiquer le Noble Silence durant toute la durée du cours: pas de communication, que ce soit verbale, écrite ou visuelle, avec les autres membres, à l'exception du staff et du professeur. Aucun contact physique, évidemment, et on nous a également demandé de ne tuer aucun animal, aussi petit qu'il soit, et de nous défaire de tout matériel servant à écrire. Nous devions pouvoir nous concentrer le plus possible sur la méditation. Très bien. Avant de terminer, l'Uruguayenne qui nous a accueillis nous a encore demandé de bien considérer une dernière fois notre décision: étions-nous réellement prêts à rester les dix jours? Nous aurions sûrement envie de fuir dès le premier, mais il nous faudrait supporter les horaires et les règles imposés, et travailler avec sérieux. Bien entendu, nous n'étions pas enfermés; mais pour pouvoir réellement connaître cette technique de méditation,il était important d'en supporter les désagréments et de s'investir à fond. Bien. J'étais prête à rester quoi qu'il advienne; je savais que je m'ennuierais et serais constamment fatiguée, mais après tout, la curiosité que j'éprouvais à l'égard de cette technique valait bien que je lui sacrifie dix jours de ma vie.
Et ça a donc commencé. Nous avons découvert la salle de méditation et le lieu qui nous était assigné: pour chacune un coussin carré bleu ciel en face du prof. Celui-ci nous a fait écouter l'enregistrement du cours donné par M. Goenka, le fondateur de l'Académie Internationale Vipassana, en Inde. Il parle un très bon anglais, mais avec un accent affreux; heureusement, tout était ensuite traduit à l'espagnol par un homme à l'accent argentin ou uruguayen. Après deux heures de méditation, déjeuner à 6h30, puis on recommence à 8h, jusqu'à 11h, et ensuite de 13h à 17h. A 17h, nous avions droit à un goûter de fruits et de thé, et c'était notre dernier repas de la journée. Pas de souper. A 18h nous recommencions à méditer, et à 19h nous écoutions chaque soir un long discours de Goenka, visant à nous expliquer pourquoi nous faisions ce que nous faisions, comment nous devions le faire, et nous enseignant, petit à petit, les bases du bouddhisme et de la méditation Vipassana.
En dix jours de cours, j'ai ainsi écouté 13 heures d'enregistrement sur un sujet complexe; je sens qu'il va m'être difficile de tout résumer de manière correcte, mais je vais essayer.
Tout d'abord, Goenka insiste régulièrement sur le fait que d'adhérer aux principes auxquels nous adhérons dans le centre, et méditer comme nous le faisons, n'a rien à voir avec une secte ou une religion quelconque. Tout le monde, sans exception, peut pratiquer le Dhamma, c'est-à-dire le sentier indiqué par le Bouddha, et ce sans renier ses propres croyances. Un culte existe maintenant autour de la personnalité du Bouddha, une religion s'est créée, avec ses dogmes et ses rites, mais ce n'est pas ce que le Bouddha voulait, et cela n'a rien à voir avec ses enseignements; le Dhamma tel que l'enseigne Goenka est exactement tel que l'enseignait le Bouddha il y a 25 siècles, sans aucune trace de dogmatisme. Et de quoi s'agit-il, donc? Il s'agit d'un ensemble de pratiques visant à purifier son esprit, et par purification on entend libération de ses impuretés, de tout ce qui pollue l'esprit de chacun d'entre nous et nous rend malheureux: l'aversion et le désir. Chaque fois que nous nous souffrons, notre corps perçoit une sensation désagréable et nous générons automatiquement un sentiment d'aversion envers cette douleur: nous voulons qu'elle s'arrête immédiatement. Cela est valable pour les douleurs physiques, mais bien sûre également pour tout ce qui se passe au niveau émotionnel; et lorsque nous nous énervons contre quelqu'un, nous souffrons également, même si cette souffrance n'est pas forcément évidente à percevoir; mais on se gâche ainsi la vie à souffrir pour tout et n'importe quoi. De même, lorsque nous vivons un évènement positif, notre corps reçoit un sensation agréable, et nous voulons que cela continue. J'en veux plus. Ce chocolat est délicieux, j'en veux encore. Encore plus. Cette personne est extraordinaire, je veux la revoir, je l'aime, je la veux, et peu importe qu'elle ne m'aime pas, je ne peux pas m'empêcher de la désirer, encore et encore, dans un grand sentiment de frustration: l'avidité, l'attachement sont tout aussi néfastes que l'aversion. Et comme l'esprit et le corps sont inextricablement liés, le schéma profond de l'esprit est tel qu'à chaque fois que nous vivons un évènement positif ou négatif, le corps y réagit par une sensation. Dans le cas d'une très forte colère, d'un désir intense, nous en sommes conscients: le coeur s'accélère, la chaleur monte, etc.; mais c'est également le cas pour toute aversion et toute avidité, même minime: sans que nous nous en rendions compte, le corps génère une sensation, qui restera ensuite enregistrée pour toujours au plus profond de notre inconscient. Le Bouddha nomme cela un sankara, les psychologues le nommeraient peut-être complexe; quoi qu'il en soit, nous générons chaque jours des milliers de sankaras, résidus de nos désirs et de nos aversions, qui s'accumulent au fond de notre esprit et la contamine, l'empêchant de vivre en paix. C'est la manière dont fonctionne notre esprit depuis toujours: nous ne pouvons nous empêcher de réagir à tout ce qui nous arrive. Dès qu'il vient au monde, le bébé hurle pour obtenir à manger: il réagit à sa faim par un désir incontrôlable, et c'est ce désir qui cause la souffrance, pas la faim en elle-même. A partir de ce moment, il en sera toujours ainsi: qu'il soit agréable ou déagréable, chaque stimulus que nous recevons génère une envie: je veux que ça s'arrête! Je veux que ça continue! Et c'est cette envie, non l'évènement en soi, qui génère une souffrance, un mal-être.
Dans ce contexte, Siddharta Gautama, le Bouddha, a découvert il y a de cela 25 siècles une technique unique de méditation, visant à abolir la frontière entre l'esprit et le corps et à faire surgir les vieux sankaras des profondeurs de l'insconscient, pour qu'ils disparaissent. Une purification de l'esprit. Vous êtes peut-être sceptiques, c'est normal: le Bouddha lui-même disait qu'il ne fallait pas le croire sur parole mais expérimenter par soi-même; car si tous les leaders religieux de tous les temps ont toujours prêché la pureté de l'esprit et dit et répété qu'il fallait sortir de l'envie et de l'aversion, le Bouddha est le premier et le seul à avoir trouvé une technique qui permet de mettre cela en action. La connaissance intellectuelle ne suffit pas.
Avant que je vous décrive en quoi consiste cette technique, je dois encore vous parler du Dhamma. Le Dhamma, ou octuple sentier, est composé de trois parties. La première, Sila (prononcer chila), signifie "moralité" en pâli, la langue du Bouddha. Il s'agit d'un ensemble de pratiques permettant de rester pur sur le plan moral: il s'agit de ne pas tuer (d'où la nourriture végétarienne dans le centre), de s'abstenir de commettre un adultère, de ne pas mentir, de ne pas voler et de ne pas prendre de drogue ou d'alcool. La vie au centre, de par les règles qu'on nous impose, permet aux méditants de respecter la pratique rigoureuse de Sila. Si le Sila est fort, il permet l'accomplissement de la deuxième partie du Dhamma: Samadhi, la concentration. Il existe plusieurs type de concentration: l'assassin qui va prémédite un meutre se concentre, bien sûr, mais ses motifs sont mauvais. Dans la pratique du Dhamma, on développe un type neutre de concentration, on se concentre seulement sur son propre corps et ses sensations. La troisième partie est Pañña (prononcer pannia), la connaissance. Il y a plusieurs types de connaissances: on peut notamment s'instruire en lisant des livres sur le Dhamma et en écoutant des discours, comme nous l'avons fait au centre. Cela était déjà connu bien avant le Bouddha, de même que Sila et Samadhi; la contribution définitive du Bouddha a été de découvrir une forme de méditation qui permet la connaissance par soi-même, dans son corps: il s'agit précisément de Vipassana. La connaissance intellectuelle ne suffit pas, il faut l'expérimenter dans son propre corps, dans son propre esprit, pour pouvoir changer.
De par notre acceptation des règles du centre, nous avions donc un Sila pur: nous ne pouvions pas mentir puisque nous pratiquions le Noble Silence; nous ne tuions rien ni personne, pas même un insecte, et encore moins un porc ou un poulet pour notre noutrriture; la ségrégation des hommes et des femmes empêchaient l'inceste; l'alcool n'était pas prévu aux repas; et enfin nous devions bien entendu nous abstenir de voler. Le premier jour, nous avons donc pu commencer à pratiquer Samadhi, la concentration. Disons-le tout de suite: la méditation, spécialement dans cette première phase, Samadhi, c'est chiant. Dix à onze heures par jour, et ce pendant dix jours d'affilée, c'est mortel! Ce premier jour, nous devions nous concentrer exclusivement sur notre respiration: inspirer, expirer, inspirer, expirer. Rien de plus. Il ne s'agissait pas de la contrôler, de la forcer: non, nous devions simplement l'observer, qu'elle soit superficielle ou profonde. En être conscient. Le deuxième jour, nous devions examiner avec attention l'air qui entre et l'air qui sort, et être à l'écoute, si je puis dire, des frottements de l'air, et de n'importe quelle sensation qui surgirait dans la zone du nez. Dix heures par jour. Autant dire que, pour ma part, je n'étais pas capable de garder constamment ma concentration, mon esprit vagabondait partout et soudain je me rendais compte que j'avais oublié de rester consciente de ma respiration. C'est normal, et le but est de parvenir à garder le plus longtemps possible cette conscience. Le troisième jour, on nous a demandé de nous focaliser seulement sur l'entrée des narines et le dessus de la lèvre, à l'écoute des sensations qui surgiraient exclusivement dans cette petite zone. Sensations de chaleur, d'humidité, de gratouilles, de chatouilles, n'importe quel type de sensation; puis la zone a été réduite au petit triangle entre le nez et la bouche. Quand est arrivé le quatrième jour, j'étais déjà établie dans ma petite routine, connaissais par coeur le dos et les fesses de la fille qui méditait devant moi, le profil de ma voisine de droite, les soupirs de celle de derrière, le terrible accent oriental de Goenka, celui, argentin ou uruguayen, je n'ai jamais su, de son traducteur, et celui, américain, de notre prof. Et le quatrième jour, nous avons commencé la méditation Vipassana proprement dite, celle du Bouddha, et nous sommes entrés dans le champ de Pañña, la troisième partie: la connaissance.
De cette petite zone au-dessous du nez, nous avons dû passer notre attention au sommet de notre crâne, sur une petite zone au niveau des fontanelles. Pour moi, la sensation fut très forte: dès que mon attention s'est posée au sommet de mon crâne, j'ai senti comme une pression sur cette petite région de deux ou trois centimètres de large. Ensuite, la voix de Goenka a nous a guidé sur tout le cuir chevelu, le visage, les bras, jusqu'à la pointe des orteils: nous devions parcourir toute la surface de notre corps, en restant attentifs aux moindres sensations qui surgissaient. Le corps entier est constamment parcouru de sensations; seulement notre esprit n'est pas assez fin pour le percevoir, et nous n'y prêtons généralement pas attention, constamment tournés que nous sommes vers l'extérieur. Au début, je n'avais pas de sensations uniformes dans tout le corps, je ne pouvais ressentir que le plus évident: la douleur, les démengeaisons, les battements de mon coeur se répercutant dans mes artères, et une lègère tension partout où se posait mon esprit; et puis j'ai fini par ressentir une vibration presque partout où je passais, générée, je suppose, par le flux continu du sang dans mes veines. La méditation intensive portait donc ses fruits: j'étais devenue plus sensible à ce qui se passait dans mon corps. Cependant, ce n'est pas là le but principal de la méditation Vipassana; en réalité, le plus important était avant tout de rester équanime face à n'importe quelle sensation, qu'elle soit agréable ou non.
Peut-être ce concept, l'équanimité, vous est-il peu familier; voici ce qu'en dit wikipédia:
"L'Équanimité, l'égalité d'âme, d'humeur, est une disposition affective de détachement et de sérénité à l'égard de toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable.
En tant que résultat d'une pratique spirituelle, ou d'un cheminement de croissance personnelle ce détachement s'enracine et se stabilise par une acceptation de soi-même et de ses circonstances, passées ou actuelles, un lâcher-prise constant malgré les caprices de sa volonté et de sa réactivité personnelles, ainsi qu'une base de confiance dans le bien-fondé des données de la vie, par une intuition grandissante de leur nature réelle. Ces processus très variables auront fini par élaborer un apaisement intime de l'esprit devant tout désir, peur, etc. [...]"
Trois fois par jour, nous avions pour consigne de méditer une heure entière sans bouger les doigts ou les jambes, et sans ouvrir les yeux, afin de fortifier notre concentration; au bout d'un moment, même lorsque l'on a, comme moi, un petit banc confortable et plein de coussins, on commence irrémédiablement par avoir mal au dos et aux fesses et on ne souhaite qu'une chose: changer de position. Or, c'est justement là qu'il s'agit de rester équanime: on accepte la douleur, on la reconnaît, mais on doit rester conscient du fait qu'elle est éphémère et réprimer l'aversion que l'on éprouve. De même, s'il se produit une sensation agréable, ou que l'on a enfin réussi à sentir une sensation subtile, signe de progrès, on doit tenter de ne pas générer d'avidité envers cette sensation: comme toutes les sensations, quelles qu'elles soient, la sensation agréable passera tôt ou tard. C'est là le point commun de toutes les sensations: agréables ou désagréables, fugitives ou persistantes, elles ne font que surgir et disparaître. On le sait, on peut l'admettre d'un point de vue intellectuel; c'est autre chose de l'éprouver dans son corps, et cela demande du temps, de la concentration et de la patience.
Nous avons ainsi continué à méditer jusqu'à la fin du cours, tentant d'obtenir un flux libre de sensations subtiles, ces petites vibrations, dans tout le corps, à mesure que l'esprit le parcourait; et nous avions pour consigne de nous attarder plusieurs minutes sur les zones peu réceptives. Pour autant, il ne fallait rien forcer, mais se contenter d'observer et d'attendre; en effet, si on essaie d'accélérer les choses, si on se montre impatient, on développe une réaction d'avidité, ce qui génère un nouveau sankara, ce fameux complexe. Or, le but de cette pratique méditatoire est justement d'éliminer les sankaras du passé: si on reste équanime envers toute sensation qui surgit, on cesse de générer de nouveaux sankaras, et ceux du passés remonte inexorablemetn à la surface, où ils s'abolissent. Ainsi se nettoie l'inconscient, pas à pas. Au fur et à mesure des méditations, et si le méditateur parvient à concentrer son esprit et à rester équanime, les sankaras sortent un à un, sous forme de sensations. Ainsi, les sankaras de colère, par exemple, se libèrent sous forme de chaleur; mais si vous méditez sous les tropiques, il vous est bien sûr impossible de savoir si la chaleur que vous ressentez dans votre corps est due à un sankara qui se libère ou simplement au soleil.
Quant à moi, j'avoue que je me suis parfois un peu énervée au cours de ces dix jours. Le silence ne m'a pas pesé, et je me suis habituée assez rapidement à être tirée de mon sommeil par de sonores coups de gong à 4h. du matin, mais je me suis parfois réellement ennuyée, incapable que j'étais de restée concentrée sur mon corps. De plus, j'ai commencé à régresser, à perdre les sensations de vibrations dans certaines parties du corps; du coup, je me suis surprise à retenir ma respiration pour mieux sentir, à chercher avidement ces petites vibrations. Exactement ce qu'il ne fallait pas faire. J'avais perdu mon équanimité. Une fois que j'eus compris que ces régressions n'en sont en fait pas, qu'elles font partie du processus, et que la seule chose qui importait était de rester équanime en toute circonstance, je me suis relaxée et ai pris tout ça à la légère, sans pour autant trop relâcher ma vigilance. Je me levais, écoutais soupirer Diana, ma compagne de chambre, me lavais les dents en silence puis sortais faire pipi dans les toilettes sèches situées à l'extérieur, jetais en cemin un oeil au ciel qui, malheureusement, était presque toujours couvert. Dommage, quand il voulait bien se découvrir, c'était une merveille de pureté étoilée. Ensuite je retounais méditer assise sur mon lit, car nous y avions le droit à certains moments de la journée, et je ne pouvais m'empêcher de jeter régulièrement un oeil à la pendule. Ma chambre étant située en face des toilettes, j'écoutais régulièrement les gros pets sonores de mes collègues, résonnant dans le silence complet contre la faïence de la cuvette; j'ai appris par la suite que beaucoup avaient eu la diarhée durant tout le séjour: une nourriture trop riche en fibre! Repas, sieste, méditation se succédaient tout le jour, et le silence était régulièrement troublé par les braiements lointains et plaintifs de l'âne du voisin, ou par la musique ranchera de ce dernier. Et toujours la voix du traducteur argentin, si douce, son usage de "vosotros" au lieu du "ustedes" mexicain (j'ai bien révisé toute la conjugaison que j'avais oubliée, à force de ne pas la pratiquer), les cantiques de paix hypnotiques de Goenka, "Bhavatu Sabba Mangalam", "Que tous les êtres soient heureux". Une routine tranquille dans un paysage apaisant; pourtant, je notais que je restais "accélérée", comme ils disent ici: je sortais souvent la première de la salle de méditation, marchait d'un pas décidé vers la salle des repas. Je n'ai sans doute pas réussi à me concentrer suffisamment pour parvenir à réellement me détendre.
Le samedi matin, avant-dernier jour, nous avons été autorisés à parler de nouveau. Ouah! Au sortir de la méditation du matin, nous avions toutes un sourire radieux aux lèvres. "Alors, comment ça a été?" Presque toutes les femmes, une quinzaine, se sont réunies en cercle et nous avons partagé nos impressions. Nous étions supposés continuer à méditer au long de la journée, mais, en dehors des heures obligatoires en groupe, nous n'avons finalement fait que parler et rire. Nous découvrions le visage de personne dont nous n'avions jusque là regardé avec attention que les pieds. "Ah, tu étais à côté de moi! Je t'entendais soupirer souvent." Plusieurs personnes m'ont dit qu'elles avaient remarqué mon tatouage: forcément, on marchait la tête baissée et nous connaissions les pieds de tout le monde. J'ai également appris que je parlais la nuit, mais ma voisine de chambre n'a pas su me dire de quoi, étant donné que je parlais en français. Plusieurs personnes se sont alors exclamées: "Ah, c'était toi? Je me suis réveillée plusieurs fois en entendant quelqu'un parler très fort, une fois tu as même crié". Ah. Nous avons ensuite parlé de nos intestins respectifs, puis des sensations que nous avions perçues en méditant, de Goenka, du prof américain, de ce que nous faisions dans la vie, de tout et de rien, et avec une gaité folle. Nous ne nous lassions pas de parler et étions toutes dans un étatd'esprit hautement positif après ces jours à méditer et à écouter des discours sur le bonheur et la paix. Une journée magnifique, à partager notre joie au soleil.
Le lendemain matin, après une ultime méditation, le cours a finalement été clôturé. Nous avons tous donné un coup de main pour nettoyer le centre, et plusieurs d'entre nous avons passé la journée à Valle de Bravo, la petite ville proche du centre, dans une excellente atmosphère. Nous avons finalement pris le bus pour rentrer chez nous, et je me suis retrouvée à Mexico City avec Tania, l'une des participantes. Le choc à l'arrivée au terminal, si bruyant, si plein de monde! Enfin je vous rassure, je me suis facilement réadaptée à la réalité triviale du monde extérieur.
La question, maintenant, est: que vais-je faire de ce que j'ai appris? Goenka conseille de continuer à méditer deux fois une heure par jour, matin et soir. Quand j'ai entendu ça, je me suis un peu braquée: dormir est une des choses que j'ai le plus de plaisir à faire dans cette vie. Mais il paraît qu'on s'habitue vite, qu'il faut se donner des coups de pieds pendant une année, mais qu'ensuite méditer devient une nécessité. J'ai envie d'essayer. Pour l'instant, je ne sais pas encore si ces dix jours m'ont été bénéfiques, si j'ai pu extraire plusieurs sankaras ou pas, mais je me sens en tout cas très bien depuis que je suis sortie. Je vais continuer dès que j'aurai à nouveau un chez-moi, dans trois semaines; là je suis dans une auberge de jeunesse, c'est trop difficile. Quoi qu'il en soit, ce séjour a réellement changé ma manière de percevoir le monde et de me percevoir, surtout, à moi-même. Tant de choses semblent absurdes lorsqu'on sort de cette retraite...
Ces prochains jours, je vais aussi effectuer un versement sur le compte de Dhamma Makaranda, mais je ne sais pas encore de quel montant. En effet, le centre, comme tous les autres centres Vipassana du monde, fonctionne grâce aux donations: on profite de la générosité de ceux qui sont passés avant nous lorsqu'on est au centre, puis on peut donner ce que l'on veut et ce que l'on peut si l'on juge que les jours passés à méditer nous ont apportés quelque chose. On nous explique clairement que la contribution ne doit pas être perçue comme un paiement, comme une obligation, mais doit venir du coeur: si le Dhamma a commencé à avoir un effet sur nous, on devient automatiquement plus généreux envers les autres et on a envie de partager le Dhamma, le sentier qui mène à la paix. Je vais donner, et je vais donner plus que les simples frais de nourriture, d'électricité et de loyer, afin que le centre puisse continuer à s'agrandir. De plus, on peut choisir de servir lors d'un autre cours de 10 jours, en cuisinant pour les méditants et en restant à leur disposition en cas de nécessité. Ca aussi, j'aurais envie de le faire, mais je crains que mon nouveau travail à Aguascalientes ne m'en laisse pas vraiment le temps.
Pour finir, voici quelques adresses, pour ceux que ça intéresse:
La page d'introduction générale à la méditation Vipassana: http://www.french.dhamma.org/
L'introduction de S.N. Goenka: http://www.sumeru.dhamma.org/francais/vipassana_f.html
En Suisse: http://www.sumeru.dhamma.org/francais/bienvenue.html
Au Québec: http://www.suttama.dhamma.org/gen/fr/gen_home.fr.htm
Au Mexique: http://www.dhamma.org/es/schedules/schmakaranda.shtml
Je n'ai rien trouvé de probant sur la France, mais je sais qu'il existe plusieurs lieux, il suffit de chercher un peu.
Et voici mon pote S.N. Goenka, qui a réintroduit la technique en Inde et a fondé 130 centres Vipassana dans le monde.

Voilà. Je ne me suis pas relue, j'espère que tout ça n'est pas trop confus. Cela m'intéresserait d'avoir vos réactions sur ce post.
Sinon je suis actuellement à Mexico City, et j'ai plusieurs personnes à y rencontrer. Je n'écrirai probablement rien sur ce troisième séjour dans la capitale, parce que je n'ai toujours pas d'appareil photo et que, surtout, j'en ai un peu marre de passer mon temps sur internet. Dimanche, je prends l'avion pour Cuba, où je passerai deux semaines en compagnie de Grégoire, mon pote depuis dix ans, à Genève, et de Mónica, d'Aguascalientes. Ca promet d'être génial, je me réjouis beaucoup; mais je pense attendre mon retour à Aguas, le 21, avant de poster quoi que ce soit, étant donné qu'internet est trèèèèès lent à Cuba.