mercredi 1 juillet 2009

Dix jours de méditation Vipassana, ça vous change une femme

Ouh-là, le long message! Et sans photos, en plus! Oui, je sais que c'est chiant de tout lire, mais je vous promets que ce que vous allez lire est intéressant...et en plus ça m'a coûté pas mal de temps et d'effort. :)

Mercredi 17, c'est exténuée par vingt heures de voyage que je suis arrivée au centre de méditation Vipassana, situé dans les montagnes de l'état de México. Trois petits bâtiments en briques, rustiques, isolée dans une prairie entourée de haies, sur une verte colline. Paisible. Après avoir rempli un questionnaire dans lequel j'ai dû raconter brièvement ma vie et préciser quelles drogues je prenais, avec quelle fréquence et quel degré d'addiction, les femmes et les hommes furent séparés et dirigés chacun vers leurs quartiers. Douches communes, petites cellules de un, deux ou trois lits séparées du couloir par un simple rideau: spartiate, mais suffisant. J'ai juste eu le temps d'échanger quelques mots avec ma compagne de chambre, et nous avons été appelés pour le repas du soir et les explications. A partir de la première séance de méditation, qui aurait lieu le soir même, nous devrions pratiquer le Noble Silence durant toute la durée du cours: pas de communication, que ce soit verbale, écrite ou visuelle, avec les autres membres, à l'exception du staff et du professeur. Aucun contact physique, évidemment, et on nous a également demandé de ne tuer aucun animal, aussi petit qu'il soit, et de nous défaire de tout matériel servant à écrire. Nous devions pouvoir nous concentrer le plus possible sur la méditation. Très bien. Avant de terminer, l'Uruguayenne qui nous a accueillis nous a encore demandé de bien considérer une dernière fois notre décision: étions-nous réellement prêts à rester les dix jours? Nous aurions sûrement envie de fuir dès le premier, mais il nous faudrait supporter les horaires et les règles imposés, et travailler avec sérieux. Bien entendu, nous n'étions pas enfermés; mais pour pouvoir réellement connaître cette technique de méditation,il était important d'en supporter les désagréments et de s'investir à fond. Bien. J'étais prête à rester quoi qu'il advienne; je savais que je m'ennuierais et serais constamment fatiguée, mais après tout, la curiosité que j'éprouvais à l'égard de cette technique valait bien que je lui sacrifie dix jours de ma vie.

Et ça a donc commencé. Nous avons découvert la salle de méditation et le lieu qui nous était assigné: pour chacune un coussin carré bleu ciel en face du prof. Celui-ci nous a fait écouter l'enregistrement du cours donné par M. Goenka, le fondateur de l'Académie Internationale Vipassana, en Inde. Il parle un très bon anglais, mais avec un accent affreux; heureusement, tout était ensuite traduit à l'espagnol par un homme à l'accent argentin ou uruguayen. Après deux heures de méditation, déjeuner à 6h30, puis on recommence à 8h, jusqu'à 11h, et ensuite de 13h à 17h. A 17h, nous avions droit à un goûter de fruits et de thé, et c'était notre dernier repas de la journée. Pas de souper. A 18h nous recommencions à méditer, et à 19h nous écoutions chaque soir un long discours de Goenka, visant à nous expliquer pourquoi nous faisions ce que nous faisions, comment nous devions le faire, et nous enseignant, petit à petit, les bases du bouddhisme et de la méditation Vipassana.

En dix jours de cours, j'ai ainsi écouté 13 heures d'enregistrement sur un sujet complexe; je sens qu'il va m'être difficile de tout résumer de manière correcte, mais je vais essayer.
Tout d'abord, Goenka insiste régulièrement sur le fait que d'adhérer aux principes auxquels nous adhérons dans le centre, et méditer comme nous le faisons, n'a rien à voir avec une secte ou une religion quelconque. Tout le monde, sans exception, peut pratiquer le Dhamma, c'est-à-dire le sentier indiqué par le Bouddha, et ce sans renier ses propres croyances. Un culte existe maintenant autour de la personnalité du Bouddha, une religion s'est créée, avec ses dogmes et ses rites, mais ce n'est pas ce que le Bouddha voulait, et cela n'a rien à voir avec ses enseignements; le Dhamma tel que l'enseigne Goenka est exactement tel que l'enseignait le Bouddha il y a 25 siècles, sans aucune trace de dogmatisme. Et de quoi s'agit-il, donc? Il s'agit d'un ensemble de pratiques visant à purifier son esprit, et par purification on entend libération de ses impuretés, de tout ce qui pollue l'esprit de chacun d'entre nous et nous rend malheureux: l'aversion et le désir. Chaque fois que nous nous souffrons, notre corps perçoit une sensation désagréable et nous générons automatiquement un sentiment d'aversion envers cette douleur: nous voulons qu'elle s'arrête immédiatement. Cela est valable pour les douleurs physiques, mais bien sûre également pour tout ce qui se passe au niveau émotionnel; et lorsque nous nous énervons contre quelqu'un, nous souffrons également, même si cette souffrance n'est pas forcément évidente à percevoir; mais on se gâche ainsi la vie à souffrir pour tout et n'importe quoi. De même, lorsque nous vivons un évènement positif, notre corps reçoit un sensation agréable, et nous voulons que cela continue. J'en veux plus. Ce chocolat est délicieux, j'en veux encore. Encore plus. Cette personne est extraordinaire, je veux la revoir, je l'aime, je la veux, et peu importe qu'elle ne m'aime pas, je ne peux pas m'empêcher de la désirer, encore et encore, dans un grand sentiment de frustration: l'avidité, l'attachement sont tout aussi néfastes que l'aversion. Et comme l'esprit et le corps sont inextricablement liés, le schéma profond de l'esprit est tel qu'à chaque fois que nous vivons un évènement positif ou négatif, le corps y réagit par une sensation. Dans le cas d'une très forte colère, d'un désir intense, nous en sommes conscients: le coeur s'accélère, la chaleur monte, etc.; mais c'est également le cas pour toute aversion et toute avidité, même minime: sans que nous nous en rendions compte, le corps génère une sensation, qui restera ensuite enregistrée pour toujours au plus profond de notre inconscient. Le Bouddha nomme cela un sankara, les psychologues le nommeraient peut-être complexe; quoi qu'il en soit, nous générons chaque jours des milliers de sankaras, résidus de nos désirs et de nos aversions, qui s'accumulent au fond de notre esprit et la contamine, l'empêchant de vivre en paix. C'est la manière dont fonctionne notre esprit depuis toujours: nous ne pouvons nous empêcher de réagir à tout ce qui nous arrive. Dès qu'il vient au monde, le bébé hurle pour obtenir à manger: il réagit à sa faim par un désir incontrôlable, et c'est ce désir qui cause la souffrance, pas la faim en elle-même. A partir de ce moment, il en sera toujours ainsi: qu'il soit agréable ou déagréable, chaque stimulus que nous recevons génère une envie: je veux que ça s'arrête! Je veux que ça continue! Et c'est cette envie, non l'évènement en soi, qui génère une souffrance, un mal-être.

Dans ce contexte, Siddharta Gautama, le Bouddha, a découvert il y a de cela 25 siècles une technique unique de méditation, visant à abolir la frontière entre l'esprit et le corps et à faire surgir les vieux sankaras des profondeurs de l'insconscient, pour qu'ils disparaissent. Une purification de l'esprit. Vous êtes peut-être sceptiques, c'est normal: le Bouddha lui-même disait qu'il ne fallait pas le croire sur parole mais expérimenter par soi-même; car si tous les leaders religieux de tous les temps ont toujours prêché la pureté de l'esprit et dit et répété qu'il fallait sortir de l'envie et de l'aversion, le Bouddha est le premier et le seul à avoir trouvé une technique qui permet de mettre cela en action. La connaissance intellectuelle ne suffit pas.

Avant que je vous décrive en quoi consiste cette technique, je dois encore vous parler du Dhamma. Le Dhamma, ou octuple sentier, est composé de trois parties. La première, Sila (prononcer chila), signifie "moralité" en pâli, la langue du Bouddha. Il s'agit d'un ensemble de pratiques permettant de rester pur sur le plan moral: il s'agit de ne pas tuer (d'où la nourriture végétarienne dans le centre), de s'abstenir de commettre un adultère, de ne pas mentir, de ne pas voler et de ne pas prendre de drogue ou d'alcool. La vie au centre, de par les règles qu'on nous impose, permet aux méditants de respecter la pratique rigoureuse de Sila. Si le Sila est fort, il permet l'accomplissement de la deuxième partie du Dhamma: Samadhi, la concentration. Il existe plusieurs type de concentration: l'assassin qui va prémédite un meutre se concentre, bien sûr, mais ses motifs sont mauvais. Dans la pratique du Dhamma, on développe un type neutre de concentration, on se concentre seulement sur son propre corps et ses sensations. La troisième partie est Pañña (prononcer pannia), la connaissance. Il y a plusieurs types de connaissances: on peut notamment s'instruire en lisant des livres sur le Dhamma et en écoutant des discours, comme nous l'avons fait au centre. Cela était déjà connu bien avant le Bouddha, de même que Sila et Samadhi; la contribution définitive du Bouddha a été de découvrir une forme de méditation qui permet la connaissance par soi-même, dans son corps: il s'agit précisément de Vipassana. La connaissance intellectuelle ne suffit pas, il faut l'expérimenter dans son propre corps, dans son propre esprit, pour pouvoir changer.

De par notre acceptation des règles du centre, nous avions donc un Sila pur: nous ne pouvions pas mentir puisque nous pratiquions le Noble Silence; nous ne tuions rien ni personne, pas même un insecte, et encore moins un porc ou un poulet pour notre noutrriture; la ségrégation des hommes et des femmes empêchaient l'inceste; l'alcool n'était pas prévu aux repas; et enfin nous devions bien entendu nous abstenir de voler. Le premier jour, nous avons donc pu commencer à pratiquer Samadhi, la concentration. Disons-le tout de suite: la méditation, spécialement dans cette première phase, Samadhi, c'est chiant. Dix à onze heures par jour, et ce pendant dix jours d'affilée, c'est mortel! Ce premier jour, nous devions nous concentrer exclusivement sur notre respiration: inspirer, expirer, inspirer, expirer. Rien de plus. Il ne s'agissait pas de la contrôler, de la forcer: non, nous devions simplement l'observer, qu'elle soit superficielle ou profonde. En être conscient. Le deuxième jour, nous devions examiner avec attention l'air qui entre et l'air qui sort, et être à l'écoute, si je puis dire, des frottements de l'air, et de n'importe quelle sensation qui surgirait dans la zone du nez. Dix heures par jour. Autant dire que, pour ma part, je n'étais pas capable de garder constamment ma concentration, mon esprit vagabondait partout et soudain je me rendais compte que j'avais oublié de rester consciente de ma respiration. C'est normal, et le but est de parvenir à garder le plus longtemps possible cette conscience. Le troisième jour, on nous a demandé de nous focaliser seulement sur l'entrée des narines et le dessus de la lèvre, à l'écoute des sensations qui surgiraient exclusivement dans cette petite zone. Sensations de chaleur, d'humidité, de gratouilles, de chatouilles, n'importe quel type de sensation; puis la zone a été réduite au petit triangle entre le nez et la bouche. Quand est arrivé le quatrième jour, j'étais déjà établie dans ma petite routine, connaissais par coeur le dos et les fesses de la fille qui méditait devant moi, le profil de ma voisine de droite, les soupirs de celle de derrière, le terrible accent oriental de Goenka, celui, argentin ou uruguayen, je n'ai jamais su, de son traducteur, et celui, américain, de notre prof. Et le quatrième jour, nous avons commencé la méditation Vipassana proprement dite, celle du Bouddha, et nous sommes entrés dans le champ de Pañña, la troisième partie: la connaissance.

De cette petite zone au-dessous du nez, nous avons dû passer notre attention au sommet de notre crâne, sur une petite zone au niveau des fontanelles. Pour moi, la sensation fut très forte: dès que mon attention s'est posée au sommet de mon crâne, j'ai senti comme une pression sur cette petite région de deux ou trois centimètres de large. Ensuite, la voix de Goenka a nous a guidé sur tout le cuir chevelu, le visage, les bras, jusqu'à la pointe des orteils: nous devions parcourir toute la surface de notre corps, en restant attentifs aux moindres sensations qui surgissaient. Le corps entier est constamment parcouru de sensations; seulement notre esprit n'est pas assez fin pour le percevoir, et nous n'y prêtons généralement pas attention, constamment tournés que nous sommes vers l'extérieur. Au début, je n'avais pas de sensations uniformes dans tout le corps, je ne pouvais ressentir que le plus évident: la douleur, les démengeaisons, les battements de mon coeur se répercutant dans mes artères, et une lègère tension partout où se posait mon esprit; et puis j'ai fini par ressentir une vibration presque partout où je passais, générée, je suppose, par le flux continu du sang dans mes veines. La méditation intensive portait donc ses fruits: j'étais devenue plus sensible à ce qui se passait dans mon corps. Cependant, ce n'est pas là le but principal de la méditation Vipassana; en réalité, le plus important était avant tout de rester équanime face à n'importe quelle sensation, qu'elle soit agréable ou non.

Peut-être ce concept, l'équanimité, vous est-il peu familier; voici ce qu'en dit wikipédia:

"L'Équanimité, l'égalité d'âme, d'humeur, est une disposition affective de détachement et de sérénité à l'égard de toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable.

En tant que résultat d'une pratique spirituelle, ou d'un cheminement de croissance personnelle ce détachement s'enracine et se stabilise par une acceptation de soi-même et de ses circonstances, passées ou actuelles, un lâcher-prise constant malgré les caprices de sa volonté et de sa réactivité personnelles, ainsi qu'une base de confiance dans le bien-fondé des données de la vie, par une intuition grandissante de leur nature réelle. Ces processus très variables auront fini par élaborer un apaisement intime de l'esprit devant tout désir, peur, etc. [...]"

Trois fois par jour, nous avions pour consigne de méditer une heure entière sans bouger les doigts ou les jambes, et sans ouvrir les yeux, afin de fortifier notre concentration; au bout d'un moment, même lorsque l'on a, comme moi, un petit banc confortable et plein de coussins, on commence irrémédiablement par avoir mal au dos et aux fesses et on ne souhaite qu'une chose: changer de position. Or, c'est justement là qu'il s'agit de rester équanime: on accepte la douleur, on la reconnaît, mais on doit rester conscient du fait qu'elle est éphémère et réprimer l'aversion que l'on éprouve. De même, s'il se produit une sensation agréable, ou que l'on a enfin réussi à sentir une sensation subtile, signe de progrès, on doit tenter de ne pas générer d'avidité envers cette sensation: comme toutes les sensations, quelles qu'elles soient, la sensation agréable passera tôt ou tard. C'est là le point commun de toutes les sensations: agréables ou désagréables, fugitives ou persistantes, elles ne font que surgir et disparaître. On le sait, on peut l'admettre d'un point de vue intellectuel; c'est autre chose de l'éprouver dans son corps, et cela demande du temps, de la concentration et de la patience.

Nous avons ainsi continué à méditer jusqu'à la fin du cours, tentant d'obtenir un flux libre de sensations subtiles, ces petites vibrations, dans tout le corps, à mesure que l'esprit le parcourait; et nous avions pour consigne de nous attarder plusieurs minutes sur les zones peu réceptives. Pour autant, il ne fallait rien forcer, mais se contenter d'observer et d'attendre; en effet, si on essaie d'accélérer les choses, si on se montre impatient, on développe une réaction d'avidité, ce qui génère un nouveau sankara, ce fameux complexe. Or, le but de cette pratique méditatoire est justement d'éliminer les sankaras du passé: si on reste équanime envers toute sensation qui surgit, on cesse de générer de nouveaux sankaras, et ceux du passés remonte inexorablemetn à la surface, où ils s'abolissent. Ainsi se nettoie l'inconscient, pas à pas. Au fur et à mesure des méditations, et si le méditateur parvient à concentrer son esprit et à rester équanime, les sankaras sortent un à un, sous forme de sensations. Ainsi, les sankaras de colère, par exemple, se libèrent sous forme de chaleur; mais si vous méditez sous les tropiques, il vous est bien sûr impossible de savoir si la chaleur que vous ressentez dans votre corps est due à un sankara qui se libère ou simplement au soleil.

"Foutaises new age", vous dites-vous peut-être. Je ne le crois pas. Je crois que, même si la science occidentale n'a pas encore trouvé d'explication à la manière dont se purifie l'esprit de celui qui pratique la Vipassana, tout cela fait sens. Le corps et l'esprit sont inextricablement liés; seulement, nous n'avons pasa l'habitude de sentir la subtilité de cette relation. Lorsqu'on commence à méditer, on se focalise, à l'aide de son esprit, sur son corps, si bien que les frontières entre ces deux entités commencent peu à peu à se dissoudre. Si j'ai réussi, en seulement dix jours, à percevoir dans presque tout mon corps, des vibrations subtiles, jusqu'à quelle profondeur ne peuvent pas parvenir les méditateurs expérimentés? Lorsqu'il commença à méditer, le Bouddha réussit à ressentir un courant de sensations uniformes, de petites vibrations, dans tout le corps, comme y parviennent une partie des élèves débutant en dic jours; par la suite, il parvint à étendre ces sensations à l'intérieur même de son corps, et atteint un état d'abolition total des sensations normal, un état dans lequel il put se rendre compte que son corps n'était en réalité composé que de minuscules particules vibratoires; enfin il aiguisa tant et si bien son esprit que, lorsqu'il reçut finalement son illumination, il annonça que tout, en ce monde, était constitué des mêmes corps infiniment petits, eux-mêmes subdivisés en huit corpuscules indissociables. 2500 ans plus tard, les scientifiques ne disent pas autre chose. De même, le Bouddha dit que ces particules n'étaient en fait que des ondes, qui vibraient à une vitesse incroyablement élevée; or, depuis Einstein on sait que c'est effectivement le cas et, plus étrangement encore, la vitesse vibratoire mesurée par les scientifiques coïncide avec la valeur annoncée par le Bouddha. Sans aucun instrument de mesure scientifique, par la seule force de son esprit, le Bouddha obtint, avec 25 siècles d'avance, les mêmes résultats que la science moderne. Hallucinant. La différence réside dans le fait que la connaissance des scientifiques d'aujourd'hui est purement intellectuelle, alors que le Bouddha, à l'égal que toutes les personnes qui ont atteint l'illumination avant et après lui, a pu vérifier cette vérité dans sa propre chair. Il n'a en outre pas poussé aussi loin son exploration par simple curiosité, mais dans le but de connaître la vérité sur lui-même et sur le monde, et de pouvoir ainsi libérer son esprit; tout comme lui, chaque être humain doté d'une intelligence normale peut atteindre cet objectif. Bien sûr, l'illumination est difficile à atteindre en une seule vie; mais en méditant régulièrement et comme il se doit, c'est-à-dire en conservant une attitude équanime, on parvient petit à petit à libérer son esprit de ses aversions, tensions, désirs, blocages. Des milliers et des milliers de méditants Vipassana ont trouvé la paix, c'est bien la preuve que cela fonctionne.

Quant à moi, j'avoue que je me suis parfois un peu énervée au cours de ces dix jours. Le silence ne m'a pas pesé, et je me suis habituée assez rapidement à être tirée de mon sommeil par de sonores coups de gong à 4h. du matin, mais je me suis parfois réellement ennuyée, incapable que j'étais de restée concentrée sur mon corps. De plus, j'ai commencé à régresser, à perdre les sensations de vibrations dans certaines parties du corps; du coup, je me suis surprise à retenir ma respiration pour mieux sentir, à chercher avidement ces petites vibrations. Exactement ce qu'il ne fallait pas faire. J'avais perdu mon équanimité. Une fois que j'eus compris que ces régressions n'en sont en fait pas, qu'elles font partie du processus, et que la seule chose qui importait était de rester équanime en toute circonstance, je me suis relaxée et ai pris tout ça à la légère, sans pour autant trop relâcher ma vigilance. Je me levais, écoutais soupirer Diana, ma compagne de chambre, me lavais les dents en silence puis sortais faire pipi dans les toilettes sèches situées à l'extérieur, jetais en cemin un oeil au ciel qui, malheureusement, était presque toujours couvert. Dommage, quand il voulait bien se découvrir, c'était une merveille de pureté étoilée. Ensuite je retounais méditer assise sur mon lit, car nous y avions le droit à certains moments de la journée, et je ne pouvais m'empêcher de jeter régulièrement un oeil à la pendule. Ma chambre étant située en face des toilettes, j'écoutais régulièrement les gros pets sonores de mes collègues, résonnant dans le silence complet contre la faïence de la cuvette; j'ai appris par la suite que beaucoup avaient eu la diarhée durant tout le séjour: une nourriture trop riche en fibre! Repas, sieste, méditation se succédaient tout le jour, et le silence était régulièrement troublé par les braiements lointains et plaintifs de l'âne du voisin, ou par la musique ranchera de ce dernier. Et toujours la voix du traducteur argentin, si douce, son usage de "vosotros" au lieu du "ustedes" mexicain (j'ai bien révisé toute la conjugaison que j'avais oubliée, à force de ne pas la pratiquer), les cantiques de paix hypnotiques de Goenka, "Bhavatu Sabba Mangalam", "Que tous les êtres soient heureux". Une routine tranquille dans un paysage apaisant; pourtant, je notais que je restais "accélérée", comme ils disent ici: je sortais souvent la première de la salle de méditation, marchait d'un pas décidé vers la salle des repas. Je n'ai sans doute pas réussi à me concentrer suffisamment pour parvenir à réellement me détendre.

Le samedi matin, avant-dernier jour, nous avons été autorisés à parler de nouveau. Ouah! Au sortir de la méditation du matin, nous avions toutes un sourire radieux aux lèvres. "Alors, comment ça a été?" Presque toutes les femmes, une quinzaine, se sont réunies en cercle et nous avons partagé nos impressions. Nous étions supposés continuer à méditer au long de la journée, mais, en dehors des heures obligatoires en groupe, nous n'avons finalement fait que parler et rire. Nous découvrions le visage de personne dont nous n'avions jusque là regardé avec attention que les pieds. "Ah, tu étais à côté de moi! Je t'entendais soupirer souvent." Plusieurs personnes m'ont dit qu'elles avaient remarqué mon tatouage: forcément, on marchait la tête baissée et nous connaissions les pieds de tout le monde. J'ai également appris que je parlais la nuit, mais ma voisine de chambre n'a pas su me dire de quoi, étant donné que je parlais en français. Plusieurs personnes se sont alors exclamées: "Ah, c'était toi? Je me suis réveillée plusieurs fois en entendant quelqu'un parler très fort, une fois tu as même crié". Ah. Nous avons ensuite parlé de nos intestins respectifs, puis des sensations que nous avions perçues en méditant, de Goenka, du prof américain, de ce que nous faisions dans la vie, de tout et de rien, et avec une gaité folle. Nous ne nous lassions pas de parler et étions toutes dans un étatd'esprit hautement positif après ces jours à méditer et à écouter des discours sur le bonheur et la paix. Une journée magnifique, à partager notre joie au soleil.

Le lendemain matin, après une ultime méditation, le cours a finalement été clôturé. Nous avons tous donné un coup de main pour nettoyer le centre, et plusieurs d'entre nous avons passé la journée à Valle de Bravo, la petite ville proche du centre, dans une excellente atmosphère. Nous avons finalement pris le bus pour rentrer chez nous, et je me suis retrouvée à Mexico City avec Tania, l'une des participantes. Le choc à l'arrivée au terminal, si bruyant, si plein de monde! Enfin je vous rassure, je me suis facilement réadaptée à la réalité triviale du monde extérieur.

La question, maintenant, est: que vais-je faire de ce que j'ai appris? Goenka conseille de continuer à méditer deux fois une heure par jour, matin et soir. Quand j'ai entendu ça, je me suis un peu braquée: dormir est une des choses que j'ai le plus de plaisir à faire dans cette vie. Mais il paraît qu'on s'habitue vite, qu'il faut se donner des coups de pieds pendant une année, mais qu'ensuite méditer devient une nécessité. J'ai envie d'essayer. Pour l'instant, je ne sais pas encore si ces dix jours m'ont été bénéfiques, si j'ai pu extraire plusieurs sankaras ou pas, mais je me sens en tout cas très bien depuis que je suis sortie. Je vais continuer dès que j'aurai à nouveau un chez-moi, dans trois semaines; là je suis dans une auberge de jeunesse, c'est trop difficile. Quoi qu'il en soit, ce séjour a réellement changé ma manière de percevoir le monde et de me percevoir, surtout, à moi-même. Tant de choses semblent absurdes lorsqu'on sort de cette retraite...

Ces prochains jours, je vais aussi effectuer un versement sur le compte de Dhamma Makaranda, mais je ne sais pas encore de quel montant. En effet, le centre, comme tous les autres centres Vipassana du monde, fonctionne grâce aux donations: on profite de la générosité de ceux qui sont passés avant nous lorsqu'on est au centre, puis on peut donner ce que l'on veut et ce que l'on peut si l'on juge que les jours passés à méditer nous ont apportés quelque chose. On nous explique clairement que la contribution ne doit pas être perçue comme un paiement, comme une obligation, mais doit venir du coeur: si le Dhamma a commencé à avoir un effet sur nous, on devient automatiquement plus généreux envers les autres et on a envie de partager le Dhamma, le sentier qui mène à la paix. Je vais donner, et je vais donner plus que les simples frais de nourriture, d'électricité et de loyer, afin que le centre puisse continuer à s'agrandir. De plus, on peut choisir de servir lors d'un autre cours de 10 jours, en cuisinant pour les méditants et en restant à leur disposition en cas de nécessité. Ca aussi, j'aurais envie de le faire, mais je crains que mon nouveau travail à Aguascalientes ne m'en laisse pas vraiment le temps.

Pour finir, voici quelques adresses, pour ceux que ça intéresse:

La page d'introduction générale à la méditation Vipassana: http://www.french.dhamma.org/

L'introduction de S.N. Goenka: http://www.sumeru.dhamma.org/francais/vipassana_f.html

En Suisse: http://www.sumeru.dhamma.org/francais/bienvenue.html

Au Québec: http://www.suttama.dhamma.org/gen/fr/gen_home.fr.htm

Au Mexique: http://www.dhamma.org/es/schedules/schmakaranda.shtml

Je n'ai rien trouvé de probant sur la France, mais je sais qu'il existe plusieurs lieux, il suffit de chercher un peu.

Et voici mon pote S.N. Goenka, qui a réintroduit la technique en Inde et a fondé 130 centres Vipassana dans le monde.

Voilà. Je ne me suis pas relue, j'espère que tout ça n'est pas trop confus. Cela m'intéresserait d'avoir vos réactions sur ce post.
Sinon je suis actuellement à Mexico City, et j'ai plusieurs personnes à y rencontrer. Je n'écrirai probablement rien sur ce troisième séjour dans la capitale, parce que je n'ai toujours pas d'appareil photo et que, surtout, j'en ai un peu marre de passer mon temps sur internet. Dimanche, je prends l'avion pour Cuba, où je passerai deux semaines en compagnie de Grégoire, mon pote depuis dix ans, à Genève, et de Mónica, d'Aguascalientes. Ca promet d'être génial, je me réjouis beaucoup; mais je pense attendre mon retour à Aguas, le 21, avant de poster quoi que ce soit, étant donné qu'internet est trèèèèès lent à Cuba.

mardi 16 juin 2009

Deux villages tzotziles

Les Totziles sont une des 17 éthnies mayas présentes au Chiapas, et la plus proche de San Cristóbal. Aujourd'hui, Daniel et moi nous sommes offert un tour guidé de deux villages tzotziles situés à quelques 8 kilomètres seulement de la ville, mais très différents de cette dernière.

Dans le premier village, Zinacantán, nous avons visité le lieu d'habitation de une famille locale, et notre guide nous a donné de nombreuses explications sur la culture maya et le rôle de chacun dans la société. Ainsi, cette femme, comme toutes les femmes de sa famille, et du village, si j'ai bien compris, passe son temps à tisser selon une technique ancestrale. Au vu des prix qu'elles pratiquent, je oense qu'elles s'en sortent très bien. "Ne croyez pas que les Indigpnes sont forcément pauvres", nous a dit notre guide, "certains d'entre eux ont des téléphones à 800 dollars et roulent en hummer".
Les hommes de Zinacantán se consacrent quant à eux à la culture de fleurs.
Nous avons eu droit à du café du Chiapas - dommage, je n'aime pas le café -, à un repas de tacos et à une dégustation du pox (prononcer posh), l'eau-de-cie locale parfumée à la canelle ou à la fleur d'hibiscus.


Ensuite, nous sommes remontés en voiture et sommes allés à San Juan Chamula, un autre village tzotzil à quelques kilomètres du premier. Bien que parlant la même langue que les Zinacantecos, les Chamulas portent des vêtements différents et se considèrent comme un peuple distinct. Voici leur église.
La croix chrétienne est toujours présente en trois exemplaires chez les tzotziles, représentant les trois dieux principaux: le soleil, la lune et la terre. Enfin je crois.
Les croix sont également ornées de motifs végétaux, et les branches qui y sont acochées représentent, comme tout ce qui est vert, la nature, d'après ce que j'ai compris.

A San Juan Chamula, il est formellement interdit de photographier l'intérieur de l'église, une procession religieuse ou des membres du clergé, sous peine d'amende. Et on ne rigole pas: 10'000 pesos, soit un peu moins de 1000 CHF, d'après ce que j'ai pu lire. Du coup je n'ai aucune photo à vous proposer de ce qui fut pourtant ce que j'ai vu de plus impressionnant au Chiapas: la cérémonie qui avait lieu dans l'église. Imaginez-vous des bougies, des milliers de fines bougies blanches allumées à même le sol par la population agenouillée et plongée dans des prières silcencieuses, moitié catholiques, moitié animistes; à cela, ajoutez un sol jonché d'aiguilles de pin odoriférant, et une atmosphère surchargée d'odeur d'encens; une mélodie monotone et envoûtante jouée à l'accordéon et accompagné de sourds coups de tambours; et enfin une dizaine de statues de saints, auxquels des dignitaires coiffés de bonnets blancs dédient des danses et des prières toutes la journée. Un tableau saisissant, et un peu comique également: pour se libérer du mal, les Totziles boivent en même temps du pox, symbole du monde supérieur, et du coca qui, de part sa couleur sombre, symbolise l'eau de l'inframonde; puis ils rotent puissemment pour faire sortie les mauvais esprits. Nous avons eu de la chance de venir un dimanche!


Par la suite, nous sommes finalement allés jeter un coup d'oeil au cimetière local.
Près de ce cimetière, notre guide, Julio, un tout petit maya d'1m.60, nous a encore donné des informations fort intéressantes sur ce village et la culture maya en général.
Ainsi, nous avons appris que San Juan Chamula est un village autonome; si j'ai bien compris, cela signifie que le gouvernement n'intervient que très peu, et que tout se règle au sein de la communauté. Voici une histoire vraie: un homme, ivre, viola un jour la femme de son ami. Celui-ci s'en fut réclamer justice; comme sa femme n'était pas vierge, il n'obtint que quelques milliers de pesos et une cinquantaine de litres de pox comme compensation. La virginité est en effet un bien précieux, mais puisqu'il s'agissait ici d'une femme mariée, la compensation financière restait modeste. Et la femme, me direz-vous, qu'a-t-elle obtenu? Rien. C'est l'honneur de son époux qui avait été bafoué, pas le sien. Mais, ai-je demandé, la femme ne pourrait-elle pas aller à San Cristóbal et réclamer justice à un tribunal? Non, m'a répondu le guide: dans ce cas on la renverrait dans sa communauté d'origine, c'est là que tout se règle puisqu'elle est Chamula. Atterrant. J'ai du mal à le croire, je me demande si c'est vrai. Après tout, cette femme est une citoyenne mexicaine comme toutes les autres, et on ne va quand même pas analyser son génome pour déterminer si elle est tzotziles, maya ou métisse! Il y a tellement de mékanges au Mexique que je suis surprise de voir à quel point le concept de race est resté vivace. Je sais bien que le fait d'appartenir à une communauté qui possède ses propres règles est important pour les Indigènes, mais là, quand même!

Julio nous a aussi parlé un peu de politique. Le 5 juillet ont lieu des élections majeures, celles des députés, je crois, et cela fait des semaines qu'on voit des affiches dans toutes les villes et qu'ils nous saturent de slogans politiques; dans ce contexte, nous a dit le guide, le vote des Indigènes est très important. San Juan Chamula, nous a dit notre guide, est un village plutôt aisé, bien alimenté en élécticité, par exemple, alors qu'à seulement quelques kilomètres on trouve des communautés bien plus pauvres. Pourquoi cette différence? Parce que San Juan Chamula a été "acheté" par un candidat. Et vas-y que je te construis une école et que je rénove ton centre historique...mais tu voteras pour moi, n'est-ce pas? Et deux-trois filles à moitié nues dansant sur la place publique histoire de convaincre les jeunes... Village autonome, donc, mais jusqu'à un certain point seulement.

Quelqu'un a ensuite posé à Julio des questions sur l'éducation: les écoles tzotziles sont-elles bilingues maya-espagnol? Réponse: oui...en théorie. Là encore, la réalité diffère des discours des politiciens. Les maîtres sont supposément parfaitement bilingues, mais c'est loin d'être le cas. D'après ce que j'ai compris, c'est surtout en maya que les cours sont donnés, et d'espagnol, nada. "Ily a bien une matière qui s'appelle "espagnol" ", a précisé Julio, "mais on n'y apprend rien. Des chansons, deux-trois histoires... J'ai des étudiants de l'université qui ne savent pas ce qu'est le passif." Quant à la grammaire maya, n'en parlant même pas, personne n'est qualifié pour l'enseigner. Je ne sais pas ce qu'apprennent, au final, ces gamins, mais leur niveau éducatif est en tout cas bien inférieur à celui des enfants non-mayas. Comment ces gens peuvent-ils espérer sortir de leur communauté, dans cette situation? Mais le veulent-ils seulement? Je ne sais pas si tous sont heureux, mais ce qui est sûr c'est que la société fonctionne, et fonctionne bien. Chacun possède un rôle bien défini, les femmes se marient entre 14 et 18 ans selon le système de la dot: plus la femme est belle, plus la dot est élevée. Mais passé 20 ans, si personne n'a voulu d'elles parce qu'elles sont trop laides, les femmes perdent tout espoir de se marier un jour, ce qui n'en fait pas pour autant des parias. Et bien sûr, en même temps qu'un mari, elles peuvent oublier l'idée d'avoir un amant, parce que l'adultère est puni d'expulsion de la communauté.
Bien sûr, tout ça me révolte; mais finalement, les tzotziles, femmes ou hommes, quitteraient-ils leur communauté s'ils le pouvaient? Je ne crois pas: quand on naît dans une culture, on la considère sûrement comme la norme.

Julio, lui, nous a expliqué qu'il venait d'un de ces villages mayas, mais qu'il avait grandi en ville depuis l'âge de 8 ans; il a donc eu accès à la culture occidentale qui caractérise la majeure partie du Mexique, et il travaille maintenant comme prof d'anglais et de français et comme guide touristique. il est très heureux de la vie qu'il mène, même s'il a toujours dû lutter pour pouvoir étudier autant qu'il l'a fait; mais ils nous a dit que son identité était divisée: il est maya, à 100%, cette culture l'intéresse et il en est fier; mais il vit en ville, étudie une maîtrise en anthropologie et aime danser sur de la musique éléctonique. Il lui est parfois difficile de concilier ces deux cultures sans se trahir.

J'ai quitté San Juan Chamula pensive. Une des personnes qui ont fait ce tour avec nous nous on raconté avoir discuté avec une Européenne qui vivait dans le village depuis plusieurs mois et vendait de l'artisanat, comme les villageois eux-mêmes. Serais-je capable de m'immarger ainsi dans cette culture? Je ne sais pas, et en fait je n'en ai pas envie. C'est facile de jouer à l'anthopologue quelques heures...mais plusieurs semaines, plusieurs mois...?

Voilà pour ces deux villages. En ce moment je suis encore à San Cristóbal, parce que je voulais me refaire tatouer...mais finalement non. J'ai quand même rencontré plusieurs personnes intéressantes dans l'auberge de jeunesse où je me trouve, et j'avais oublié à quel point l'atmosphère des hostales est agréable. Cette nuit m'attendent environ 17 heures de bus: je vais jusqu'à un petit village au-dessus de Valle de Bravo, dans l'état de México, loin, très loin du Chiapas. Là, je vais suivre une initiation de dix jours à la méditation Vipassana. Sans internet, sans téléphone et dans le silence le plus total... Vous n'aurez donc aucune nouvelle de moi jusqu'au 28, date de ma sortie de prison...euh! je veux dire du lieu de la retraite. On verra si à mon retour mes shakras seront ouverts et si je me serai connectée à l'Univers!

samedi 13 juin 2009

Du Yucatán au Chiapas

Il y a une dizaine de jours, ma mère a oublié, dans des toilettes d'une propreté plus que douteuse, mon appareil photo, qu'elle se chargeait de transporter. Pas de bol, nous avons pris le bus sans nous en rendre compte, et ce n'est qu'en descendant à Cancún que nous nous avons réalisé que la sacoche manquait. Re-pas de bol: le terminal de bus du bled dont nous venions n'avait pas le téléphone. Pas de moyen de les contacter, pas d'appareil photo, c'est aussi simple que ça. Bon, heureusement que j'avais tout sauvegardé sur mon disque dur, mais n'empêche que d'imaginer que des étrangers ont sûrement regardé mes photos...nan, j'aime pas ça.
J'aurai un nouvel appareil photo d'ici quelques semaines; mais en attendant je n'ai aucun moyen de prendre des photos par moi-même. Curieusement, cela ne me frustre pas autant que je l'aurais pensé, et je me sens même un peu soulagée de ne pas me sentir forcée à traquer la photo partout où je vais.

Quoi qu'il en soit, depuis mon dernier post ma mère et moi sommes donc retournées à Cancún passer les deux derniers jours de ses vacances, puis elle est rentrée à Genève le 5. Quant à moi, j'avais prévu de prendre le bus le même jour pour Chetumal, au sud de la péninsule du Yucatán, mais j'ai appris au dernier moment que je devais absolument retourner à Mérida si je voulais obtenir mon papier de sortie du Mexique, dont j'avais fait la demande une semaine auparavant, et qui me mettait en règle avec les autorités. J'aurais voulu piquer directement vers le sud et ne pas avoir à m'attarder encore un week-end au Yucatán, mais tant pis, j'avais au moins l'occasion de rencontrer Haley, l'Américaine qui avait hébergé Kal il y a quelques mois lors de son passage dans le sud, et dont ce dernier était tombé amoureux. Je lui ai écrit en catastrophe, et elle a tout de suite accepté de m'héberger; après une nuit passée à Cancún et quelques heures de bus, j'ai finalement débarqué chez elle en fin d'après-midi.
Haley enseigne l'anglais dans une école privée, et vit juste à côté de l'école, dans une maison isolée au beau milieu d'un terrain vague rempli d'herbes gigantesques, de fourmis et de lézards. Etrange. En tout cas, ce fut encore une belle rencontre.

Chez Haley, j'ai également fait la connaissance de Daniel, qui m'a appris pas mal de choses sur sa ville et son état. Par exemple, il m'a dit que les nombreuses adolescentes qui assaillent les touristes pour tenter de leur vendre des bracelets, sacs et autres ceintures tissées ne sont pas des indigènes du Yucatán, mais viennent en réalité du Chiapas; leurs vêtements, sombres et très décorés, n'ont d'ailleurs rien à voir avec les robes blanches de femmes du Yucatán. Lorsque je lui ai dit que ça me faisait mal au coeur de ne rien leur acheter, Daniel m'a fait remarquer que ces vendeuses possédaient un natel plus cher que le mien et qu'elles se changeaient dans les toilettes du Palacio de Gobierno en fin de journée et réapparaissaient en jean et t-shirt.

Nous voici, Haley et moi, en train de danser au son de la musique en live sur la place principale de Mérida.


Et me voici avec Daniel, au même endroit mais de jour.
J'avais prévu de quitter la ville aussitôt mon papier de sortie obtenu, mais je suis finalement restée un jour de plus, et Daniel m'a emmenée me baigner dans les magnifiques cenotes de Cuzamá, proches de Mérida.Ces cénotes sont sous-terrains, et on y accède au moyen d'échelles de bois. Une fois que les yeux se sont accoutumés à la semi-obscurité qui règne là en-bas, on découvre une eau cristalline et d'un bleu profond. Superbe. Malheureusement, les photos ne rendent pas la beauté du lieu, mais quant à moi j'ai préféré me baigner dans ces cénotes à l'eau douce et fraîche que dans la mer des Caraïbes à Cancún.

Et là c'est un de mes plongeons. Gracieux.

Lors de la remontée de l'un des cénotes.
La fille que vous voyez est dans l'eau, pas au-dehors. Il y a des ouvertures dans le plafond de pierre, qui laissent filtrer le soleil: ce sont les rayons que vous voyez, lorsqu'ils ont atteint la surface de l'eau et descendent jusqu'au fond du cénote. Impressionnant et très beau.

Il ne s'agit pas de stalactites, mais des racines d'un arbre, qui ont traversé le plafond.La vie est tranquille dans le bled des cénotes.

Ce soir-là, je suis partie en bus de nuit pour Palenque, au Chiapas, et Daniel, qui n'avait rien de particulier à faire, m'a accompagnée. Super, le bus, j'ai pu dormir sans problème; tellement profondément, d'ailleurs, que je n'ai remarqué qu'en en descendant que mon ordinateur avait disparu de mon sac, en même temps que l'appareil photo que j'avais emprunté à ma mère. Chouette. Moi qui me plaignais de que mon sac était devenu beaucoup trop lourd après que je l'avais lesté de lessive en poudre, de crème hydratante, d'après-shampooing et de livres...certains diraient que l'univers m'a entendue, mon sac est bien plus léger, maintenant!

Pas grave, après quelques jurons j'ai quand même pu tourner la page et profiter de mon séjour à Palenque. Nous ne voulions pas êtres hébergés en ville, c'est donc sur la route qui mène aux ruines, dans une cabane sommaire appartenant à une sorte de petit village en pleine jungle que nous avons été logés. L'endroit fourmille de roots et autres bohèmes, et on s'y sent bien, entourés de verdure foisonnante et remplie d'oiseaux.

A peine arrivés, nous nous sommes attaqués aux fameuses ruines de Palenques. Quels crétins!
On aurait bien mieux fait d'attendre le lendemain matin et d'y aller dès l'ouverture, quand le mot "fraîcheur" a encore une chance de signifier vaguement quelque chose. Certaines photos parlent d'elles-mêmes...

Je ne vous ai pas mis beaucoup de photos, parce qu'elles ont quasiment toutes été prises par Daniel, et peu me plaisent.


On dirait presque une extase religieuse, non? Ben non, c'est juste la chaleur....la chaleur, donc.

Là je crois que j'étais en train de dire quelque chose comme: "Mais putain de merde, on s'en fout de ces tas de pierres!! Redescends, moi je monte pas plus haut!". Hum. Ah non, ça je crois que c'était dans ma tête; ce qui est sorti de ma bouche était sans doute plus civilisé, et j'ai fini par monter, descendre, monter encore, en suivant Daniel qui tentait de s'orienter au milieu des ruines. Heureusement, nous avons fait beaucoup de pauses à l'ombre.

Le jeu de balle, un des plus petits d'Amérique. A force de tourner en rond, on est passé devant trois ou quatre fois.

Nous avons passé encore une nuit dans la jungle, et sommes partis en excursion, le lendemain, voir Misol Ha et Agua Azul, deux chutes d'eau. Nous avons pu lire un panneau qui nous informait que nous entrions en zone zapatiste; dans la pratique, ça signifie qu'il nous faut payer une petite taxe en plus, mais sinon ben ça restait la même jungle.

Misol Ha, d'abord:


Je précise que ça n'est pas moi qui ai corrigé...On peut passer derrière la chute d'eau.


Et vcoici Agua Azul (qui, malgré son nom, est loin d'être bleue), beaucoup plus impressionnante.

Depuis en haut.

Nous ne nous sommes pas privés de nous baigner, nous aussi. Eau fraîche, courrant plutôt fort, un délice.

Après Palenque, c'est San Cristóbal de Las Casas que nous sommes allés. Cette ville se trouve au coeur d'une des régions les plus indigènes du pays, et ça se voit: à part les touristes et les roots, tout le monde est très petit et très brun. Ici, nous sommes à 2200 mètres d'altitudes, dans les montagnes, et l'air est très frais la nuit. Bon sang ce que ça fait du bien de pouvoir remettre un jean!L'artisanat est très développé dans la région, où vivent plusieurs etnies mayas.

Il s 'agit de pätisseries genre massepin, mais en moins bon.
Et ça, c'est de la barbe-à-papa, mais elle n'a pas vraiment le même goût, ni la même consistance que chez nous.



Et aujourd'hui, nous avons visité le fameux Cañón del Sumidero, à une heure de la ville, en bateau. Superbe, et ça donne des envies d'escalade.Bon, là on ne voit presque rien, mais il y a un crocodile sur la pierre. Nous avons aussi vu des singes-araignées suspendus aux arbres, se nourrisant de figues.

Il s'agit d'une formation calcaire, sur la paroi abrupte, qui fait penser à un sapin de Noël.

Demain, visite de deux villages indigènes, et après-demain...je vous en dirai plus.

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